L'affaire du conducteur de moto Jakarta, Cheikh Ndiaye, a été élucidée avec brio et maestria. La prouesse porte l'empreinte du commandant de la brigade de recherches (Br) de la gendarmerie de Kaolack. Modou Ndiaye, ayant hérité du dossier de son collègue de Guinguinéo, sur instructions du parquet, a pu cerner avec ses hommes le film de l'effroyable assassinat du jakartaman grâce au démantèlement du gang à trois.
Cheikh Ndiaye a été pris dans une embuscade que ses trois bourreaux lui ont tendue en pleine brousse alors qu'il revenait du village de Ngolloum où il avait conduit un client à bord de sa moro Jakarta. Retour sur les détails de l'horreur.
On est le 25 décembre 2025. Il est 18h largement passées au niveau du point d'embarquement des motos Jakarta de Guinguinéo. Ça grouille de monde et ça discute bruyamment en ce jour de fête de Noël. Perché sur la selle de son Jakarta, Cheikh hèle à tout rompre les passants qu’il traque du regard pour une offre tarifiée de transport vers toute destination convenue.
Il dépose un client à Ngolloum et reprend la route
Soudain, un client se pointe et convient avec le jeune garçon pour une course au village dénommé Ngolloum, situé à 7 km de Guinguinéo. Cheikh enfourche en vitesse sa moto avec son passager et prend la direction de la localité en question. Il dépose alors le client et prend le chemin du retour. Il s'engouffre dans la brousse et traverse des buissons à perte de vue. Et pendant qu'il roule à vive allure avec les feux allumés de sa moto. Il se fait intercepter par une connaissance du nom de M. Diop, alias Mass, qui se dresse brusquement sur son trajet.
Il se fait intercepter en brousse par un "ami" du nom de Mass
Mass fait un signe de la main au jakartaman et lui demande de s'arrêter. Ne se doutant de rien, le jeune garçon s'exécute et immobilise net l'engin à deux roues. Mass s'approche et commence à échanger avec lui. Ce qui du reste n'est que de la ruse pour assouvir ses desseins macabres en compagnie de ses deux acolytes embarqués contre le motard.
Il discute avec le jakartaman, Ch. Lèye sort du bois et l'attaque avec un gourdin
Pendant que le jakartaman discute avec le surnommé Mass, Ch. Lèye, un acolyte de celui-ci, sort du bois avec un gourdin à la main et attaque par surprise. Il lui assène un violent coup au niveau de la tempe. Un autre membre du gang du nom de L. Dabo, caché aussi derrière les buissons, entre en action et prête main forte à ses deux compères.
Désarçonné, Cheikh hurle, se tourne et tente d'identifier son agresseur. Qui revient à la charge et lui inflige un autre coup au front.
Il atteint le garçon à la tempe et au front, le gang vide ses poches
Très mal en point, le jakartaman lâche le guidon de la moto, s'écroule au sol et se tortille de douleur. Il se débat dans tous les sens et pousse des gémissements à tout va. Ses trois assaillants fouillent ses poches, découvrent son téléphone IPhone et la somme de 30.000 F Cfa. Ils se partagent vite l'argent. Ils le prennent ensuite à trois, l'entraînent derrière les buissons et l'y abandonnent dans un piteux état de santé, afin de planquer leur proie encore en vie. Ils enfourchent l'engin à trois et disparaissent dans la nature.
Ils planquent le garçon encore en vie derrière les buissons et reviennent la nuit avec un linceul
Vers 22h, le gang revient sur les lieux avec un linceul à bord de la charrette de leur camarade L. Dabo. Ils trouvent que le garçon est décédé entre-temps. Ils lui enlèvent tous ses habits et l'enveloppent avec ledit linceul qu'ils ont acheté en cours de route. Ils embarquent le corps à bord de la charrette et se dirigent durant la même nuit vers le cimetière musulman du quartier Pallène de Guinguinéo.
Cheikh succombe, ivres, ils enterrent le cadavre sur le dos
Arrivés au cimetière, les malfaiteurs, encore en état d'ivresse, peinent à trouver un endroit pour enterrer le défunt. Ils trimbalent le cadavre durant deux heures et finissent par trouver un espace. Ils l'allongent sur le dos dans la tombe, l'ensevelissent, puis débarrassent le plancher.
La brigade locale dessaisie de l'enquête au profit de la Br de Kaolack
Devant la disparition mystérieuse du jakartaman, la population locale se perd en conjectures et évoque toutes sortes de scénarios. Notamment l'émigration du garçon vers l’Europe. Alertée, la brigade de gendarmerie de Guinguinéo ouvre une enquête et tente de réunir les éléments du puzzle. Mais, vu que l'enquête piétine, le parquet dessaisit les pandores et confie le dossier à leurs collègues de la brigade de recherches de Kaolack.
