L’Alliance pour la République (Apr) réagit à l’accord conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (Fmi). Réuni ce jeudi 3 septembre 2026, le Secrétariat exécutif national (Sen) de la formation politique a livré une appréciation contrastée du nouvel accord, saluant ses perspectives économiques tout en profitant de l’occasion pour tirer à boulets rouges sur la gestion du régime en place.
Le parti de Macky Sall dit ainsi « prendre acte de l’accord trouvé entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (Fmi), au titre de la Facilité élargie de crédit, après plus de deux années de tergiversations, d’affabulations et de gestion erratique des finances publiques ». Selon l’Apr, cet accord démontre que « la rengaine souverainiste ne saurait tenir lieu de politique économique et de gestion sérieuse de l’État ».
La formation politique se veut toutefois moins critique sur les perspectives ouvertes par ce nouvel accord. « Le parti espère, par ailleurs, que l’accord avec le Fmi permette de rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, de réduire les vulnérabilités budgétaires, d’accroître les dépenses sociales et de soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé », renseigne le communiqué.
La « dette cachée » toujours contestée
Dans sa déclaration, l’Apr revient également sur l’épineux dossier de la dette publique. Le parti considère que le débat autour de la « dette cachée » est désormais « définitivement enterré par ses théoriciens et le pouvoir politique ».
Pour le Sen, cette évolution tendrait à démontrer que cette controverse était davantage politique qu’économique. « Ce qui, manifestement, démontre qu’elle n’était qu’une construction politicienne bien plus qu’une réalité économique », rapporte la note.
L’Apr conteste par ailleurs une nouvelle fois le chiffre d’une dette portée à 132% du Pib. Le parti renouvelle, dans le même temps, sa demande de publication de plusieurs documents. Il s’agit notamment du rapport de l’Inspection générale des finances (Igf), du rapport provisoire de la Cour des comptes et du rapport Mazars.
Sur le traitement de la dette, le Sen exige également du gouvernement « de faire œuvre de transparence » sur le Plan de traitement de la dette du Sénégal (Ptds). Le parti demande surtout aux autorités de renoncer à toute nouvelle mesure d’austérité à l’encontre des populations.
L’Apr estime que les Sénégalais sont déjà durement éprouvés par la situation économique. Elle dénonce ainsi « plus de deux années de gestion scandaleuse », citant notamment le Plan de redressement économique et social (Pres), dont « l’échec est unanimement constaté », a déclaré le document.
Les Bourses de sécurité familiale au cœur des critiques
Le Sen s’est également prononcé sur le rétablissement des Bourses de sécurité familiale. L’Apr s’en félicite, rappelant que ce dispositif avait été initié en 2013 sous le régime de Benno Bokk Yakaar et suspendu depuis 2024.
Mais le parti appelle à la vigilance. « Les Bourses ne sauraient être une alternative à la suppression des subventions, notamment sur l’énergie », prévient le communiqué.
L’Apr dénonce ainsi « la supercherie en cours » et redoute que le gouvernement ne mette en place un mécanisme consistant à compenser d’un côté les pertes subies par les ménages tout en supprimant, de l’autre, certains soutiens publics.
« Le gouvernement retire d’une main ce qu’il donne par l’autre », estime le Sen.
Pour le parti, l’accord avec le Fmi doit désormais servir de point de départ à une nouvelle dynamique économique. L’Apr appelle notamment au lancement de grands projets d’infrastructures routières, énergétiques, universitaires et hospitalières.
Le parti réclame également « la mise en œuvre d’une politique sociale ambitieuse et efficace », afin de restaurer, selon lui, la crédibilité du Sénégal et de poursuivre la stratégie vers « l’émergence définitive ».
L’Apr revendique son ancrage dans l’opposition
Sur le plan politique, le Sen a également tenu à clarifier la position de l’Apr. « S’agissant de la situation du parti, le Sen réaffirme l’ancrage de l’Apr dans l’opposition républicaine », renseigne la déclaration.
La formation politique entend désormais se projeter vers la prochaine présidentielle. Elle réaffirme sa détermination à offrir « une alternative aux Sénégalais pour une Reconquête du pouvoir en 2029 ».
Dans cette perspective, l’Apr assure n’être engagée « ni dans des négociations souterraines ni dans des manœuvres sur le dos des populations ». Le parti annonce plutôt la poursuite de ses opérations de vente de cartes, de montage des comités et de mobilisation des militants en vue des prochaines échéances électorales.
Le Sen salue par ailleurs les élus locaux qui, selon lui, ont résisté aux tentatives de ralliement au pouvoir. Il loue ainsi « la constance et la dignité des maires, présidents de conseils départementaux et élus locaux qui ont fait le choix de l’honneur ».
Dans la foulée, l’Apr accuse le parti au pouvoir de chercher à se légitimer « par la menace et le débauchage de responsables politiques ». Une pratique que le parti juge incompatible avec les exigences d’une démocratie.
« Dans une démocratie ouverte, il existe un code d’honneur », rappelle le Sen, qui estime que la construction d’une formation politique doit reposer sur « la persuasion et la conviction sur le terrain » plutôt que sur « la menace, la contrainte et la duplicité ».
Des délégations dans les départements
La direction de l’Apr entend également tirer les conséquences des départs enregistrés dans ses rangs. « Il sera procédé au remplacement, sans délai, de tous ceux qui ont quitté le parti », annonce le communiqué.
Le Sen prévoit, dans le même temps, une remobilisation de ses militants. Des délégations seront envoyées dans les départements afin de porter la position de la direction et de préparer la construction d’une alternative au pouvoir.
« Le parti a décidé de l’envoi de délégations dans les départements pour transmettre sa position d’ancrage dans l’opposition afin de constituer une alternative ambitieuse et réaliste », rapporte la note.
À trois ans de la présidentielle de 2029, l’Apr entend donc se remettre en ordre de bataille. Le parti considère que la période qui s’ouvre sera déterminante pour les forces politiques désireuses de reconquérir le pouvoir.
« Les mois qui nous séparent de l’échéance présidentielle de 2029 vont s’avérer décisifs », estime le Sen, qui appelle ses militants et responsables à se mobiliser pour « un nouveau départ prometteur ».
Sidy Djimby NDAO