Ismaïla Madior Fall a recouvré totalement la liberté. Sous bracelet électronique depuis plusieurs mois, l’ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux a été libéré hier par la Haute Cour de Justice, qui en a d’abord délibéré avant de rendre sa décision. Pourtant, cela ne semblait pas évident au départ, puisque la juridiction avait joint cette demande de mainlevée au fond. Mais, hier, le président Mouhamadou Mansour Mbaye et ses conseillers ont été indulgents et ont donc répondu favorablement à la demande des avocats de la défense. Les juges de la Haute Cour ont également suivi les robes noires en renvoyant le dossier après les vacances judiciaires. Le Parquet général s’en était remis à la sagesse de la Haute Cour.
Ismaïla Madior Fall est désormais libre de tout mouvement. L’ancien ministre de la Justice n’est plus obligé de faire une demande pour sortir de Dakar tout comme il peut maintenant se déplacer sans le bracelet électronique au pied. Cet objet lui a été enlevé. Tout au moins c’est la décision rendu hier par la Haute Cour de Justice qui a laissé le soin au Parquet général d’exécuter la décision. La juridiction a en effet, ordonné la mainlevée de l’assignation à résidence et le port du bracelet électronique dont l’ancien ministre de la République faisait l’objet depuis qu’il a été inculpé par la commission d’instruction de la Haute Cour de Justice pour des faits de corruption portant sur 50 millions de francs. La bataille des avocats n’a pas été rude hier, faut-il le souligner. Leur adversaire coriace du premier jour, en l’occurrence, le Parquet général, précisément le patron, Jean Louis Paul Toupane, a levé le pied et n’a pas trop montré ses griffes. Il ne s’y est pas, en fait, opposé ; tout juste s’est-il contenté de rectifier les conseils de l’ancien ministre sous Macky Sall, leur rappelant que la demande de renvoi est une faveur et non un droit et que la procédure qui les interpellent « n’a aucun lien » avec l’autre procédure évoqué, notamment celle concernant Cheikh Gueye qui est pendante devant la juridiction de droit commun. Pour conclure, sur ses réquisitions, Jean Louis Paul Toupane, le seul à prendre la parole du côté du ministère public, a dit s’en remettre à la sagesse de la Haute Cour. Cela a eu sûrement comme effet, de faciliter la tâche à la juridiction.
Le Parquet général plus souple
En fait, les avocats de la défense avaient formulé deux demandes l’une portant sur le renvoi du dossier, l’autre sur la mainlevée de l’assignation à résidence, avant l’ouverture des débats ou si la Haute décidait de renvoyer. Pour ce qui est de la première demande, les robes noires ont évoqué les nouvelles constitutions d’avocats. En effet, hier, deux lettres de constitution ont été déposées sur la table du Premier président, notamment celle de Me El Hadji Moustapha Diouf et celle de Me Ibrahima Mbengue. Les deux conseils ont tous les deux argué qu’ils viennent de se constituer et qu’ils n’ont aucune connaissance du dossier. Ils ont ainsi demandé à la Haute Cour de renvoyer afin de leur permettre de s’imprégner pour mieux assurer la défense de leur client. Me Ciré Clédor Ly a ajouté que pour une bonne administration de la justice, la Haute Cour ferait mieux de renvoyer jusqu’à ce que le dossier Cheikh Gueye, qui serait le présumé auteur principal de corruption et qui est pendant devant la juridiction de droit commun, soit jugée. Comme dans l’affaire Aïssatou Sophie Gladima. Me Ly a aussi brandi l’article 14 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques ainsi que l’article 9 in fine de la Constitution, pour demander le renvoi. Il soutient que la Haute Cour, conformément à ce que disent les textes évoqués, a l’exigence de « respecter les droits de Ismaïla Madior Fall, de lui accorder des délais et des facilités pour organiser au mieux sa défense ». La robe noire a enfin conclu par le deuxième point, en demandant à la juridiction d’ordonner la mainlevée de l’assignation, si elle décidait de renvoyer. La Haute Cour après s’être retirée longuement pour délibérer sur les demandes, a fini par faire droit à ces demandes. Une décision qui a délivré toute l’assistance composée des proches et familles de l’ancien ministre qui ont applaudi la Haute Cour tout en la remerciant. Ismaïla Madior Fall, le visage radieux, affichait un large sourire. Une manche gagnée. Reste maintenant, la bataille du fond.
Alassane DRAME