Ancienne agente de la Senelec aujourd’hui à la retraite, ancienne Déléguée générale du personnel de la Senelec, Haby Dieng Fall se mêle du le débat à la Senelec sur la lutte contre les pertes non techniques, communément appelées «fraudes». Dans un communiqué rendu public, elle estime que la solution existe déjà au sein de la société nationale et s’interroge sur la volonté de reconduire le contrat avec Akilee.
Pour Haby Dieng Fall, secrétaire générale adjointe du Sutelec, la lutte contre la fraude n’est pas une problématique nouvelle à la Senelec. Elle rappelle que, dès les années 1980, l’entreprise disposait de «compteurs de rendement» permettant de mesurer l’énergie effectivement livrée à la clientèle. Après la nationalisation de 1983, le manque de moyens et les contraintes liées aux investissements auraient progressivement rendu ces équipements obsolètes.
L’ancienne agente revient également sur le projet Record, lancé dans les années 2000 sous la présidence d’Abdoulaye Wade. Celui-ci devait instaurer une «référence électrique», établissant un lien direct entre chaque client et son poste de distribution. Selon elle, ce projet n’a toutefois jamais été mené à son terme, alors même que la Senelec alertait régulièrement, dans ses rapports, sur la dégradation de son taux de rendement et l’urgence de combattre les pertes non techniques.
Le cas Akilee
C’est dans ce contexte qu’intervient, en 2019, le contrat signé entre la Senelec et Akilee pour la lutte contre la fraude et la fourniture de compteurs. Haby Dieng Fall soulève à ce propos une question d’éthique. Elle rappelle qu’en 2015, le cabinet Performances avait accompagné la Senelec dans l’élaboration de son Plan stratégique 2015-2020 et qu’Amadou Ly, aujourd’hui dirigeant d’Akilee, participait à cette mission. Elle estime qu’il avait ainsi eu accès à des informations sur les difficultés de l’entreprise et sur les solutions envisagées. Elle rappelle que la Senelec travaillait déjà avec une entreprise chinoise dans le domaine des compteurs intelligents et soutient que le contrat Akilee ne constituait donc pas, selon elle, une rupture technologique majeure.
Après un contentieux entre les deux parties, un compromis a été trouvé en 2024 sur les achats de compteurs, avec, selon Haby Dieng Fall, beaucoup d’argent versés à Akilee.
«La solution est entre les mains de la Senelec»
L’ancienne agente s’interroge dès lors sur l’éventuelle reconduction du contrat avec Akilee, alors qu’une structure dénommée Amco, issue d’un partenariat impliquant la Senelec, des acteurs privés et des partenaires chinois, est aujourd’hui présentée comme opérationnelle dans la fabrication de compteurs intelligents. Pour Haby Dieng Fall, la priorité doit être ailleurs : reprendre l’adressage des clients par rapport aux postes de distribution, réintroduire les compteurs de rendement et mobiliser les compétences internes. «La Senelec, qui connaît son réseau mieux que quiconque, est en mesure de mener ce projet à son terme», soutient-elle. Elle met également en garde contre le fait de confier à une entreprise privée l’ensemble des informations issues du système d’information de la société.
Fatou DIOP