L’Assemblée nationale a examiné hier le projet de loi numéro 09/2025 portant création et fixant règles de fonctionnement de l’Observatoire national des lieux de privation de liberté (Onlpl). L’occasion a été saisie par les parlementaires pour interpeller la ministre de la Justice sur l'actualité de ces derniers jours, notamment la mort de l'étudiant Abdoulaye Ba, le cas Farba Ngom, les conditions inhumaines et dégradantes pendant la période de garde-à-vue et le premier jour en prison.
Les députés étaient hier en plénière à l’Assemblée nationale pour procéder à l'examen du projet de loi numéro 09/2025 portant création de l'Onlpl. Occasion saisie par nombre d'entre eux pour interpeller Mme la ministre de la Justice sur plusieurs questions. Thierno Alassane Sall a fustigé le sentiment de peur qui habite actuellement les Sénégalais du fait des errements du régime. "De nombreux citoyens ont l'impression que la justice est sous commande et je fais partie de ceux-là", a dit Thierno Alassane Sall. Avant d'ajouter : "la responsabilité du gouvernement dans la survenue des évènements à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar est pleine et entière pour avoir ignoré durant les mois de décembre les nombreuses alertes".
Thierno Alassane Sall, très incisif, d'attaquer encore en disant que le pouvoir a essayé d'orienter les enquêtes vers l'opposition et les étudiants.
"Nous disons que sans la présence massive et violente de la police, il n'y aurait pas eu mort d'homme. Sans cet acharnement, cette guerre, cette intifada à l'intérieur du campus social, il n'y aurait pas eu mort d'homme".
Guy Marius Sagna, lui, rappelle d’emblée qu'il a été enfermé six fois par Macky Sall en prison. "Au premier jour de prison, après le mandat de dépôt, on vous déshabille, tout nu. On vous demande de vous baisser, de tousser. Ceux qui le font sont souvent moins jeunes ou plus jeunes que vous. Ce n'est pas acceptable".
Revenant sur la mort du jeune Abdoulaye Ba, Guy Marius Sagna dira que c'est la justice non rendue à leurs camarades martyrs qui continue de pousser les Fds à penser qu'ils peuvent continuer de faire ce qu'ils font.
Au sujet des traitements dégradants infligés aux prévenus au premier jour de leurs arrestations, Me Abdoulaye Tall déclare lui aussi que ce n'est pas acceptable. "Premier jour de prison, ce sont des jeunes de rien du tout qui vous demandent de vous déshabiller. Une fois cela fait, il vous demande de vous baisser; de tousser. Ensuite, ils palpent vos testicules. De telles pratiques sont dégradantes et ne sont compatibles avec la dignité humaine et les valeurs sénégalaises".
La députée Félicité Mbougane Sarr de Pastef a elle aussi demandé ce qui se passe dans la tête des Fds. "La période de garde-à-vue, c'est ce que redoutent beaucoup de nos compatriotes à cause de ce qui s'y passe. J'ai toujours déploré ce qui se passe dans les commissariats", dit-elle.
Ismaila Diallo pense que le régime doit être plus regardant par rapport à ce qui se passe parfois sous son nez. Analysant les évènements de l'université, le député dit que certains font ce qu'ils veulent : "dans l'administration, il y a des gens qui sabotent, qui ne veulent pas que nous réussissions. C'est ma conviction".
Abdou Mbow, lui, affirme que Abdoulaye Ba a été tué par le régime: "laissez les étudiants rentrer chez eux. Ce ne sont pas des voyous, ni des brigands".
Abdou Mbow dit que le projet de loi n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c'est de remplir les prisons, d'y mettre des gens malades.
Fatou DIOP
Yassine Fall, sur la détention des homosexuels
«Ils sont 26 répartis entre deux sites : 19 à Rebeuss et 7 au Cap Manuel»
Dans son intervention, la ministre Yassine Fall est revenue sur beaucoup de sujets. Sur la situation précisément des détenus au niveau des établissements pénitentiaires comme Rebeuss, Yassine Fall révèle que 26 personnes, incarcérées pour des faits liés à l’homosexualité, sont actuellement réparties entre deux sites : 19 détenus à la Maison d’arrêt de Rebeuss et 7 à la prison du Cap Manuel.
Pour ce qui est des conditions de détention, Yassine Fall dit que le médecin-chef suit de près la situation sanitaire des prisonniers.
Des dispositions spécifiques ont été mises en œuvre pour les personnes séropositives, qui bénéficient d’un suivi médical approprié, tout en veillant à ce que cela «n’impacte pas la santé des autres détenus». Selon Yassine Fall, ces dossiers sont «suivis à la lettre».
FD