DEGRADATION DE SA NOTE SOUVERAINE DE CAA1 À CAA2 PAR MOODY’S : Le Sénégal dans les abysses de la performance économique




 
 
 
 
 
L’agence de notation Moody's a rétrogradé la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2, tout en maintenant des perspectives négatives. Cette nouvelle dégradation arrive dans un contexte de tension budgétaire persistante, mais aussi, au moment où notre pays tente de regagner la confiance des investisseurs avec le séjour d'une équipe du Fmi à Dakar.
 
 
 
 
 
La dégradation de la note souveraine du Sénégal intervient à un moment où une mission du Fmi séjourne à Dakar depuis le 19 août dernier sous la direction de Mercedes Vera Martin. Le Sénégal espère conclure un nouveau programme de financement avec le Fmi au terme de cette visite, le 1er septembre, pour accompagner les efforts de redressement des finances publiques. En effet, un accord avec le Fmi pourrait contribuer à renforcer la crédibilité financière du Sénégal, à faciliter l'accès à des financements extérieurs et à réduire les risques liés au refinancement de la dette. En attendant, cette perspective heureuse, Moody’s nous renvoie à la triste réalité économique du pays avec cette nouvelle dégradation qui, selon l’agence de notation, traduit un contexte marqué par des tensions persistantes sur les finances publiques, les besoins élevés de refinancement de l'Etat et l'affaiblissement de la capacité du pays à honorer sa dette, en plus de perspectives limitées de désendettement qui augmentent le risque d'un défaut de paiement du Sénégal.
 
L’absence de programme avec le Fmi, les tensions entre l’exécutif et le législatif, le chômage … parmi les facteurs
 
Poursuivant, l’agence de relever que l'absence prolongée d'un programme avec le Fmi a renforcé la dépendance du Sénégal au financement du marché régional pour couvrir des besoins évalués, note Moody’s, à environ 25% du Pib. Ce qui alourdit le risque de refinancement et le coût des intérêts, dans un contexte de subventions élevées aux carburants. Ce qui fait dire à l’agence que même avec un ajustement budgétaire soutenu, la dette publique ne devrait que se stabiliser autour de 100% du Pib d’ici 2028. Moody's a relevé, dans la foulée, que le limogeage de l'ancien Premier ministre, Ousmane Sonko et son élection à la présidence de l'Assemblée nationale ont aussi exacerbé les tensions entre l’exécutif et le législatif, augmentant ainsi le risque de retard dans l'adoption de mesures budgétaires. L’agence estime également que la pauvreté élevée, le chômage des jeunes et les menaces sécuritaires, notamment à l'ouest du Mali avec l’extrémisme violent, sont autant de facteurs qui limitent la marge de manœuvres budgétaire des autorités.
 
Les paiements d'intérêts passent de 16,1% à 23,7% des revenus de l'État entre 2023 et 2026
 
Moody’s a, en outre, abaissé les plafonds pays du Sénégal, de Ba3 à B1 pour la monnaie locale et de B1 à B2 pour les devises étrangères. L’agence estime que le paiement annuel du principal de la dette représente environ 18% du Pib, et que les paiements d'intérêts sont passés de 16,1% à 23,7% des revenus de l'État entre 2023 et 2026. La dette publique totale, entreprises publiques comprises, atteint environ 108% du Pib. Cependant, l’appartenance du Sénégal à l'Uemoa, relève l’agence, reste un facteur de soutien majeur : « l'arrimage du franc Cfa à l'euro et le niveau des réserves de change régionales, proches de leur record à 38 milliards de dollars fin mai 2026, limitent le risque d'une crise de change ou de balance des paiements. C'est notamment ce facteur qui explique que la dégradation ait été limitée à un cran », précise Moody’s.
 
Un impact négatif des critères Esg
 
Sur le plan Esg, Moody's attribue au Sénégal un score Cis-4, indiquant un impact négatif perceptible des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance sur la qualité de crédit du Sénégal ; en raison d’une forte exposition aux risques climatiques et hydriques (environnement), de défis persistants liés à l’accès des services sociaux de base et importance majeure de l’emploi informel qui représente 70% de la main-d’œuvre (social), et les lacunes relevées dans la gestion budgétaire et la transparence des comptes publics incluant des dépenses récentes opérées en dehors des procédures de contrôle (Gouvernance). Par ailleurs, l’agence est d’avis qu’une amélioration de la note est peu probable à court terme compte tenu des perspectives négatives, mais que celles-ci pourraient être stabilisées en cas de reprofilage limité de la dette ou de conclusion d'un programme avec le Fmi. À l'inverse, une nouvelle dégradation pourrait survenir en cas d'échec des négociations avec le Fonds entraînant une restructuration plus large de la dette, de recul de l'accès au marché régional ou de détérioration des conditions sécuritaires et sociales.
 
M. CISS
 
 
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