DURCISSEMENT DE LA LOI CONTRE LES ACTES CONTRE-NATURE : La France, la Belgique et les Pays-Bas mettent le Sénégal sur «liste rouge»




Depuis la promulgation de la loi n°2026-08 par le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, un vent de panique souffle sur les représentations diplomatiques occidentales à Dakar. Inquiètes pour la sécurité de leurs ressortissants face à des peines de prison désormais portées à 10 ans ferme, plusieurs ambassades ont activé leurs leviers de vigilance. Entre mises à jour des conseils aux voyageurs et alertes de «dernière minute», tour d’horizon d’une fronde diplomatique qui ne dit pas son nom.
 
Alors que le peuple sénégalais, dans sa grande majorité, a salué le renforcement de la répression contre les pratiques homosexuelles et la zoophilie, les chancelleries étrangères, elles, sont sur le qui-vive. Moins de 48 heures après l’entrée en vigueur du texte de loi, les portails numériques de plusieurs ministères des Affaires étrangères européens et nord-américains ont viré au rouge.
 
 La France en première ligne : «Vigilance maximale»
 
C’est le Quai d’Orsay qui a dégainé le premier. Dans une note de «Dernière minute» adressée aux Français résidant ou de passage au Sénégal, Paris insiste sur le caractère désormais criminel de l’homosexualité. L’alerte souligne que le juge sénégalais n’a plus la possibilité d’accorder de sursis ni de descendre en dessous du plancher de 5 ans de prison. Pour la diplomatie française, le niveau d’alerte est clair : il ne s’agit plus seulement de respecter les mœurs locales, mais de se prémunir contre des arrestations immédiates basées sur de simples soupçons ou des publications sur les réseaux sociaux.
 
Belgique et Pays-Bas : le spectre de la «propagande»
 
Du côté de l’ambassade de Belgique, l’accent est mis sur l’élargissement du délit. Les conseils aux voyageurs ont été enrichis d’un avertissement sur la notion de «promotion» ou de «soutien» aux minorités sexuelles. La Belgique prévient ses ressortissants que le simple fait de porter des symboles ou de tenir des propos jugés favorables à la cause Lgbtqi+ peut désormais être assimilé à de l’apologie, passible de 3 à 7 ans de réclusion.
Les Pays-Bas, déjà échaudés par des incidents diplomatiques l'an dernier concernant des événements culturels, recommandent à leurs citoyens une «discrétion absolue», pointant du doigt une atmosphère sociale devenue particulièrement hostile.
 
Une diplomatie sur la défensive
 
Si les États-Unis et le Canada n’ont pas encore opté pour une alerte formelle «rouge», leurs services consulaires multiplient les briefings internes. Selon des sources proches du dossier, ces pays craignent que leurs binationaux ou leurs touristes ne fassent les frais de cette nouvelle législation lors de contrôles de police ou de dénonciations anonymes.
Cette levée de boucliers des ambassades intervient dans un contexte de souveraineté affirmée par les nouvelles autorités de Dakar. En durcissant l’article 319 du Code pénal, le Sénégal a envoyé un message clair : ses valeurs ne sont pas négociables. Pour les chancelleries occidentales, le défi est désormais de protéger leurs citoyens sans froisser frontalement l’État sénégalais. Mais avec des peines pouvant aller jusqu'à 10 ans de prison et des amendes atteignant 5 millions de F Cfa, le «risque Sénégal» pour la communauté internationale n’a jamais été aussi élevé.
 
 
Samba THIAM
 
LES ECHOS

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