HISTORIQUE REFORME MAJEURE DU SPORT SENEGALAIS : L’Assemblée nationale adopte le nouveau Code du sport




 
Quarante-deux ans après la Charte du sport de 1984, le Sénégal dispose enfin d’un Code du sport. Adopté ce lundi par l’Assemblée nationale avec 136 voix favorables, zéro contre et une abstention, le texte ambitionne de transformer durablement le secteur sportif sénégalais en renforçant la gouvernance, la professionnalisation, les infrastructures et la lutte contre les violences.
 
Un vote historique à l’Assemblée nationale
 
Le Sénégal ouvre une nouvelle page de son histoire sportive. Réunis en séance plénière dans le cadre de la Session ordinaire unique 2025-2026, les députés ont adopté le projet de loi portant Code du sport. Sur les 137 parlementaires ayant pris part au vote, 136 ont voté pour, aucun contre et un seul député s’est abstenu.
Cette réforme vient remplacer la Charte du sport de 1984, jugée désormais dépassée face aux profondes mutations du sport moderne. Le nouveau texte veut faire du sport non plus un simple loisir, mais un véritable levier de développement économique, social et éducatif.
 
Professionnalisation, gouvernance et nouvelles ambitions
 
Le Code introduit plusieurs innovations majeures. Pour la première fois, le droit sénégalais reconnaît officiellement les sociétés sportives et les agences spécialisées. Le texte met également l’accent sur la professionnalisation du secteur, la transparence dans la gestion des fédérations sportives, le financement du sport, la protection des pratiquants ainsi que la démocratisation de l’accès à la pratique sportive.
Face à la recrudescence des violences dans les enceintes sportives et lors des Navétanes, le législateur a également durci le ton. Le nouveau Code prévoit des sanctions pénales et financières contre les actes de violence, le racisme, la xénophobie, les incitations à la haine, y compris sur les réseaux sociaux et aux abords des manifestations sportives.
Le texte renforce aussi la lutte contre le dopage avec un alignement strict sur les standards de l’Agence mondiale antidopage.
Concernant le mouvement Navétane, le ministère de la Jeunesse et des Sports a confirmé le maintien du cadrage strict de la saison entre le 1er juillet et le 15 octobre afin de protéger le calendrier scolaire. Les autorités souhaitent également intégrer davantage ces associations sportives dans des programmes d’économie solidaire et de citoyenneté active.
 
Les infrastructures sportives au cœur des débats
 
La question des infrastructures sportives a occupé une place importante dans les débats parlementaires. Plusieurs députés ont insisté sur le déficit d’équipements sportifs, particulièrement dans les régions intérieures du pays.
Le député Aliou Sène a notamment regretté que le football et la lutte restent « l’arbre qui cache la forêt », dénonçant le manque de stades omnisports aux normes dans plusieurs localités ainsi que l’insuffisance du budget alloué au sport.
Pour répondre à cette situation, le gouvernement a annoncé un vaste programme d’investissements dans les infrastructures sportives. Les autorités prévoient la construction de 75 plateaux sportifs de proximité d’ici fin 2026 sur l’ensemble du territoire national.
Le nouveau Code prévoit également une obligation pour tout nouvel établissement scolaire public ou privé d’intégrer des infrastructures sportives.
Autre annonce forte : le lancement prochain d’un Centre de Haute Performance destiné à assurer la souveraineté sportive du Sénégal et à accompagner les futurs champions dans plusieurs disciplines.
 
Des députés favorables mais vigilants
 
Lors des débats, le député Abdou Mbow a salué l’importance du texte tout en appelant à une large concertation autour des futurs décrets d’application. Le responsable de l’opposition estime que ce nouveau cadre juridique peut attirer davantage d’investisseurs dans le secteur sportif sénégalais.
Mbaye Dione, lui, a insisté sur la nécessité d’une application rigoureuse du texte afin que cette réforme produise réellement les effets attendus sur le terrain.
 
