Un scandale vient de secouer le secteur de la commande publique et du bâtiment au Sénégal. C'est le Programme d'urgence de développement communautaire (Pudc) qui a levé le lièvre en découvrant une vaste machination autour de la construction de postes de santé à Fatick et Kaolack. Des entreprises sont accusées d’avoir sciemment falsifié des documents techniques cruciaux portant sur la résistance du béton afin de tromper la vigilance de l'État et empocher les marchés publics.
Au cœur de cette embrouille figurent les entreprises Egeeb SARL et Esidco, chargées de la construction des structures sanitaires de Fatick et Kaolack. Face aux doutes sur la qualité et la solidité des édifices censés accueillir du public, le Pudc a exigé les procès-verbaux de tests de résistance du béton. Pour s'en sortir, les entrepreneurs sont accusés d’avoir sorti de leurs cartons de vrais-faux documents estampillés aux noms de laboratoires réputés de la place comme Lss et Naag Labo. Mais le pot aux roses a vite été découvert après vérification : les laboratoires ont catégoriquement nié être les auteurs de ces rapports et ont dénoncé une grotesque contrefaçon.
Des manœuvres financières et des paiements par Wave en plein chantier
Les auditions menées lors des investigations ont révélé des pratiques extraordinaires. Pour contourner le contrôle de qualité obligatoire, les responsables des entreprises incriminées n'ont pas hésité à s'en remettre à un mystérieux intermédiaire travaillant dans l'ombre, le sieur K.M. alias A.B. Loin de tout cadre légal, sans le moindre contrat écrit ni bon de commande ou facture officielle avec la direction des laboratoires. Le règlement des prestations s'effectuait directement par des transferts d'argent Wave sur le compte personnel du courtier. Le but : berner le maître d'ouvrage sur des infrastructures de santé cruciales. Pour l'entreprise Esidco, la pilule est d'autant plus amère qu'elle est en état de récidive, ayant déjà été épinglée par le passé pour falsification d'attestations de bonne exécution.
Deco-IC/Afric Consult ferme les yeux sur le contrôle après avoir empoché plus de 184 millions
L'affaire prend une tournure encore plus dramatique avec l'attitude du cabinet censé être le bouclier de sécurité de ces chantiers publics. Le groupement Deco-IC /Afric Consult, lié par un contrat de surveillance et de contrôle d'un montant de 184.723.100 F Cfa Ttc, a fait preuve d'une négligence et d'un abandon de poste scandaleux. Sans jamais se donner la peine d'assister aux prélèvements de béton sur le terrain ni de vérifier l'authenticité des procès-verbaux d'essais géotechniques avant de les valider, le contrôleur a laissé faire. En désertant ainsi ses obligations contractuelles les plus élémentaires, le groupement a fait régner un laxisme total et exposé de futurs malades et soignants à des risques majeurs d'effondrement.
Saisi du dossier, le Comité de règlement des différends de l'Arcop a tranché sans état d'âme le 23 septembre 2026. L'autorité de régulation a infligé une lourde amende de 16 millions 355 mille F Cfa à l'entreprise Esidco du fait de sa récidive et de la gravité extrême des faits. L'entreprise Egeeb SARL écope quant à elle d'une sanction pécuniaire de 9 millions 450 mille F Cfa. Sanctionné pour sa lourde carence et sa négligence caractérisée, le groupement de contrôle Deco-IC/ Afric Consult devra régler une amende de 3 millions 47 mille F Cfa. Les fraudeurs et leurs contrôleurs défaillants disposent d'un délai rigoureux de six mois pour passer à la caisse et solder leurs comptes auprès du Trésor public.
Samba THIAM