L’ancien attaquant des Lions, Mamadou Seybani Diallo, qui a eu 46 sélections et inscrit 21 buts en équipe du Sénégal entre 1988 et 2000, revient sur le jeu des Lions, notamment pour ces trois matchs livrés dans la phase de poule du groupe B. Il s’est épanché sur les prestations des lignes : défense, milieu et attaque du Sénégal.
Les Echos : Comment jugez-vous les prestations des attaquants sur ces trois matchs de groupe ?
Mamadou Diallo : Si j’étais à la place des attaquants sénégalais dans cette Coupe d'Afrique, surtout pour ces trois matchs, je ne serais pas satisfait. Être attaquant dans une équipe et ne pas marquer de but pendant trois matchs, surtout dans un évènement pareil qui est suivi par le monde entier, ça fait mal. De mon point de vue, ce manque de réalisme se justifie par le fait que les attaquants que nous avons, comme Boulaye Dia ou encore Habib Diallo, se replient un peu trop à chaque fois qu'ils ont le ballon. Ils doivent faire leurs courses devant et non le contraire. Ça leur permettra d'avoir plus de pénétration ou d'aller en profondeur. Pour marquer des buts, il faut aller en profondeur pour que les centres puissent les atteindre. En revoyant les trois matchs, on a eu quinze centres, et si les dix qui étaient nets avaient trouvé un attaquant, le Sénégal aurait eu beaucoup de buts.
Est-ce que vous pensez que le milieu de terrain sénégalais fait le job ?
Même si les milieux de terrain n’avaient pas accompli leur travail à 100%, n'oublions pas que les ballons sont souvent centrés depuis les côtés. Je ne me rappelle même plus le nombre d'occasions de but que le Sénégal a eues. Rien que pour le premier match, lors de la première mi-temps, le Sénégal a eu 5 ou 6 occasions de but. Il en est de même pour le second match contre la Guinée, malgré qu'on ait été dominé en première période. On a pu créer 4 ou 5 occasions dans la seconde partie. Aujourd'hui, même sans milieu de terrain créateur, on a quand même eu beaucoup d'occasions. Parfois le plus important, je l’avoue, ce n'est pas d'avoir un milieu créateur, mais d'avoir un milieu qui gagne les ballons et redistribue rapidement. Pour moi, ce n'est pas un problème du milieu de terrain, parce qu'on a eu plusieurs occasions et qu'on ne marque pas.
L’absence de Cheikhou Kouyaté aura-t-il un impact sur ce poste là pour le prochain match ?
Son absence sera très marquante pour le Sénégal. Je ne dis pas qu'il est irremplaçable, mais que son apport est représentatif pour le Sénégal. C'est comme le cas de Ismaïla Sarr, ce sont des éléments dont l’absence se fait toujours ressentir. C’est comme Koulibaly absent ; malgré qu'on n’ait pas pris de but, ça se ressentait. Cheikhou est un joueur important sur le milieu de terrain sénégalais, surtout qu'il a gagné tous ses duels pour les trois matchs. Il était à la récupération des balles et maîtrisait le milieu de terrain même si Gana était là.
Peut-on dire qu’il n’y a pas de remarque pour la défense qui n’a pas encore encaissé de but ?
Oui, clairement, on ne peut pas leur reprocher grand-chose, même s'il y a eu quelques petites erreurs. Par exemple, pour Abdou Diallo, qui est un excellent joueur sur le plan offensif, mais qui pêche parfois sur le plan défensif. Il aurait énormément de problèmes s'il croise un vif attaquant. Parfois, il a tendance à trop se baser sur sa technique et perd des balles. Sinon, je trouve qu'on a une défense extraordinaire. Même si on a eu des failles ; jusqu'à maintenant, on peut se glorifier de n’avoir pas encaissé de but. Ce qui sera déterminant à la fin, c'est si la défense a encaissé ou pas.
Comment jugez-vous la prestation de Kalidou Koulibaly pour son premier match ?
Je ne pense que ce soit une méforme ; je pense plutôt que c'est l'effet Covid. Il faut être dans l'entourage où l'environnement du joueur pour faire ce genre de jugement. Il a fait d'excellentes choses avec Naples. Pour moi, après sa blessure, il a pu récupérer. Il ne faut pas aussi oublier que le Covid affecte plus les poumons et affaiblit la personne. C'est souvent très difficile de reprendre les conditions physiques après avoir été atteint de Covid. Koulibaly est resté un mois sans jouer et ça joue sur le plan physique, de l'automatisme aussi. Le joueur aura donc besoin de jouer un ou deux matchs pour revenir à son meilleur niveau. Kalidou est un défenseur assez mâture et de haut niveau. Pour moi, il va vite revenir à sa meilleure forme. Heureusement qu'on a encore quelques jours pour se préparer. Sur le plan physique, il a encore du retard parce que quand il a fait des montées et des tacles, il était essoufflé et se tenait les genoux, ce qu'il ne faisait pas d'habitude. C'est des choses qu'on peut lui concéder parce qu'il reste un être humain qui a été malade et n'a pas joué pendant tout ce temps. Pour moi, il reste un excellent joueur.
Les cages sénégalaises aussi sont restées inviolées. Comment voyez-vous les prestations des gardiens ?
Je commencerais par Seny qui est un très bon gardien, jeune et puissant. Il nous a livré deux matchs de haute facture pour sa première Coupe d'Afrique. A comparer avec ces débuts en équipe nationale, on peut dire qu'il a montré sa capacité d'un bon portier. Je pensais même que c'était lui qui devait revenir pour le troisième match, mais on ne peut pas avoir le meilleur gardien du monde et prendre le risque de le laisser sur le banc. Édouard Mendy est nommé à 24h du match meilleur gardien The Best Fifa. C'est impensable de ne pas le faire jouer. En plus, il y a toujours ce numéro un. J'apprécie ce que coach Cissé a fait sur ce plan-là.
Globalement que faut-t-il améliorer par rapport aux prestations antérieures du Sénégal ?
Je ne voyais pas le Sénégal comme une équipe très joueuse. On se contentait juste d'être efficace. Parfois on disait que le Sénégal a mal joué mais a pu gagner. C'est parce que il y a l'efficacité, mais que le contenu pouvait être discutable. Le plus important, c'est d'être efficace. Maintenant, c'est cette efficacité qui nous a manqué pour ces trois derniers matchs. A mon avis, c'est une question de confiance. A un moment donné, j'ai senti le Sénégal douter. Il faudra donc remettre ces jeunes dans le bain et les galvaniser. Il faut qu'on leur fasse savoir qu'ils restent les meilleurs et que ce qui s'est passé en phase de poule doit être effacé pour mieux faire face au second tour de cette Can. Ils ont 4 finales à jouer. Il y a le huitième, le quart, la demie et la finale à jouer. Il faut se dire que c'est maintenant que le championnat commence.
Le Sénégal va affronter le Cap-Vert, comment pensez-vous que les Lions devraient aborder ce match ?
On a toujours pris le dessus sur le Cap-Vert, mais ils nous ont toujours posé des problèmes. Il faudra plus de vigilance sachant qu'il n'y a plus de petites équipes dans cette compétition. Si on est qualifié en huitième de finale, c'est parce qu'on fait partie des meilleures équipes. On est des voisins ce ne sera pas un match facile, surtout que les nations sont toujours derrière attendant une victoire. Maintenant, si on regarde la capacité et les qualités du Sénégal, s'il y a un engagement total, sans pression, je pense qu'on pourra s’en sortir sans égratignure.