Alors que l’Afrique amorce une réduction progressive du ratio de son endettement global, le Sénégal affiche des chiffres préoccupants. Selon le dernier rapport du Global Debt Monitor de l’IIF, le pays se hisse au premier rang des nations les plus endettées du continent par rapport à leur richesse nationale. Le paysage économique africain en 2025 est marqué par une dualité frappante. D'un côté, on observe une dynamique continentale de maîtrise budgétaire et, de l'autre, des situations nationales critiques où le Sénégal se retrouve désormais en première ligne.
Le rapport publié par l'Institut de la finance internationale (IIF) révèle une statistique majeure pour Dakar : le ratio de la dette publique du Sénégal atteint désormais 122,9% de son Produit intérieur brut (Pib). Ce chiffre place le Sénégal au sommet du classement africain, devant la Zambie qui affiche 107,2% et le Mozambique à 97,2%. Plus impressionnant encore, le Sénégal est le seul pays d'Afrique de l'Ouest présent dans le peloton de tête, dépassant largement des puissances économiques comme l'Afrique du Sud, qui stabilise sa dette à 79,4%, ou l'Égypte à 78%.
Cette situation nationale intervient dans un contexte où l'Afrique, dans son ensemble, semble avoir amorcé un virage vers l'assainissement budgétaire. La moyenne de la dette publique sur le continent s'établit à 62,8% du Pib en 2025, marquant une baisse par rapport aux 63,7% enregistrés à la fin de l'année 2024. Le Sénégal affiche donc un taux d'endettement qui est quasiment le double de la moyenne africaine, soulignant une vulnérabilité particulière de l'économie nationale.
Les racines d'une trajectoire ascendante
L'explication de ce niveau d'endettement record repose sur une combinaison de facteurs structurels et de chocs externes. Historiquement, le pays a mené une politique de grands travaux d'infrastructures durant la dernière décennie, nécessitant des levées de fonds importantes sur les marchés internationaux. Cette stratégie d'investissement massif, bien que visant à transformer l'économie de manière durable, a mécaniquement alourdi le stock de la dette publique au fil des années.
À ces investissements, se sont ajoutées les crises successives, notamment les répercussions persistantes de la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques mondiales qui ont renchéri les coûts de l'énergie et des produits de base. Le rapport de l'IIF laisse d'ailleurs transparaître que si la dette mondiale atteint des sommets historiques, c'est aussi le résultat d'une hausse annuelle globale de 29.000 milliards de dollars depuis le début de la pandémie. Pour le Sénégal, cela s'est traduit par un accroissement des déficits budgétaires qu'il a fallu combler par de nouveaux emprunts dans un environnement de taux d'intérêt mondiaux moins favorables.
Une stature d'endettement comparable aux poids lourds mondiaux
À l'échelle mondiale, le niveau d'endettement du Sénégal le placerait théoriquement entre les États-Unis (123,1%) et la France (115,6%). Bien que les structures de ces économies soient très différentes, ce rapprochement statistique illustre l'ampleur du défi de financement actuel. À titre de comparaison, le Japon reste en tête du classement mondial avec une dette abyssale de 252,3% de son Pib.
Le rapport souligne également que si la dette publique est élevée, l'endettement privé au Sénégal et sur le continent reste relativement modéré. Les ménages africains ne sont endettés qu'à hauteur de 13,6% du Pib, tandis que les entreprises non financières et financières affichent respectivement des taux de 19,3% et 9,5%. Cette disparité suggère que le fardeau de la dette est quasi exclusivement porté par l'État.
L'heure des réformes et de l'assainissement
Le Sénégal se trouve aujourd'hui à un tournant de sa politique économique. Alors que la dette mondiale atteint un niveau record de 348.000 milliards de dollars, le pays doit impérativement s'aligner sur la dynamique de désendettement observée ailleurs sur le continent pour garantir une croissance pérenne.
Le niveau actuel du ratio réduit considérablement la marge de manœuvre budgétaire des autorités, car une part importante des ressources nationales risque d'être absorbée par le seul remboursement des intérêts. Les efforts d'assainissement budgétaire et de maîtrise des déficits mentionnés par l'IIF devront devenir la priorité absolue pour ramener le ratio vers des seuils plus soutenables et maintenir la confiance des créanciers internationaux.
Samba THIAM