EXPULSION DE ABDOU MBOW PAR LES GENDARMES LORS DE LA PLENIERE POUR LA REVISION CONSTITUTIONNELLE : Les députés de l’opposition exigent des explications sur cette intervention des gendarmes et annoncent une campagne de dénonciation contre Sonko




 
Ce lundi 29 juin, la représentation nationale était le centre de toutes les attentions avec l’examen de la proposition de loi portant révision constitutionnelle. Une journée hautement symbolique dont majorité et opposition parlementaires ne gardent pas le même souvenir. Si les députés de Pastef se félicitent d’avoir fait valider à la majorité la proposition de loi, les députés de l’opposition composés des membres de Takku-Wallu et des non-inscrits se remémorent une violation de leurs droits et la violation exercée sur Abdou Mbow et son expulsion de la salle par les gendarmes, ce qui les avaient d’ailleurs poussés à bouder la séance. Aïssata Tall Sall et Cie sont revenues sur les événements malheureux, tout en exigeant de explications sur cette irruption de la gendarmerie au sein de l’hémicycle. Désignant Ousmanz Sonko comme l’unique responsable de cette situation, ces derniers comptent faire une tournée auprès des chefs religieux, société civile et des principales organisations interparlementaires et régionales pour prévenir sur les violations des lois et du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale par la majorité Pastef.
 
Les députés de l’opposition qualifient la situation actuelle de l’Assemblée nationale d’insoutenable, d’inadmissible. Ces derniers faisaient face à la presse hier pour déplorer « l’altercation » entre le président de l’institution et leur collègue Abdou Mbow. Selon Aïssata Tall Sall qui est revenue sur les dispositions du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale qui organise les débats, Abdou Mbow a été violenté, pire encore, son droit à la parole lui a été retiré par Ousmane Sonko. La présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu dit saluer l’esprit de solidarité de tous les députés de l’opposition qui ont quitté la salle à l’unanimité.
 
Aïssata Tall Sall : « cette révision constitutionnelle ne sert qu’à mettre le président de la République sous contrôle »
 
Aïssata Tall Sall se veut claire : « ce qui s’est passé à l’Assemblée nationale, nous ne l’acceptons pas et nous continuerons de le dénoncer. Amadou Mame Diop a présidé l’Assemblée durant la XIVème législature dans des conditions extrêmement difficiles, mais son calme et son sérieux et la pondération ont permis de bien gérer les choses jusqu’à la dissolution », dit-elle. À ceux qui demandent leur position sur cette proposition de révision de la Constitution, Aïssata Tall Sall fera savoir qu’on ne leur a pas donné l’occasion de s’exprimer sur la question, alors qu’ils avaient sérieusement travaillé, pour ordonner leur intervention. D’après Mme Sall, cette proposition de loi ne sert qu’à mettre le président de la République sous contrôle. Par conséquent, ils n’acceptent pas cette révision constitutionnelle.
Moussa Hamady Sarr pense que le Sénégal est actuellement confronté à une dérive institutionnelle. Rappelant qu’il conteste toujours la légitimité de Ousmane Sonko comme président de l’Assemblée, M. Sarr souligne que son accession à la presidence de l’Assemblée nationale est le résultat d’un véritable forcing politique et juridique, un précédent extrêmement dangereux parce que la majorité parlementaire pourrait s’affranchir des lois, dés lors qu’elle dispose du nombre. « Lorsque les lois sont violées dans le lieu où elles sont votées, c’est la démocratie elle-même qui est menacée », affirme le député non-inscrit qui appelle l’ensemble des forces vives de la nation à faire bloc autour d’une exigence simple : le respect de la Constitution, des lois de la République et du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
 
Moussa Hamady Sarr : « depuis l’avènement de la majorité Pastef, on assiste à une remise en cause méthodique des règles qui fondent notre démocratie parlementaire »
 
Pour lui, depuis l’avènement de la majorité Pastef, on assiste à une remise en cause méthodique des règles qui fondent notre démocratie parlementaire. « Jamais notre Assemblée nationale n’avait connu une telle banalisation de la violation de ses propres règles de fonctionnement. Cette culture de la transgression permanente est incompatible avec l’Etat de droit. Elle installe progressivement une idée extrêmement dangereuse, celle selon laquelle la volonté politique de la majorité pourrait remplacer les règles de droit », fait savoir le porte-parole du jour désigné par les députés de l’opposition.
Revenant sur les événements du 29 juin à l’hémicycle, Moussa Hamady Sarr assure que ce jour-là, la violence n’a pas été verbale et politique, elle était devenue physique. « Sous couvert de la police des séances, le président de l’Assemblée nationale a ordonné l’intervention de la gendarmerie nationale, a l’intérieur même de l’hémicycle, afin d’interdire la parole à notre collègue Abdou Mbow, dans l’exercice de son mandat. Nous affirmons avec force qu’aucune disposition du Règlement intérieur ne confère à Ousmane Sonko un tel pouvoir. Il s’agit d’une violation d’une exceptionnelle gravité du mandat parlementaire, une atteinte directe à la liberté de parole du député, mais aussi celle de la dignité de la représentation nationale », martèle M. Sarr, qui dit exprimer sa profonde préoccupation face au comportement de la gendarmerie.
Le député non-inscrit livre ensuite un agenda très chargé de visites chez les autorités religieuses, les missions diplomatiques et les partenaires du Senegal, la société civile etc. afin de leur parler des graves atteintes constatées contre les principes démocratiques et le fonctionnement normal de nos institutions. Les députés de l’opposition promettent d’engager la même initiative par une campagne diplomatique auprès des principales organisations interparlementaires et régionales. «Il ne s’agit ni d’une démarche de dénigrement de notre pays, ni d’une internationalisation artificielle du débat politique. Il s’agit au contraire d’alerter sur les dérives qui compromettent l’indépendance du pouvoir législatif», dit-il.
 
Abdou Mbow : « les Sénégalais ont le droit de savoir qui, au sein de la hiérarchie militaire, a donné l’ordre de faire exécuter cette réquisition, sur quel fondement juridique elle repose »
 
L’acteur principal Abdou Mbow a lui aussi pris la parole pour exiger que toute la lumière soit faite sur l’intervention de la gendarmerie nationale survenue le 29 juin dernier à l’intérieur de l’hémicycle de l’Assemblée nationale. 
 Ce dernier a rappelé que la gendarmerie nationale demeure une institution républicaine, placée sous l’autorité de la Constitution et de la loi, et que l’obéissance hiérarchique ne saurait justifier l’exécution d’un ordre manifestement illégal. Il a ainsi réclamé des explications publiques sur les circonstances de cette intervention, qu’il a qualifiée de brutale, disproportionnée et non nécessaire. 
 Les députés de l’opposition disent exiger de savoir qui, au sein de la hiérarchie militaire, a donné l’ordre de faire exécuter cette réquisition, sur quel fondement juridique elle repose, en vertu de quelle disposition du règlement elle a été mise en œuvre, et quels agents de sécurité ont accepté de l’exécuter. « Les Sénégalais ont le droit de savoir, ils ont le droit d’avoir des réponses à toutes ces questions », a insisté Abdou Mbow, estimant que cette séquence restera comme l’une des pages les plus sombres de l’histoire parlementaire du pays.
 
 
Nd. Kh. D. F
 
 
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