Le Premier ministre, Ousmane Sonko, a tempéré ses ardeurs hier à l’Assemblée nationale, alliant calme et attaques subtiles pour solder ses comptes avec l’ancien régime coupable à ses yeux du passif lourd de la dette à l’origine des difficultés de remboursement du service de cette dette. Selon le chef du gouvernement, l’ancien régime a empoisonné et piégé le pays avant de partir. A l’en croire, si son gouvernement disposait du budget de la dette héritée, il allait initier des projets qui changeraient définitivement l’économie sénégalaise.
Interpellé sur la question de la dette, notamment le service de la dette, le Premier ministre est revenu sur le passif lourd de la dette hérité de l’ancien régime qu'il évalue à 5261 milliards alors que les recettes totales sont évaluées à 6188 milliards. Au premier trimestre, ajoute-t-il, le service de la dette était de 1938 milliards dont 762 milliards constitués de la dette intérieure et 1175 milliards de la dette extérieure. «Or, lorsque l’ancien régime arrivait au pouvoir en 2012, l'encours de la dette était de 2704 milliards. En quittant le pouvoir en 2024, l’encours de la dette légué était de 23.666 milliards, soit 10 fois plus. Ils ont déclaré 74% de taux d'endettement alors que c’était 119% du Pib, soit une différence de 7667 milliards», annonce Ousmane Sonko. Ce qui le fonde à croire que ses prédécesseurs ont empoisonné et piégé le pays avant de partir. «Si on avait ce montant, on allait faire des projets qui changent définitivement l'économie de notre pays», indique le Premier ministre qui cite, entre autres projets d’envergure, le Grand transfert d'eau pour 700 milliards, le Réseau gazier du Sénégal, la construction de logements sociaux pour 405 milliards, le prolongement du Ter à Thiès pour 400 milliards. En sus, dit-il, du projet le plus structurant Yakaar-Teranga avec les moyens de l'Etat pour 4500 milliards.
Une dette odieuse
Poursuivant, le Premier ministre n’a pas manqué de qualifier cette dette d’«odieuse», dans la mesure où elle a été contractée - pour une partie – sur le dos des Sénégalais et sans qu’elle ne soit validée à l’Assemblée nationale. Face à cette situation, le chef du gouvernement est persuadé qu’on ne peut exiger des sacrifices à la population sans pour autant que les auteurs de ces pratiques ne soient punis. Loin de cautionner ce vent d’impunité, il regrette de constater que certains font tout pour libérer ceux qui sont arrêtés. Ce qui lui fait dire qu’il n’a aucun espoir que ces dossiers aboutissent même si, par ailleurs, les corps de contrôle ont fait un excellent travail. « Nous avons notre part de responsabilité et c'est pourquoi les Sénégalais n'acceptent pas de patienter. Il nous appartient de mettre les hommes qu'il faut à la place qu'il faut pour qu'ils fassent le travail qu'il faut», martèle Ousmane Sonko, persuadé que les coupables doivent rendre compte. «Si on ne fait pas le nécessaire pour que les responsables rendent compte, je ne peux aller demander aux Sénégalais de faire des sacrifices. Je ne peux pas. Si justice n’est pas rendue, cela risque de nous rattraper. Cependant, en dépit de cette situation, le Premier ministre révèle que le gouvernement a fourni des efforts avec la baisse des produits de premières nécessités, du carburant, de l’électricité, etc.
Une gestion active de la dette pour éviter la restructuration
Par suite des divergences notées sur les projections de croissance entre le gouvernement et le Fmi, Cheikh Diba révèle que les deux parties ont travaillé à rapprocher leurs positions. Et, vendredi dernier, dit-il, le Fmi a mis à jour son cadrage macroéconomique. Ainsi, dans les prochains jours, les parties vont discuter du cadrage macroéconomique et arriver aux résultats qui vont nous permettre de finaliser les discussions avec le Fonds. «Si nous arrivons à converger sur l'essentiel de nos indicateurs de cadrage, c'est que le besoin de volume de financement va se rétrécir et cela va nous permettre de boucler ce financement», annonce le ministre des Finances et du Budget. Poursuivant, Cheikh Diba propose à l’opposé de la restructuration, la gestion active de la dette. «Le résultat est le même du point de vue quantitatif que la restructuration, à quelques variables près et nous ne subissons pas les conséquences de la restructuration », indique le ministre des Finances. Revenant sur la gestion de la dette intérieure, il révèle que le gouvernement a commencé à travailler sur la gestion de la dette bancaire locale. «En 2025, les tombées d'échéance sur la dette bancaire locale étaient à près de 820 milliards avec une pression forte sur les liquidités des banques, sur leur capacité à financer l'économie. Nous avons invité les banques, à travers des interventions sur le marché financier régional, à titriser certaines de ces créances dont ils disposaient sur l'Etat du Sénégal. Cela nous a permis de négocier les termes de financement, améliorer le profil de maturité, gagner de l'espace budgétaire à hauteur de plus de 500 milliards francs en 2025. C'est ce que nous comptons faire avec la dette extérieure», explique le ministre des Finances et du Budget. «Nous allons travailler sur des instruments de rehaussement avec des institutions de garantie comme la Bad, pour pouvoir mobiliser des ressources à des coûts beaucoup plus faibles que les coûts d'endettement que nous connaissons aujourd'hui. Ce qui va nous permettre de rétrécir la dette et de libérer des espaces budgétaires. Si nous combinons cet exercice avec la discipline budgétaire que nous avons enclenchée depuis 2024, où on est passé de 13,8% à 7,8% de déficit budgétaire en 2025, en 2026, nous serons à 5,3% et en 2027 à 3%. Au bout du compte, nous aurons une dette soutenable sans en compromettre les relations que nous avons avec nos créanciers», ajoute Cheikh Diba.
