DEPORTATIONS DEPUIS LES USA DE SENEGALAIS VERS LA SIERRA LEONE:Reuters annonce que plus de 300 migrants originaires des pays de la Cedeao, y compris des Sénégalais, seront déportés vers Freetown à partir du 20 juin, les autorités sénégalaises apporte




 
Les informations publiées récemment par l’agence de presse Reuters sur un accord entre les États-Unis et la Sierra Leone concernant des migrants ouest-africains continuent de susciter de nombreuses interrogations au sein des communautés africaines vivant aux États-Unis, notamment chez les Sénégalais. Selon l’agence britannique, plus de 300 migrants originaires des pays de la Cedeao, y compris des Sénégalais, seront déportés vers Freetown à partir de ce 20 juin. Contacté, le Consul général du Sénégal Demba Camara a apporté des clarifications.
 
Dans une dépêche publiée le 16 mai 2026, Reuters révélait que la Sierra Leone avait accepté de recevoir jusqu’à 300 migrants ouest-africains par an, dans le cadre d’un accord signé avec Washington. Selon le ministre sierra-léonais des Affaires étrangères, Timothy Kabba, un premier groupe de de 9 personnes est arrivé le 20 mai. Parmi elles : un Sénégalais et deux Guinéens. L’information a rapidement provoqué des réactions et de nombreuses questions : pourquoi des Sénégalais seraient-ils transférés vers la Sierra Leone, alors que le Sénégal coopère traditionnellement avec les autorités américaines pour le retour de ses ressortissants faisant l’objet d’une mesure d’expulsion ?
Contacté, le Consul général du Sénégal à New York, Demba Camara, affirme que les autorités sénégalaises travaillent «en parfaite collaboration» avec les agences américaines chargées de l’immigration, notamment la police de l’immigration (ICE) et le Départements de la Sécurité intérieure. A l’en croire, le consulat reçoit régulièrement des rapports détaillés concernant les Sénégalais faisant l’objet d’expulsions classiques vers Dakar. Le diplomate indique notamment qu’un rapport transmis fin avril faisait état de 295 Sénégalais expulsés vers leur pays d’origine au cours du mois d’avril.
 
Les concernés déclarent ne pas se sentir en sécurité au Sénégal
 
Le Consul général précise toutefois que les cas évoqués dans l’accord avec la Sierra Leone relèveraient d’une autre catégorie juridique. D’après les explications qu’il a fournies, les personnes concernées seraient «en mesure d’éloignement» et qu’il s’agirait principalement de migrants ayant déclaré ne pas se sentir en sécurité au Sénégal ou ayant invoqué des éléments liés au droit d’asile et à la protection internationale. Dans ce contexte, les autorités américaines appliqueraient des mécanismes liés à la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés et au principe de non-refoulement, qui interdit en principe de renvoyer une personne vers un pays où elle affirme risquer des persécutions ou des dangers graves.
Selon les explications rapportées par le diplomate sénégalais, les États-Unis ne seraient alors pas obligés d’informer systématiquement les autorités sénégalaises du nombre exact ou de l’identité des personnes transférées vers des pays tiers dans le cadre de ces procédures particulières.
La politique américaine dite des «déportations vers des pays tiers» suscite toutefois de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains et d’experts du droit international.
Plusieurs Ong accusent Washington de contourner certaines protections accordées aux demandeurs d’asile en transférant des migrants vers des pays tiers avant la fin complète de leurs procédures judiciaires.
Reuters avait déjà révélé en janvier que des migrants transférés au Ghana avaient ensuite été renvoyés vers leurs pays d’origine, malgré certaines protections judiciaires obtenues aux États-Unis.
À ce stade, ni le gouvernement sénégalais, ni les autorités américaines n’ont publié officiellement la liste des personnes concernées par un éventuel transfert vers la Sierra Leone. Aujourd’hui le Sénégal ne dispose pas d’ambassade ou de Consul au Sierra Leone et plusieurs zones d’ombre demeurent encore, notamment sur le statut exact de ces Sénégalais concernés, la durée de leur séjour éventuel ainsi que les garanties juridiques dont ils pourraient bénéficier après leur transfert hors des États-Unis.
 
 
Ahmadou KANE
(Correspondant permanent à New York)
 
LES ECHOS

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