Le téléphone du défunt bradé à 35.000 F Cfa à un commerçant, puis tracé
Le chef de la Br de Kaolack monte au front et localise le téléphone du défunt auprès d'un commerçant. Qui clame son innocence et déclare avoir acheté le cellulaire à 35.000 auprès d'un tiers. Lequel sera aussi convoqué puis auditionné sur procès-verbal. Il confirme la déposition du commerçant et pointe du doigt un autre tiers.
Ch. Lèye, auteur des coups de gourdin fatals, tombe en premier
De fil en aiguille, les gendarmes interpellent en premier le nommé Ch. Lèye, qui verse dans des dénégations véhémentes et se livre à des explications cousues de fil blanc. Pressé de questions, il craque et crache le morceau. Il déroule le film d'horreur et balance ses deux camarades de gang nommés L. Dabo, charretier, et M. Diop, alias Mass. Qui a piégé le jakartaman avant de le livrer au reste de la bande, en embuscade dans les buissons de la brousse.
Mass : "je l'ai livré à mes acolytes cachés derrière les buissons"
Interrogés, les deux autres de la bande accouchent aussi et relatent les faits avec force détails. Mass, le cerveau, reconnaît les faits sur toute la ligne et indique avoir joué le rôle de traqueur dans le groupe. '"C'est moi qui ai piégé Cheikh Ndiaye. On était convenu de l'intercepter à son retour d'une course au village dénommé Ngolloum. Lorsque je l'ai aperçu à bord de sa moto, je suis sorti du bois et lui ai fait signe de s'arrêter. Ce qu'il a fait. Pendant que je feins de causer avec lui, Ch. Lèye surgit des buissons et lui assène deux coups de gourdin. On était tous ivres au moment des faits"'.
La moto revendue à 200.000 F Cfa au réparateur habituel du jakartaman
Ch. Lèye, l'auteur des coups de gourdin fatals, confirme la déposition de son acolyte Mass, et affirme avoir bradé le téléphone IPhone à 35.000 F Cfa. Quid de la moto Jakarta du défunt ? Lèye rétorque avoir revendu l'engin à 200.000 F Cfa à un certain V. Tambédou, qui a mis la moto Jakarta en pièces détachées. Même s'il reconnaît la moto et connaît le défunt propriétaire. Qui a l'habitude d'amener l'engin dans son garage de mécano pour des séances de dépannage.
L. Dabo : "j'ai transporté le corps à bord de ma charrette à âne au cimetière"'
Tout comme ses deux acolytes, L. Dabo, charretier, embouche la même trompette d'aveux et déclare avoir participé au raid mortel contre le conducteur de moto Jakarta. "Après notre forfait, j'ai amené ma charrette à âne pour transporter le cadavre du jakartaman au cimetière musulman du quartier Pallène. Où nous l'avons enterré. Il n'était pas encore mort lorsque nous l'avons abandonné dans les buissons"", affirme-t-il. Et d'ajouter, "on est retourné là-bas avec un linceul car nous savions qu'il allait succomber avant notre retour sur les lieux"".
Le gang, ivre au moment des faits, ne se souvient pas de la tombe du jakartaman
Sur instructions du parquet, une descente des gendarmes, accompagnés des trois bourreaux, du médecin-chef du district sanitaire, du service d'hygiène et de l'oncle maternel du défunt, a été effectuée au cimetière en question dans le but de localiser la tombe du jeune jakartaman.
Sommés de situer la tombe de leur proie, tous les trois peinent à se souvenir de l'emplacement dans le cimetière. Ils soutiennent être en état d'ébriété au moment des faits.
Un gendarme voit une tombe fraîche et découvre l'horreur
A force de fouiller le lieu de repos des morts, un des gendarmes enquêteurs découvre l'horreur. ""Il tombe sur une tombe encore fraîche et où la terre est retournée. À peine a-t-il donné quelques coups de pioche qu’il découvre le linceul du cadavre, qui était allongé sur le dos. Il a été aussitôt exhumé, puis présenté avec ses deux graves blessures crâniennes à son oncle maternel. Qui l'a immédiatement identité. Vu son état de putréfaction avancée, le cadavre a été aussitôt remis dans la tombe, sur instructions du parquet"", souffle-t-on.
En attendant d'être présentés devant le parquet du tribunal de grande instance de la ville, les trois présumés meurtriers sont placés en garde à vue et défilent encore devant les enquêteurs. Ils pourraient être poursuivis pour association de malfaiteurs, assassinat ou meurtre avec préméditation suivi de vol et violations aux règles d'inhumation, entre autres.
Vieux Père NDIAYE