À quelques heures d’une demi-finale de Can à très haute tension face à l’Égypte, Ferdinand Coly pose un regard d’expert sur le parcours des Lions. Satisfaisant sur le plan comptable mais encore en deçà de son plein potentiel dans le jeu, le Sénégal devra, selon l’ancien international, hausser son niveau d’intensité et d’engagement pour venir à bout d’une équipe égyptienne expérimentée, solide mentalement et redoutable tactiquement. Analyse, clés du match, duel psychologique et éloge appuyé de Krépin Diatta : Coly décrypte les enjeux d’un choc africain qui s’annonce une nouvelle fois serré et indécis.
Comment analysez-vous le parcours du Sénégal depuis le début de la Can et l'Etat d'esprit du groupe avant cette demi-finale décisive face à l'Egypte ?
Le parcours du Sénégal depuis le début de la compétition, sur le plan résultat, est plutôt satisfaisant, parce que le but de cette compétition c'est quand même d'aller le plus loin, et si on regarde en termes de résultat, le Sénégal a rempli sa mission, parce qu'elle est sortie des poules, première, elle a pu rester à Tanger et s'éviter de basculer sur l'autre tableau qui était peut-être un peu plus relevé. Maintenant, si on parle en termes de contenu, je pense que le Sénégal n'a pas encore joué dans ses standards, le Sénégal est en train de ronronner, mais ça lui suffit pour venir à bout de ses adversaires. Cette équipe est capable de beaucoup plus, et pour moi elle n'a pas encore démontré sa vraie puissance. Même si elle arrive à battre ses adversaires, elle se contente du résultat, même si je pense qu'elle peut faire encore plus. Mais pour cette demi-finale contre l'Egypte, elle devra quand même cette fois-ci élever son niveau d'intensité dans le jeu, et éviter de se mettre en difficulté face à une équipe qui a des moyens quand même de nous faire mal, parce qu'elle nous connaît, elle a joué plusieurs fois contre nous, et à chaque fois ça a été très disputé, jusqu'à aller aux pénaltys, jusqu'à des scores assez serrés mais c'est jamais des scores fleuves, parce qu'on connait que l'Egypte a une faculté de défendre à l'italienne, comme on dit le catenaccio, quand elle vous met un but, c'est très difficile de remonter, donc il faut éviter de se mettre en difficulté en prenant un but avec cette équipe, sinon les portes seront fermées.
Le Sénégal affronte une équipe égyptienne très expérimentée à ce stade de la compétition. Selon vous, quelles seront les clés tactiques pour faire la différence dans ce match ?
Effectivement, on connaît cet adversaire pour l'avoir plusieurs fois joué ces dernières années, et sur le bilan, on peut dire que le Sénégal a pris un ascendant psychologique, parce que les battre aux pénaltys, et les battre aussi pour la qualification à la Coupe du monde, ce sont deux moments extrêmement importants, et qui font que l'Egypte sera revancharde. Maintenant, c'est un autre match qui se présente devant nous, avec un Sénégal qui a pris la maturité de l'expérience, et une Egypte qui est revancharde, avec comme ultime but de rajouter une huitième étoile à leur maillot. Ce sera un match extrêmement important pour les deux équipes, pour Sadio Mané et Salah. Mais au-delà de ça, je pense que l'Egypte a une faculté défensive très aboutie, qui a l'air de faire déjouer ses adversaires. Le Sénégal est prévenu, on a vu l'armada offensive de la Côte d'Ivoire, qui a été éteinte, annulée par la science de la défense égyptienne. Je pense que c'est un avertissement pour nous, Sénégalais, pour dire qu'on est en danger par rapport à cette équipe. La moindre erreur se paiera très cher. Je pense que le Sénégal devra, pour moi, protéger sa défense en renforçant son milieu de terrain. Et nous proposer peut-être un 4-4-2, parce que le 4-3-3 est aussi ouvert. Il faut que les deux ailiers et la phase défensive se fassent par tout le monde, surtout pas les trois devant. Avec la fatigue, on se replace moins. Il faut protéger ce milieu de terrain et notre axe défensif, sinon on aura de mauvaises surprises.
Cette affiche rappelle des confrontations marquantes entre le Sénégal et l'Egypte en Can. Le facteur psychologique peut-il jouer un rôle déterminant dans cette demi-finale ?
Effectivement, l'Egypte respecte le Sénégal pour l'avoir joué plusieurs fois et l'avoir battu. Ces deux équipes sont très proches. Ces deux équipes se respectent, parce que connaissant la qualité l’une de l’autre, et surtout la force mentale de cette équipe égyptienne à renverser les montagnes, et l'art de défendre et de vous piquer dans vos erreurs, c'est la stratégie égyptienne bâtie autour de Salah, Marmoush et Trezeguet. Nous, je pense qu'on doit augmenter notre impact dans le jeu et notre engagement sur le terrain pour pouvoir venir à bout de cette équipe. Psychologiquement, on a peut-être un ascendant, mais c'est un autre match. Il faudra mettre le tempo, mettre du rythme pour déstabiliser cette équipe, parce qu'à basse intensité, je ne pense pas que cette équipe pourra être renversée, parce qu'elle se regroupe très vite et elle explose quand il faut exploser, et vous pique quand il faut. Il faut jouer à haute intensité pour venir à bout de cette équipe.
En tant qu’ancien latéral de l’équipe nationale du Sénégal, que pensez-vous de la progression de Krépin Diatta ?
Krépin, je dirais Krépinhio, parce que ce qu'il est en train de faire, c'est extraordinaire. Ce n'est pas évident pour un excentré de se reconvertir aussi facilement, surtout dans les phases défensives. Ça veut dire qu'il a les gènes d'un défenseur, ça c'est clair. Maintenant, à l'image de ce qu'il est en train de faire depuis le début de la compétition, c'est à saluer, parce que ses performances sont de très haut niveau. Et ça, c'est une valeur plus que sûre. Pour moi, c'est mon meilleur joueur de la Can, parce que souvent on voit les joueurs offensifs, mais moi, je suis particulièrement les latéraux, et ce qu'est en train de faire Krépin Diatta, pour moi, c'est le meilleur latéral de la compétition.
Quel message adresseriez-vous aux joueurs et aux supporters avant ce match, au regard de votre expérience du haut niveau et des grands rendez-vous africains ?
Le message que je peux envoyer aux supporters et surtout aux joueurs, c'est de rester unis, même dans la tempête, parce qu'on ne gagne pas sans souffrance. Ça va être dur, ça va être très dur, et je pense que l'histoire nous l'a rappelé, les confrontations avec l'Egypte n'ont jamais été faciles, et je pense que l'équipe est assez mature. Nous ne pouvons que les soutenir et leur dire merci pour tout ce qu'ils font, parce que c'est très difficile de revenir encore à ces standards et de confirmer la qualité par les résultats. Et bravo aux cadres, je pense aux mentions spéciales à Koulibaly, Capitaine Koulibaly, à Gana Guèye qui fait une Can extraordinaire, à Edouard Mendy, les cadres sont là, ont répondu présent. Aujourd'hui, c'est une bonne transition, et cette transition se fera avec une finale et une coupe gagnée, et ça, ce serait la cerise sur le gâteau. Je pense que le Sénégal est une belle équipe de l'extérieur, on sent qu'il y a une cohésion, une famille, et les jeunes sont à l'écoute des anciens, et ça, pour un coach, c'est un plaisir de pouvoir entraîner ce genre de groupe. Je pense que Pape Thiaw est béni d'avoir à sa disposition un effectif aussi à l'écoute et aussi déterminé, et ça lui facilite le travail, je pense.