Mandaté par le Président Bassirou Diomaye Faye, le Premier ministre Ousmane Sonko a représenté le Sénégal à la 39e session ordinaire de l’Union Africaine, tenue les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba. Entre plaidoyer sur l’accès à l’eau, rencontres bilatérales de haut niveau et arrière-plan diplomatique marqué par la possible candidature de Macky Sall à l’Onu, la participation sénégalaise s’est inscrite dans un contexte politique dense et stratégique.
Le Premier ministre Ousmane Sonko a pris part, samedi 14 février 2026, à l’ouverture de la 39e session ordinaire de l’Union Africaine (UA), organisée à Addis-Abeba, siège de l’organisation continentale. Placé sous le thème : « Assurer la disponibilité de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 », le sommet a réuni chefs d’État, chefs de gouvernement et responsables d’institutions internationales autour d’un enjeu central pour le développement africain.
Envoyé spécial du Président Bassirou Diomaye Faye, le chef du gouvernement sénégalais a ainsi porté la position de Dakar sur les défis liés à l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et aux infrastructures de base, considérés comme des leviers déterminants pour la santé publique, la croissance inclusive et la stabilité sociale sur le continent.
Une série d’entretiens bilatéraux stratégiques
En marge des travaux officiels, Ousmane Sonko a multiplié les rencontres diplomatiques. Il s’est notamment entretenu avec son homologue éthiopien, Abiy Ahmed Ali, Premier ministre de la République fédérale démocratique d’Éthiopie. Les deux responsables ont échangé « sur des questions d’intérêt commun », selon la primature sénégalaise, dans un contexte où Addis-Abeba demeure un carrefour diplomatique africain incontournable.
Le chef du gouvernement sénégalais a également rencontré Giorgia Meloni, Présidente du Conseil des ministres de la République italienne. Cet entretien intervient alors que le Sénégal et l’Italie entretiennent des relations historiques marquées par une coopération économique, migratoire et culturelle significative, notamment en raison de l’importante diaspora sénégalaise en Italie.
Autre échange de poids : celui tenu avec António Guterres, Secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies. Dans un contexte international marqué par des crises multiples – sécuritaires, climatiques et économiques –, ces discussions ont porté sur les priorités africaines au sein du système multilatéral.
Le Premier ministre sénégalais a par ailleurs rencontré Brice Clotaire Oligui Nguema, président de la République gabonaise, Mohammed Younes El-Menfi, président du Conseil présidentiel libyen, ainsi que Thabo Mbeki, ancien Président sud-africain et actuel président de la Fondation Thabo Mbeki.
Selon la communication officielle, ces rencontres visaient à « renforcer la coopération bilatérale et continentale » et à approfondir les concertations sur des dossiers stratégiques d’intérêt commun, qu’il s’agisse de sécurité régionale, de gouvernance, d’intégration économique ou de réformes institutionnelles africaines.
Un sommet sous tension diplomatique
La participation sénégalaise à ce 39e sommet ne s’est toutefois pas déroulée dans un vide politique. En toile de fond des discussions figurait la question sensible de la possible candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies.
L’hypothèse, longtemps évoquée de manière informelle, a pris une dimension plus concrète à la suite d’échanges diplomatiques récents, notamment lors de la visite du Président Bassirou Diomaye Faye à Brazzaville. La question d’un éventuel soutien africain à cette candidature devait, selon plusieurs sources médiatiques, s’inviter dans les discussions du sommet d’Addis-Abeba.
À Dakar, le débat demeure vif. Certaines voix, à l’image du député Guy Marius Sagna, ont exprimé leur opposition à une telle perspective, tandis que d’autres appellent à une lecture strictement institutionnelle et juridique de la situation, estimant que toute position devrait se fonder sur des éléments formels et non sur des considérations politiques.
Dans ce contexte, la décision d’envoyer Ousmane Sonko représenter le Sénégal à Addis-Abeba, en lieu et place du chef de l’État, a été perçue par plusieurs observateurs comme un choix diplomatique chargé de signification. Officiellement, il s’agit d’une représentation classique dans l’architecture institutionnelle sénégalaise. Officieusement, certains y voient un signal politique dans un dossier où se croisent enjeux nationaux et équilibres continentaux.
Le Sénégal au cœur des équilibres africains
Au-delà des spéculations, la 39e session ordinaire de l’Union Africaine a offert au Sénégal l’occasion de réaffirmer son engagement en faveur de l’Agenda 2063, feuille de route stratégique du continent pour les prochaines décennies.
Le thème de l’eau et de l’assainissement renvoie à des défis concrets pour de nombreux États africains, confrontés à la pression démographique, aux effets du changement climatique et aux déficits d’infrastructures. En prenant part aux travaux et aux concertations de haut niveau, Ousmane Sonko a contribué à inscrire le Sénégal dans les dynamiques régionales visant à mutualiser les efforts et à mobiliser des financements.
Par sa présence et ses échanges, le Premier ministre a également consolidé l’image d’un Sénégal actif sur la scène africaine et internationale, soucieux de défendre ses intérêts tout en participant aux grandes orientations stratégiques du continent.
À Addis-Abeba, la diplomatie sénégalaise a ainsi navigué entre agenda sectoriel, dialogue bilatéral et calculs géopolitiques. Un exercice d’équilibre révélateur d’une nouvelle séquence politique à Dakar, où chaque geste diplomatique est scruté à l’aune des recompositions en cours, tant sur le plan national qu’africain.
Sidy Djimby NDAO