Une Coupe du monde, c'est cinquante personnes qui vivent en vase clos pendant des semaines, sous une pression médiatique et athlétique maximale. Rumeurs d'ego, visites nocturnes, tensions après les choix tactiques ou l'élimination face à la Belgique... Nous avons interrogé le garant de l'ordre et de la discipline de la tanière. Le Commissaire divisionnaire de Police de classe exceptionnelle à la retraite, Djibril Camara, officier de sécurité de la Fédération, dans cet entretien téléphonique, a démonté les accusations, défend le professionnalisme des joueurs et précise les contours d'un dispositif de sécurité qu'il qualifie d'imperméable.
Les Echos : pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Commissaire Djibril Camara : Je suis le Commissaire divisionnaire de Police de classe exceptionnelle à la retraite Djibril Camara. J'ai fait 29 ans de service dans la Police nationale. J'ai eu à commander de grands commissariats, notamment le Commissariat central de Kaolack, le Commissariat central de Thiès, les commissariats urbains de Mbacké, Grand-Yoff, Diourbel. J’ai été aussi le chef de la Sûreté Urbaine de Dakar pendant 4 ans, de 2011 à 2014.
Quelle est votre fonction exacte et quelles sont vos missions au sein de la Fédération ?
J'ai été nommé officier de sécurité de la Fédération sénégalaise de football en septembre 2025, juste après l'élection du président Abdoulaye Fall. Mon rôle consiste à gérer la sécurité globale de la Fédération et des sélections nationales, plus particulièrement de la sélection A, et de servir de facilitateur entre la Fédération et les forces de sécurité (Police, Gendarmerie) lors des matchs internationaux à Dakar. Ce background me permet d’avoir une certaine rigueur dans le travail et de ne pas badiner avec la sécurité.
Combien de campagnes avez-vous déjà effectuées avec les Lions ?
J'ai déjà fait deux campagnes avec l'équipe nationale : la Can au Maroc et la Coupe du monde aux États-Unis.
Comment le dispositif de sécurité a-t-il été articulé spécifiquement pour cette Coupe du monde ?
Pour ce qui est de la sécurité de la tanière aux États-Unis, le dispositif était articulé autour de deux points. Le premier point concernait la sécurité extérieure, c’est-à-dire les déplacements de l'équipe (pour aller aux entraînements, au stade ou à la mosquée le vendredi). Cette sécurité était assurée par les éléments de la Bip (Brigade d'intervention polyvalente) qui nous accompagnaient, pour veiller sur l'intégrité physique des joueurs et du staff. À cela s'ajoutait l'accompagnement de la police américaine qui nous ouvrait la voie avec des motards pour faciliter la circulation.
Le deuxième point concernait la sécurité intérieure, au niveau de l'hôtel. Dès l’entrée, au niveau du portail, il y avait un filtrage rigoureux. Personne n'accédait à l'hôtel s'il n'avait pas de badge ou d'accréditation. À l'intérieur de l'hôtel, la Fifa avait déployé un détachement de la police de New York qui assurait la sécurité. En plus de cela, nous avions commis une agence de sécurité privée américaine pour filtrer l'accès au compartiment des joueurs.
Pourquoi ?
Parce que la Fédération avait des difficultés pour obtenir des visas pour ses propres agents de sécurité locaux. Nous avons donc anticipé en signant un contrat avec cette société privée. Leurs agents étaient postés au niveau des ascenseurs et des escaliers menant aux chambres des joueurs. Ils avaient pour consigne stricte de ne laisser passer personne d'autre que les joueurs et le staff technique. Même les membres de la délégation officielle ou les fédéraux n'avaient pas accès à cette zone. Chaque jour, un compte-rendu écrit me parvenait.
Un article a fait état de soirées arrosées organisées par les dirigeants eux-mêmes, au cours desquelles des jeunes filles auraient été invitées. Étiez-vous informé de ces faits ?
Dire qu'il y a eu des velléités ou des comportements d'indiscipline à l'hôtel, ce sont des accusations gratuites et infondées, qui visent simplement à déstabiliser l'équipe nationale ou la Fédération. Avec la présence de la Bip, de la police américaine et des agents de sécurité privés, aucun comportement anormal ne pouvait passer inaperçu. Aucun fait de ce genre ne m’a été signalé.
Il a également été mentionné que des joueurs faisaient le mur (sortaient en cachette) au sein de la tanière. Qu'en est-il réellement ?
Concernant les sorties, les joueurs n'avaient pas le droit de sortir comme ils le voulaient. Ils n'ont bénéficié que d'un seul quartier libre (une journée de repos), qui leur a été accordé le lendemain du match contre la France. C'était une occasion pour eux de voir leurs familles, et cela s'est fait de manière très ordonnée. En dehors de ce jour-là, aucune sortie non autorisée n'a été enregistrée.
Les joueurs ont été d’un professionnalisme extraordinaire. Après les entraînements, qui étaient très intenses, ils n'avaient qu'une seule envie : récupérer. Leur seul divertissement était de se retrouver dans une salle de jeux que nous avions aménagée pour eux, où ils discutaient ou jouaient au billard. Au-delà de 22 heures, vous ne voyiez plus aucun joueur dans les couloirs.
Le chef cuisinier a été accusé de faits graves de harcèlement sexuel. Pourriez-vous apporter votre éclairage sur cette situation ?
Concernant le cuisinier, je n'ai pas grand-chose à dire là-dessus parce que c'est une affaire privée. D’ailleurs, j’ai vu qu’il a accordé une interview à un journal de la place (ndlr, L’Observateur) où il s’est expliqué. N’ayant pas été témoin direct des faits, je préfère ne pas faire de commentaire sur ce sujet qui relève de sa vie privée.
Avez-vous été témoin des tensions dans la tanière entre les joueurs et les dirigeants ?
Non. Pas du tout. Comme je l'ai dit, ce sont des accusations gratuites et infondées, qui visent simplement à déstabiliser l'équipe nationale ou la Fédération. Aucun fait de ce genre ne m’a été signalé.
Après l'élimination face à la Belgique, l'équipe est finalement rentrée en ordre dispersé, loin de l'image d'un bloc uni. Comment avez-vous géré logistiquement et psychologiquement ces retours fragmentés ?
Pour ce qui est du retour en ordre dispersé, c'est effectif, mais ce n'était pas une volonté des joueurs ou de la Fédération. C’était purement lié à des problèmes logistiques et de transport. La Fédération a d'ailleurs communiqué là-dessus pour expliquer les raisons de cette situation. Ce n'était en aucun cas un acte d'indiscipline.