FORUM AFRICAIN DE L’ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE (FORAESS) Al Aminou Lo théorise les indicateurs d’impact au lieu des indicateurs d’effet




 
 
 
 
Présidant la cérémonie d’ouverture du Forum africain de l’économie sociale et solidaire, le Premier ministre a déploré les politiques déroulées depuis des décennies sans pour autant avoir un impact sur la pauvreté ou sur l’autonomisation des femmes et des jeunes. Aussi, a-t-il préconisé un changement de paradigme en laissant tomber les indicateurs d’effet pour favoriser des indicateurs d’impact en vue de réduire la précarité, favoriser l’inclusion, etc.
 
 
 
 
 
 
 
C'est le Premier ministre, Mouhamed Al Aminou Lo qui a présidé hier, au Grand Théâtre, la cérémonie d’ouverture de la deuxième édition du Forum Africain de l'Économie sociale et solidaire (Fora'Ess) sous le thème « L'Économie sociale et solidaire : moteur de transition, d'inclusion et de convergence en Afrique » ; en présence de ministres africains de l’économie sociale et solidaire, de l’ambassadeur de l’Union Européenne, entre autres personnalités. « Le choix porté sur le Sénégal pour accueillir cette édition du ForaEss constitue un honneur et une responsabilité historique. Cette décision traduit la confiance de l'Afrique dans l'engagement constant de notre pays en faveur de l'Économie sociale et solidaire. Elle consacre le rôle important joué par le Sénégal dans la promotion de politiques publiques inclusives, dans la structuration des écosystèmes nationaux de l'Ess et dans la mise en œuvre de la Stratégie décennale africaine de l'Économie sociale et solidaire », s’est d’emblée félicité le Premier ministre qui rappelle, dans la foulée, que cette forme d’économie qui remonte de l’époque de la Charte du Mandé en 1236 est la seule économie de développement durable. Il s’est également réjoui de la forte mobilisation des femmes dont la présence, dit-il, traduit leur attente pour qu’on s’occupe d’elles. A cet effet, il a dénoncé les faibles crédits alloués aux femmes par les institutions de microfinance alors que les dépôts de ces dernières étaient plus conséquents. « Comment comprendre que les crédits prêtés aux femmes soient largement inférieurs à leurs dépôts ? Cela doit être corrigé », dit-il.
 
Laisser tomber les indicateurs d’effet
 
Revenant sur la première édition du ForaEss de Yaoundé qui avait théorisé la nécessité de mettre en place l’Observatoire africain de l’Ess pour mesurer et systématiser les avancées enregistrés en matière d’innovation sociale et d’accompagnement des organisations de l’Ess en termes d’impact réel pour les populations, le Premier ministre est d’avis qu’il revient aux États africains de bâtir les conditions d’une véritable démocratie économique ou chaque talent pourra s’exprimer efficacement en fonction de son niveau naturel. « Qu’est-ce que nous n’avons pas fait depuis des décennies pour impacter sans résultat tangible ni sur la pauvreté ni sur l’autonomisation des femmes et des jeunes ? », s’interroge le Premier ministre qui invite à un changement de paradigme en se penchant sur des indicateurs d’impact à l’image de l’agenda de transformation Sénégal 2050. « Il faut laisser tomber les indicateurs d’effet », plaide Al Aminou Lo qui est revenu sur les trois domaines d’impact identifiés.
 
Les trois indicateurs d’impact
 
Il s’agit, conformément à l’agenda national de transformation, de réduire les difficultés des Sénégalais ; l’inclusion et l’équité ; et la souveraineté, notamment l’endogénéisation de nos politiques publiques. A titre d’exemple, il est revenu sur l’indicateur de pilotage d’impact pour réduire la précarité dans le monde rural. « Comment on peut-on demander à des paysans de se baser sur trois mois de productivité pour vivre 12 mois ? Cet indicateur d’impact consiste à relever le nombre de mois de travail dans le monde rural pour qu’ils puissent être des salariés et de pouvoir travailler 12 mois. C’est cela l’impact. L’impact aussi, ce n’est pas de dire : j’ai construit un hôpital. Mais, de dire combien de km fera une femme pour avoir droit à une césarienne. C’est ce que l’agenda 2050 a tenu à corriger », explique Al Aminou Lo.
 
Bâtir un véritable marché africain des initiatives solidaires
 
En effet, à l’image du Sénégal, le Premier ministre estime que l’Afrique doit parler d'une seule voix sur l'Économie sociale et solidaire. « Nous devons harmoniser nos politiques publiques, mutualiser nos expériences, promouvoir des référentiels communs et bâtir un véritable marché africain des initiatives solidaires. Notre continent ne doit plus seulement adapter des modèles venus d'ailleurs ; il doit proposer au monde un modèle africain de développement fondé sur la dignité, la solidarité, la justice sociale et la valorisation des ressources locales », préconise Al Aminou Lo.
 
Structurer des projets de développement pour les bénéficiaires de bourses familiales
 
Le Pm est également persuadé que l’économie sociale et solidaire ne peut se développer sans créer des liens étroits avec les institutions de microfinance. « Il y a des bourses de sécurité familiale que nous donnons aux Sénégalais. Un petit montant certes, mais qui doit pouvoir bénéficier d’une structuration par les microfinances. On ne peut pas aider indéfiniment des personnes en leur donnant une bourse. Il faut que ces bourses soient domiciliées dans les institutions de microfinance qui structurent pour les personnes bénéficiaires des projets de développement de sorte qu’au bout de trois, quatre ou cinq ans, qu’ils puissent ne plus avoir besoin de cette bourse », explique le Pm.
 
Un cadre légal au financement participatif
 
Al Aminou Lo a, en outre, plaidé en faveur d’un financement participatif. Il a ainsi invité les banques centrales africaines à développer ce type de financement à l’image de la Bceao qui, dit-il, l’a adopté dans sa dernière loi bancaire. « Le financement participatif est plus vieux que nos systèmes bancaires. C’est ce que nous appelons les tontines. Il faut donner un cadre légal aux financement participatif. Il faut permettre au financement participatif d’avoir une existence quotidienne en faisant de sorte à utiliser les nouveaux outils de digitalisation que nous avons et qui peuvent permettre à une dame, dans la journée, d’avoir droit à un financement », théorise le Pm, persuadé que le budget d’un Etat africain ne doit pas être l’ambition de développement. A l’en croire, il faut aussi aller vers des mécanismes innovants, en l’occurrence, finance islamique notamment le Waqf.
 
Réformes ambitieuses attendues
 
Par ailleurs, le Premier ministre rappelle que l'adoption de la Stratégie décennale de l'Union africaine sur l'Économie sociale et solidaire (2023-2032) constitue une grande avancée qui ouvre une nouvelle étape celle de l’opérationnalisation. Ce qui lui fait dire que les États africains sont dans l’obligation de poser les jalons indispensables en termes de réformes ambitieuses pour changer les défis en opportunité. « Ces jalons ont pour nom : cadres juridiques harmonisés, politiques publiques participatives, dispositifs de financement adapté et significatif, systèmes statistiques performant », fait remarquer le Pm.
 
M. CISSa
 
 
 
 
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