GRAVE CRISE UNIVERSITAIRE DANS LE PAYS APRES LA MORT DE ABDOULAYE BA : Dakar en colère, Saint-Louis et Ziguinchor s'embrasent




Le Sénégal traverse l'une des crises universitaires les plus sombres de son histoire. Depuis le décès tragique d'Abdoulaye Ba à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), la colère ne cesse de croître, se propageant comme une traînée de poudre à Saint-Louis et Ziguinchor. Des journées de grève ont été décrétées par les étudiants du lycée polytechnique de Thiès en soutien à leurs camarades de Dakar.  Entre chambres calcinées, accusations de violences policières et désillusion politique, le monde étudiant crie son désespoir.
 
L’image est saisissante : ce matin, une marée humaine quitte l’Ucad. Valises sur la tête, sacs chargés à la hâte, les étudiants désertent le campus social après le communiqué du Coud actant sa fermeture immédiate. Parmi eux, Salamata Maréna, le regard vide, ne cache pas son amertume : «ce n’est pas normal ce que nous avons vécu. Il y avait 21 chars juste parce que nous avons demandé de la nourriture. Nous avions exprimé un besoin précis : avoir nos bourses. En retour, nous avons reçu des gaz lacrymogènes et de la violence».
 
Un décor de désolation et de profanation
 
Sur les réseaux sociaux, notamment Tik-tok, les vidéos amateurs dévoilent l’ampleur des dégâts. On y voit des chambres entièrement saccagées, des documents d’études éparpillés dans la poussière et des traces d'incendies provoqués par les grenades lacrymogènes. La vidéo de la chambre 83F, au 4ème étage du pavillon F, est devenue virale : c’est de là qu’aurait sauté le défunt Abdoulaye Ba pour échapper aux échauffourées. Plus grave encore, la communauté s’indigne devant les images montrant des policiers faisant irruption dans la mosquée située près du pavillon B. Les forces de l'ordre y sont vues en train de jeter des pierres aux étudiants qui s'y étaient réfugiés. Mamadou Mbaye, en licence 2, témoigne également de scènes de pillage : «les policiers sont rentrés dans les pavillons K, F et B. Nous avons remarqué que des ordinateurs et des téléphones ont disparu. Ce sont des actes d’agression. On a élu ces gens-là, mais pas pour tuer».
 
La désillusion face au régime
 
Le sentiment de trahison envers le pouvoir actuel est au cœur des discours. Moussa Diop, étudiant révolté, ne mâche pas ses mots à l’endroit du Premier ministre : «Ousmane Sonko défendait les étudiants, mais depuis qu’il est au pouvoir, les mêmes actes barbares sont perpétrés. Vous nous avez promis la justice mais vous nous livrez l'injustice, la dignité mais vous nous livrez l'humiliation».
 
Un embrasement national : Ziguinchor et Saint-Louis en première ligne
 
Le feu de la contestation a désormais gagné les régions. À l’Université Assane Seck de Ziguinchor (Uasz), le climat est à l’insurrection. À la suite de la volonté des étudiants d'imposer des journées sans tickets pour protester contre la précarité, la Direction du Crous/Z a fermé le seul restaurant fonctionnel. Dès l’aube, les affrontements avec le Groupement mobile d’intervention (Gmi) ont paralysé l'axe principal menant à l'université. À Saint-Louis, l’Université Gaston Berger (Ugb) est aussi sur le pied de guerre. Des heurts ont éclaté au portail de Sanar entre forces de l’ordre et étudiants solidaires du drame dakarois. La Coordination des étudiants de Saint-Louis (Cesl) a durci le ton en décrétant un mois d'arrêt de paiement des loyers des chambres. De même que les étudiants de l'Ecole polytechnique de Thiès qui ont décrété des jours sans cours en guise de soutien à leurs camarades de l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
 
Samba THIAM
 
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