Le mouvement Y en marre a réussi son pari de réunir acteurs politiques, pouvoir comme opposition, société civile, mais aussi les citoyens. C’était lors de sa foire aux idées organisée le 24 et le 25 avril à la place de la Nation. Lors de la deuxième journée, beaucoup de panels ont été organisés dont celui sur le rôle des acteurs politiques dans la consolidation de la cohésion nationale, avec comme débatteurs Me Aïssata Tall Salk, Ngagne Demba Touré et le sociologue Djiby Diakhaté. Encore une fois, la demande de Thiat aux acteurs politiques de ne pas transformer les panels en derby n’a pas été respectée. Ngagne Demba et Aïssata Tall Sall se sont bien cognés, même si c’était de façon civilisée.
Autour du thème : «La consolidation de l’unité nationale», Me Aïssata Tall Sall et Ngagne Demba Touré se sont fait face hier lors d’un des panels de «Taxaw Saytu» de Y’en a marre.
La présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu estime que tout Sénégalais doit être acteur de la cohésion nationale, alors pourquoi tout le monde pense aux acteurs politiques quand on l’évoque ? se demande-t-elle. C’est parce qu’on a senti, déclare Me Aïssata Tall Sall, que c’est sur leur terrain que cette cohésion nationale est en train de se fissurer, s’affaiblir. «De tout le temps, la politique a été le facteur qui nous a consolidés comme il a été le facteur qui nous a divisés. Ce n’est pas récent. Il ne faut pas penser que l’histoire est en train de se faire là. Elle s’est déjà faite depuis bien avant nous», renseigne-t-elle.
Ngagne Demba Touré tire à boulets rouges sur l’ancien régime
Pour les facteurs qui menacent la cohésion nationale, Ngagne Demba Touré, le coordonateur nationale de la Jeunesse patriotique du Senegal (Jps), a évoqué le cas Sonko. «A partir de 2018, la scène politique est devenue un espace tendu parce que l’on a sapé un principe fondamental : la garantie de la liberté de candidature dans l’espace démocratique sénégalais. Un Président a pensé pouvoir empêcher un autre Sénégalais qui a les mêmes droits que lui, d’être candidat à une élection. Ce sont ces faits qui peuvent brûler un pays », fait savoir le coordonnateur de la Jps, qui promet que la modification du Code électoral entreprise par les députés de Pastef va mettre un terme à ses agissements.
Rappelant toutes les précautions prises par le Pastef pour pouvoir participer à la dernière présidentielle, il lance une petite pique à Macky Sall et Aïssata Tall Sall. «Je rappelle à celui qui a dit devant les Nations-Unies que des insurrectionnels ont voulu prendre le pouvoir par la violence, que l’histoire est trop récente pour qu’on cherche à la manipuler», dit-il avant de se tourner vers Aïssata Tall Sall : «je rappelle qu’en tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères, elle a déclaré devant l’Union Européenne qu’il y a des terroristes au Sénégal. Je rappelle aussi qu’en tant que ministre de la Justice, vous avez défendu la loi d’amnistie devant l’Assemblée nationale pour que ceux que vous traitiez de terroristes sortent de prison et obtiennent 54% . Ces terroristes dont vous parliez sont aujourd’hui à la tête de ce pays où vous êtes députée, présidente de groupe parlementaire et vous n’êtes guère inquiétée», clame M. Touré.
Aïssata Tall Sall : «je viens de comprendre certains qui refusent de prendre part à certains débats»
Fidèle à sa réputation, Aïssata Tall Sall a servi une réponse bien salée à son co-débatteur. À la question du modérateur qui lui demande comment éviter les attaques personnelles dans le milieu politique, l’ancien ministre de la Justice dira : «il faut poser cette question à M. Touré qui vient de m’attaquer frontalement alors que je ne lui ai rien fait ou dit», lance-t-elle avant d’ajouter : «je viens de comprendre certains qui refusent de prendre part à certains débats, parce qu’ils ne veulent pas faire face à certains débatteurs. Heureusement que moi je peux débattre avec n’importe qui».
«Vous n’étiez pas en prison puisque vous étiez parti vous cacher au Mali»
Même si elle assure qu’elle ne descendra jamais à certains niveaux, Aïssata Tall Sall a tenu à clarifier certains points. A l’en croire, elle a parlé de terroristes dans un contexte bien particulier. «J’ai parlé d’acte terroriste à l’Union Européenne, en faisant référence à l’attaque contre les deux jeunes filles dans le bus», explique-t-elle, tout en lançant une pique à Ngagne Demba : «vous m’accusez d’avoir fait emprisonner des gens, mais vous n’en faisiez pas partie, puisque vous étiez parti vous cacher au Mali alors que vous étiez sous le coup d’un mandat d’arrêt», ironise-t-elle.
Pour clôturer le chapitre, Me Aïssata Talla Sall interpelle le modérateur du débat. «Je ne suis pas là pour discutailler avec lui (Ndlr : Ngagne Demba Touré). C’est le thème qui m’a poussée à venir. Je peux me tromper de combat, mais je ne me trompe jamais d’adversaire. Vous n’êtes pas mon adversaire et personne dans cette salle ne l’est…», fulmine-t-elle.
Pour terminer, Aïssata Tall Sall a beaucoup insisté sur la nécessité pour les partis politiques de former leurs militants et responsables. Pour elle, il est facile de conquérir le pouvoir, mais la gestion demande beaucoup de rigueur : «vous venez d’arriver au pouvoir et beaucoup d’entre vous ne connaissent pas le pouvoir, si vous ne faites pas attention, vous allez bruler ce pays».
Nd. Kh. D. F