FIN DE NON-RECEVOIR POLITIQUE À L’ADRESSE DU CHEF DE L’ÉTAT : La République des Valeurs fait le procès politique de l’action présidentielle et démonte le message du 31 décembre




 
 
 
Dans un communiqué d’une rare virulence publié le 1er janvier 2026, le Cercle des cadres de la République des Valeurs de Thierno Alassane Sall livre une lecture à charge du Message à la Nation du Président Bassirou Diomaye Faye. Chiffres jugés « maquillés », promesses reportées à 2026, dette qualifiée de « monstrueuse », jeunesse sacrifiée et réforme constitutionnelle sans cesse différée : le parti d’opposition parle d’une « fuite en avant » et d’un exercice de « marketing politique » déconnecté de la réalité sociale. Analyse d’un texte qui sonne comme un réquisitoire global contre 21 mois de gouvernance.
 
 
 
Après le Message à la Nation du 31 décembre 2025 du Président Bassirou Diomaye Faye, la République des Valeurs a choisi la confrontation frontale. Dans un long communiqué, le Cercle des cadres du parti dirigé par Thierno Alassane Sall accuse le chef de l’État d’avoir «vendu des rêves pour demain pendant que le peuple survit aujourd’hui».
Selon les cadres de la République des Valeurs, le discours présidentiel ne répond ni à l’urgence sociale ni à l’exigence de reddition des comptes qui s’impose après 21 mois d’exercice du pouvoir. «Après 21 mois de gouvernance, on ne dirige plus au futur, on rend compte du présent», martèle le communiqué, qui qualifie l’allocution de «lettre d’intention» plutôt que de bilan.
La République des Valeurs accuse ainsi le chef de l’État d’avoir esquivé l’examen de l’année 2025, pourtant décrite par le pouvoir lui-même comme « l’année de vérité ». Une formule retournée contre son auteur. Quelle vérité, interroge le parti, lorsque la dette publique aurait augmenté de 10.200 milliards de F Cfa en moins de deux ans ? Quelle vérité lorsque les importations de céréales progressent malgré les annonces de « production record » ? Quelle vérité lorsque l’emploi des jeunes continuerait de s’effondrer pendant que l’exécutif met en avant des projets symboliques et des horizons lointains ?
Sur le terrain économique, le communiqué s’attaque méthodiquement aux chiffres avancés par le Président. La baisse des prix, présentée comme un soulagement massif pour les ménages à hauteur de 342 milliards de F Cfa, est qualifiée de fiction statistique. Pour eux, ces économies proclamées « n’existent que dans les tableaux Excel du ministère », tandis que la réalité est celle d’un pouvoir d’achat en berne et d’un panier de la ménagère de plus en plus difficile à remplir.
La question de la dette occupe une place centrale dans le réquisitoire. Le texte parle d’une dette « monstrueuse », « silencieuse » mais appelée à « dévorer l’avenir de nos enfants ». Avec un ratio dette/Pib annoncé à plus de 105% et un service de la dette en hausse de 24%, la République des Valeurs accuse le régime de trahir ses promesses de rupture et de souveraineté. L’annonce de nouvelles dépenses évaluées à près de 480 milliards de F Cfa pour 2026, sans explication claire sur leur financement, est assimilée à de la « cavalerie budgétaire » et à une politique de « chèques en bois » qui reporte les charges sur les générations futures.
Le communiqué insiste sur ce qu’il considère comme une injustice sociale majeure : l’austérité serait imposée au peuple pendant que l’État maintient son train de vie. Bourses d’étudiants suspendues, salaires gelés, services sociaux réduits d’un côté ; agences « budgétivores », postes de complaisance et refus de réduire les privilèges des hautes autorités de l’autre. Une asymétrie que le parti juge moralement et politiquement inacceptable, et qui alimente, selon lui, le sentiment de trahison au sein de la population.
Sur le plan institutionnel, le communiqué parle sans détour de « trahison ». La promesse d’une refondation constitutionnelle en 200 jours est rappelée comme un engagement central de la campagne présidentielle. Or, à 650 jours de pouvoir, le chef de l’État se contente désormais d’annoncer une transmission de projets de révision constitutionnelle « au premier trimestre 2026 ». Un calendrier jugé dilatoire et révélateur d’un manque de volonté politique. Pour la République des Valeurs, le Président critiquerait l’hyper-présidentialisme dans ses discours tout en s’y accrochant dans la pratique, profitant des pleins pouvoirs hérités du régime précédent. «On nous a vendu la Rupture, nous avons eu le Recyclage», fustige encore le communiqué.
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
LES ECHOS

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