Le feuilleton judiciaire et financier qui tenait en haleine les milieux économiques sénégalais depuis plusieurs années vient de connaître un dénouement spectaculaire. La première chambre du Tribunal de commerce hors classe de Dakar a rendu son verdict dans le bras de fer opposant la Société Générale des Transports (Sogetrans), à la Société financière d’intermédiation et de commerce, dite Sofico SA. À l’arrivée, les juges consulaires ont infligé un véritable coup d’arrêt à la compagnie de transport en validant définitivement une créance astronomique réclamée par Sofico, l'entité de l'homme d'affaires Tahirou Sarr.
Pour comprendre l’ampleur de ce séisme financier, il faut remonter à la genèse d’une procédure particulièrement complexe. Tout a commencé par une dette initialement contractée par la Société Générale des Transports (Sogetrans) auprès de la Banque Atlantique Sénégal. Face aux difficultés financières de l'entreprise de transport, cette créance, évaluée à plus de 7,6 milliards de francs Cfa par l'institution bancaire, est entrée dans une phase contentieuse aiguë. La situation a pris une tournure décisive lorsque la Banque Atlantique a choisi de céder cette immense ardoise à la Sofico. En devenant le nouveau créancier, la société d'intermédiation financière a enclenché des vagues d'actions judiciaires pour recouvrer ses fonds, provoquant une riposte immédiate de la Sogetrans.
Contestation puis… défaite
Cette société, alors placée sous le régime d'une procédure collective de redressement judiciaire, a vigoureusement contesté la régularité et le montant de cette dette qu'elle qualifiait de gonflée et d'abusive. Pour se défendre, la compagnie de transport s'était appuyée sur une première expertise comptable ordonnée par la justice. Ce rapport initial concluait que la dette réelle s'élevait uniquement à un peu plus de 2,3 milliards de francs Cfa, mettant en évidence un écart injustifié de plus de 5,3 milliards de francs Cfa. Forte de ces conclusions et défendue par la Scp Ba et Omaïs, la Sogetrans réclamait une révision drastique de sa dette auprès du syndic de liquidation, surtout après la vente forcée par saisie immobilière d’un terrain de trois hectares lui appartenant, adjugé à la Sofico pour 800 millions de francs Cfa.
Malgré les contestations répétées de la débitrice et les batailles d'experts interposées, la Sofico, représentée par Me Koïta, est restée inflexible sur ses prétentions financières. L'affaire a finalement été portée devant le Tribunal de commerce pour obtenir l'arbitrage final sur l'état des créances arrêté au cours de la procédure collective. L'enjeu était de taille car il s'agissait de déterminer officiellement la somme définitive que la Sogetrans devait inscrire à son passif.
7.498.489.151 francs à payer à Sofico
Le verdict du Tribunal de commerce de Dakar, rendu en premier et dernier ressort en matière de procédures collectives, a balayé les espoirs de la Sogetrans. Sur la forme, les juges ont reçu l'opposition de la Sogetrans ainsi que la demande reconventionnelle de la Sofico, validant ainsi la saisine des deux parties. Cependant, l'examen au fond a tourné à l'avantage exclusif du repreneur de la créance. Le tribunal a déclaré l'opposition de la Sogetrans mal fondée et l'a purement et simplement déboutée de l'ensemble de ses réclamations.
Le point d'orgue de cette décision réside dans la modification officielle de l'état des créances de la procédure de redressement judiciaire daté du 18 juin 2025. Le tribunal a souverainement acté que la créance de la société Sofico, venant désormais au rang de la Banque Atlantique, est fixée à la somme exacte de 7.498.489.151 francs Cfa, remplaçant définitivement le montant contesté de 4.077.000.000 francs Cfa. Pour couronner cette défaite judiciaire, la Sogetrans a été condamnée aux dépens, devant ainsi supporter l'intégralité des frais liés à cette longue bataille légale. Déjà fragilisée par sa situation financière, la compagnie de transport se retrouve désormais au pied du mur, avec une dette officiellement validée à près de 7,5 milliards de francs Cfa qu'elle ne pourra plus contester devant les juridictions ordinaires sénégalaises.
Samba THIAM