Reprendre Yakaar-Teranga
A l’en croire, ils ont toujours lutté pour la bonne gouvernance, la souveraineté et de promettre une croissance à deux chiffres sur plusieurs années pour avoir les retombées qu’il faut pour construire le développement. «Nous allons reprendre notre gaz, notamment Yakaar-Teranga qui nous appartient. Nous avons toutes les bases pour reprendre ce projet et on va le reprendre. Si on le fait, ce sera bénéfique pour le Sénégal», ajoute le Pm qui annonce à cet effet un point de presse pour livrer les retombées de la renégociation des contrats. Persuadé que le système combattu est toujours présent dans l’administration, il a rendu hommage au ministre de la Justice qui tente, dit-il, de changer qualitativement le visage de la justice, malgré les résistances. «Ces résistances ne nous posent pas problème et nous ne démissionnerons jamais de ce travail. Je ne parle pas de démission du poste de Pm, cela n’a pas d’importance, mais nous ne démissionnerons jamais pour le changement structurel dans ce pays. Les résistances et les sabotages nous allons continuer à nous battre. L’histoire de l’humanité rappelle que les révolutions qui marchent vers leur destin promis se heurtent à leur lot d’obstacles, les intrigues et complots de pouvoir, les infiltrations, les accoutumances aux tentations etc., c’est ce que nous vivons tous les jours», fait remarquer le Pm qui prédit, cette fois-ci, un bon départ pour le Sénégal.
Sonko : «je suis le gardien de la révolution»
Au terme de son intervention, Ousmane Sonko s’est érigé en gardien de la révolution. «Je n’ai jamais aimé les flagorneries et autres cultes de personnes. J’ai toujours ignoré les expressions telles que ‘’Sonko est le gardien de la révolution’’, mais, après deux ans de combat acharné dans le capharnaüm du système, j’accepte avec humilité. Oui, je suis le gardien de cette révolution. Je le suis dans la limite des moyens et des pouvoirs qui sont les miens, mais je le suis avec vous, des millions de Sénégalais de la diaspora qui n’ont pas oublié pourquoi tant de sacrifices et qui n’attendent de nous rien que la vérité, la droiture, l’éradication d’un système honni et le don de soi pour la patrie», tranche le président de Pastef.
Sonko aux syndicalistes : «on ne donne pas ce qu'on n'a pas»
Dans ce contexte difficile des finances publiques, le Premier ministre n’a pas du tout cautionné les interminables revendications des syndicalistes. «Nous n'avons pas encore de richesse à redistribuer. Nous avons réglé des doléances vieilles de 12 ans, mais les syndicats continuent de faire de nouvelles réclamations. J’ai même entendu des revendications émergentes ! Qu'est-ce que cela veut dire ? Il faut qu'on ait un consensus dans ce pays et c'est l'objectif du Pacte. Il ne faut pas qu'on pousse l'Etat à bout, si on nous pousse à bout, nous ferons face. On ne donne pas ce qu'on n'a pas. Et le pays ne se limite pas à 200 mille fonctionnaires ou 200 mille étudiants», charge Ousmane Sonko, avant de trancher : «chaque jour, on réclame de nouvelles primes. Cela ne peut pas se faire et cela ne se fera pas. Faisons des sacrifices pour construire et bâtir la richesse, sachant qu'on a une dette abyssale à payer. Soit on paye, soit on ne paye pas et on est à défaut et on va à la restructuration et tout le monde est d'avis que la restructuration n'est pas la solution pour le pays. 90% sont d'avis que notre position est la bonne. Il faut qu'on sache ce qu'on veut. Le don de soi pour la patrie, c'est pour tous les Sénégalais», dit-il.
M. CISS