☆☆☆☆☆☆☆☆☆☆
 
KHADY DIENE GAYE APRES L’ADOPTION DU CODE DU SPORT
« Ce Code constitue désormais la pierre angulaire du sport sénégalais »
 
Après le vote historique de l’Assemblée nationale, la ministre de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye, a salué une réforme « majeure » qui marque, selon elle, une rupture profonde avec la Charte du sport de 1984. La ministre a détaillé les innovations du nouveau texte tout en rendant hommage aux différents acteurs ayant participé au processus de réforme engagé depuis plusieurs années.
À l’issue de l’adoption du Code du sport par l’Assemblée nationale, la ministre de la Jeunesse et des Sports, Khady Diène Gaye, est largement revenue sur l’importance de cette réforme qu’elle considère comme une avancée historique pour le Sénégal.
« Nous venons de sortir d'une très longue séance d'échange en plénière avec les représentants du peuple sur le projet de loi portant le Code du Sport. Et pour rappel, nous venons pour la première fois ici au Sénégal d'adopter un Code du sport », a déclaré la ministre.
Khady Diène Gaye a rappelé que le Sénégal n’avait jamais disposé auparavant d’un véritable Code du sport. « On n'a jamais eu de Code du sport au Sénégal. En 1984, il y a eu la Charte du sport 84-59 et 42 ans après, c'est aujourd'hui que nous avons pu avoir un Code du sport qui désormais constitue la pierre angulaire de toutes les activités physiques et sportives qui vont se dérouler ici dans notre très cher pays. »
 
Une réforme phare du quinquennat
 
Pour la ministre, cette réforme s’inscrit pleinement dans les grandes priorités du quinquennat du Président Bassirou Diomaye Faye : « cette réforme fait partie des réformes majeures du département ministériel dont j'ai la haute responsabilité de conduire la destinée. Et on peut aussi dire que l'adoption de ce Code du Sport est un grand pas franchi à travers les réformes phares de ce quinquennat du mandat du président de la République. »
 
Les limites de la Charte de 1984
 
La ministre a ensuite expliqué pourquoi la Charte du sport de 1984 ne répondait plus aux réalités actuelles du secteur sportif : « cette charte a trouvé beaucoup de limites dans le temps parce que le sport, c'est un secteur qui va très vite. L'évolution de la pratique, mais aussi la survenance de beaucoup de circonstances nouvelles ne permettaient plus à cette charte de pouvoir prendre en charge les préoccupations actuelles, modernes, mais aussi les besoins nouveaux des pratiquants. »
Khady Diène Gaye a également regretté l’absence de textes d’application pendant plusieurs décennies : « cette charte aussi n'a jamais eu un texte d'application, un décret d'application à part juste un arrêté interministériel relatif à des exonérations. »
 
Professionnalisation, financement et accès au sport
 
La ministre a ensuite détaillé les principales innovations du nouveau Code du Sport : « aujourd'hui, cette loi qui vient d'être votée apporte plusieurs innovations majeures tant sur le plan du professionnalisme, du financement du sport, de la prise en charge et de la sécurisation des pratiquants, mais aussi sur les questions de dopage. Cette loi accroît aussi le principe de la gouvernance sportive et le principe de démocratisation de l'accès au sport. »
Elle a également insisté sur le poids démographique de la jeunesse sénégalaise pour justifier l’urgence de cette réforme : « notre pays est composé majoritairement de jeunes avec 75% de la population âgée de 0 à 35 ans et un âge médian de 19 ans. Ce qui veut donc dire que c'est une population avec une demande extrêmement importante en matière de sport. »
 
Hommages aux acteurs de la réforme
 
Khady Diène Gaye a enfin rendu hommage aux différentes personnalités ayant contribué au processus de réforme engagé depuis plusieurs années : « permettez-moi de rendre un vibrant hommage à toutes les parties prenantes, à l'ensemble des membres du mouvement sportif qui ont participé à ce processus depuis ma prise de fonction en avril 2024. »
Elle a également salué le travail initié en 2013 sous l’ancien ministre Mbagnick Ndiaye avec la mise en place d’une commission chargée de réactualiser les textes juridiques du sport.
« Il y avait aussi la volonté exprimée par mon prédécesseur M. le ministre Mbagnick Ndiaye, qui avait mis en place une commission nationale chargée de réactualiser les textes juridiques avec le juge Ousmane Kane, les doyens Fara Mbodj et beaucoup d'autres acteurs du mouvement sportif. »
 
Faire du sport un levier de développement
 
Pour conclure, la ministre a réaffirmé l’ambition des autorités de faire du sport un puissant moteur de transformation pour le Sénégal : « nous voulons faire du sport non seulement un vecteur de transformation sociale, un instrument pour accompagner notre jeunesse en termes de renforcement du civisme et de citoyenneté active, mais aussi un levier de développement économique et social afin de faire de ce secteur un secteur qui contribue de façon notoire à faire du Sénégal un pays souverain, prospère et équitable. »
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :