Le procureur a eu la main lourde. Il a requis contre Jérôme Bandiaky alias Sniper, une peine de prison ferme de 5 ans en sus d'une amende de 5 millions de F Cfa. Pour son acolyte présumé, Sakory Ka, frère de l'ancien ministre Doudou Ka, il a requis 3 ans d'emprisonnement et une amende de 2 millions de F Cfa. Ils ont été jugés hier, mercredi 8 juillet 2026, devant le tribunal correctionnel de Dakar pour détention d’armes sans autorisation administrative, trafic illicite d’armes, entre autres infractions.
Placés sous mandat de dépôt en novembre 2024, Jérôme Bandiaky alias Sniper, et son coprévenu Sakory Ka, frère de l'ancien ministre Doudou Ka, ont fait face hier, jeudi 8 juillet 2026, au tribunal correctionnel de Dakar. Sur les faits, il résulte de l'information que c'est le 18 septembre 2024 que la Division des investigations criminelles (Dic) de la Police nationale procédait à l'interpellation de Jérôme Bandiaky à son domicile, au centre-ville de Dakar. En plus de la somme de 1.470.000 F Cfa qui a été trouvée par-devers lui et de son véhicule pick-up de marque Toyota, la perquisition de son appartement a permis aux enquêteurs de saisir 3 passeports diplomatiques à son nom dont un en cours de validité, 14 bâtons de défense (tonfa), 9 postes radio portatifs, 7 chargeurs de radio portatifs, un bouclier, une autorisation de port d'arme expirée et un bâton télescopique.
Interpelé sur la provenance de ces objets, Bandiaky a soutenu qu'ils constituent l'équipement de sa société de gardiennage dénommée "Sniper Sécurité Suarl" qu'il avait mise sur pied en 2022 avant de la fermer en 2023, car il était une cible lors des émeutes de cette année. Il a également expliqué avoir bénéficié des passeports diplomatiques en tant que membre de la garde privée de l'ancien président de la République Macky Sall, puis comme membre du cabinet de l'ancien Premier ministre, Aminata Touré. Il a ajouté que c'est dans ce cadre qu'il avait bénéficié d'un appartement situé à l'Immeuble des Eaux.
Ndiaga Diop le témoin X de l’affaire
Le témoignage le plus déterminant vient d’un certain Ndiack Diop. Ce dernier avait soutenu que la première fois qu'il avait vu Jérôme Bandiaky dans le verger de Farba Ngom, en compagnie de Amadou Sall, fils de Macky Sall, du rappeur Dof Ndèye, d'un lutteur et membre de l'écurie de Boy Niang et beau-frère de celui-ci, et d'autres individus. Le sieur Diop précisait que Bandiaky était reparti de ces lieux avec les susnommés à bord de véhicules de couleur blanche.
Au cours d'une séance d'identification à la Dic, Ndiack Diop avait désigné le lutteur Samba Ba alias Bathie Ba dit Mbeuss comme étant la personne qui était venue dans la ferme de Farba Ngom en compagnie de Jérôme Bandiaky et du rappeur Dof Ndèye à bord d'un véhicule de type pick-up rempli de machettes et de gourdins, avec une mallette contenant des armes à feu de type P.A. Interpelé à son tour, Samba Ba a déclaré avoir arrêté la lutte depuis 6 ans et qu'il ne connaissait pas Jérôme Bandiaky. Il a aussi dit qu'il n'avait jamais travaillé pour le compte de Farba Ngom.
Le cas Sakory Ka, frère de Doudou Ka
Le cas Sakory Ka alias Papis est plus complexe. Ce dernier a été cité par Jérôme Bandiaky qui avait soutenu que c’est Sakory Kâ qui lui avait vendu une arme. Entendu, il a nié avoir vendu ou remis une arme à feu à ce dernier qu'il déclare avoir connu en 2019 par le biais de son frère, l'ancien ministre Doudou Ka. Il a précisé que Bandiaky se joignait à lui pour assister son frère lors de ses grands événements politiques.
La perquisition du domicile de Sakory Ka à Nord-Foire a permis de saisir 3 armes à feu ainsi qu'un important lot de matériels de défense, constitué d'un poste radio talkie-walkie, une décharge électrique, 3 pompes à gaz et 2 gilets pare-balles. La poursuite des investigations avait permis aux enquêteurs de saisir une quatrième arme à feu qu'il avait confiée à l'Armurerie Dakaroise pour réparation, ainsi qu'une autorisation de détention se rapportant à une cinquième arme à feu de type fusil marque Baïkal calibre 12mm, non retrouvée.
Interpelé sur cet arsenal, il a soutenu qu'à l'exception du pistolet automatique et de celui de son père décédé, tout le reste du matériel lui appartient.
Jérome Bandiaky balaie tout d’un revers de main
A la barre du tribunal, hier, Jérome Bandiaky et Sakory Ka ont persisté à nier les faits. Rappelant au juge qu'il est assistant de sécurité, Bandiaky a maintenu ses déclarations selon lesquelles Sakory Ka est la personne qui lui a vendu une arme factice qui fait partie du lot qui a été saisi à son domicile. Par rapport aux passeports diplomatiques, Jérôme Bandiaky a indiqué qu'ils lui ont été remis par l'ancienne Premier ministre Aminata Touré, puisqu'il était membre de sa garde privée et par la suite celle de la famille de Macky Sall. Interpellé sur la vidéo retrouvée dans son portable et sur laquelle on le voyait faire une démonstration de lance-grenade, il a dit qu'il ne se souvenait plus de ça. "J'ai un amour pour les armes", a-t-il dit. Et pour ce qui est des accusations du témoin sur le fait d'avoir été vu à la ferme de Farba Ngom en compagnie du fils de Macky Sall, Amadou, de Dof Ndèye et autres, il conteste : "je ne gère pas le fils du président. En ce qui concerne Farba Ngom, je ne m'entends pas avec lui. Et les gens qui me connaissent très bien savent que je ne peux pas travailler avec lui".
Sakory Ka nie tout
Son acolyte présumé Sakory Ka a réitéré à la barre que les armes qu'il détenait avaient des autorisations administratives excepté celle qu'il a hérité de son père. Parmi, elles, il a reconnu que l'une appartenait à un son défunt père qui fut un colonel des douanes. Interrogé sur l'utilité de posséder toutes ces armes, Sakory Ka a précisé qu'ils lui servaient dans ses activités agricoles et pour la chasse. Sur la carte professionnelle qui a été saisie au cours de la perquisition de son domicile et où il est mentionné la qualité de chef de protocole, il dit qu'il s'en servait au moment des activités politiques de son frère, l'ancien ministre Doudou Ka. "J'infiltrais ses activités politiques", a-t-il dit.
Le procureur, qualifiant les faits de graves, a requis la peine d'emprisonnement ferme de 5 ans assortie d'une amende de 5 millions de F Cfa pour Jérôme Bandiaky, pour tous les chefs d'accusation sauf les faits d'actes de nature à compromettre la sécurité de l'État. Quant à Sakory Ka, c'est une sentence de 3 ans ferme avec une amende de 2 millions de F Cfa qui a été requise à son encontre pour la détention d'armes sans autorisation administrative et l'usurpation d'identité excepté les autres délits pour lesquels la relaxe a été demandée.
Me Djiby Diallo : «Les véritables motifs de ce procès ne sont pas les faits qui vous sont déférés ici»
Pour la défense de Sakory Ka, Me Pape Samba So a indiqué qu'hormis ses activités de chasse et d'agriculteur, son client fait partie d'un club de tir. Son confrère, Me Lénine So, en l'appuyant, a indiqué que les fusils Herman servent à chasser des oiseaux et non tuer des personnes. Me Aboubacry Barro, de son côté, pour la défense de Jérôme Bandiaky, dira que" ce sont les pastéfiens qui sont derrière cette affaire". "Ce sont les partisans de Ousmane Sonko et j'assume ce que je dis. Tout a été monté de toutes pièces", a-t-il attesté en demandant qu'il soit renvoyé des fins de la poursuite. Estimant que la peine de 5 ans requise contre Jérôme Bandiaky est excessive, Me Oumar Youm a demandé sa relaxe pure et une application bienveillante de la loi pour la détention d'armes sans autorisation administrative. Dernier à plaider, Me Djiby Diallo a parlé de faits amnistiés. La robe noire s'est offusqué sur le fait que dans ce pays, il y a "la justice des pâtissiers et des boulangers". "Ce n'est pas ce que vous recherchiez mais Jérôme Bandiaky était recherché pour voir s'il est coupable de la disparition des gendarmes Fulbert Sambou et Didier Badji. Les véritables motifs de ce procès ne sont pas les faits qui vous sont déférés ici. Il n'est pas impliqué dans la disparition de ces deux gendarmes et c'est pour ça qu'il a été arrêté. Il a détenu des armes pour des raisons politiques parce qu'il assurait la sécurité privée de l'ancienne ministre Aminata Touré et parfois du président de la République et de son Premier ministre, Aminata Touré". Délibéré au 22 juillet 2026.
Fatou D. DIONE