Sous le feu des critiques depuis la désillusion des Lions au Mondial 2026, le secrétaire général de la Fsf est sorti de sa réserve. Au cours d'un long entretien accordé à la Rts, il a livré sa lecture de l'échec, défendu la gestion de la Fédération, assumé les responsabilités collectives tout en rejetant les accusations personnelles portées contre lui.
«On peut créer, on peut inventer, on peut tenter de désinformer, de manipuler l’opinion, mais la vérité restera la vérité.» Telles sont les premières réponses, crues, servies par Abdoulaye Saydou Sow, invité de l’émission Point de vue de la Rts hier dimanche. «Si nous passons notre temps dans des élucubrations, des inventions ou des manipulations à travers des tiktokeurs et des influenceurs, pour essayer d’instaurer dans l’opinion des choses qui n’existent que dans l’imagination de ceux qui veulent les créer, nous serons en retard et nous risquons de replonger notre football dans une crise cyclique qu’il a connue dans le passé», prévient-il.
Revenant sur le fond de la réunion du Comité exécutif de samedi, le Sg de la Fsf fait savoir que les débats ont été francs, démocratiques et lucides. «Au niveau du Comité exécutif (samedi, Ndlr), c’était un exercice de vérité. Il s’agissait de parler franchement de toutes les questions : l’organisation, l’administration, les aspects techniques à travers le rapport du Directeur technique national, mais aussi les questions financières, afin de situer individuellement les responsabilités», informe l’ancien président «Cette campagne a été un échec au regard des objectifs fixés et du potentiel de notre équipe. Nous avions les moyens de nous qualifier pour les quarts de finale. Sur le plan comptable, c’est un échec que nous assumons.»
Le contrat de pape Thiaw au cœur des explications
Évoquant le limogeage du sélectionneur des Lions, le Sg de la Fédération s’explique. «En l’espèce, il n’y avait pas d’objectif spécifique dans le contrat de Pape Thiaw. Il fallait tirer les conséquences d’un fait : en quatre matchs, le Sénégal n’a remporté qu’une seule victoire, contre l’Irak. Le Sénégal s’est fait rejoindre en moins de cinq minutes par la Belgique alors qu’il menait 2-0. Il existe certes une chaîne de responsabilités, mais il a une responsabilité plus évidente», regrette l’invité d’Oumar Gningue.
Sow reconnaît également une défaillance de la Fédération dans le renouvellement du contrat du sélectionneur. «Oui, il y a eu une défaillance à ce niveau. La question du contrat du sélectionneur ne relève pas exclusivement de la responsabilité de la Fsf, parce que c’est l’État qui paie. Au retour de la Can, la Fédération avait engagé des discussions avec Madame la ministre d’alors, qui s’était engagée très clairement à revoir à la hausse le salaire du coach. À quel montant ? À quel niveau ? Nous ne le savions pas. Nous l’avons relancée par courrier. Lorsque nous avons reçu la réponse, nous l’avons montrée à Pape, qui n’était pas d’accord sur les montants ni sur la procédure».
Abdoulaye Sow de poursuivre : «depuis le 26 février 2026, le président de la Fédération a soumis au coach un contrat. Celui-ci ne pouvait pas être signé avant le Mondial en raison des désaccords et des lenteurs administratives entre les différentes parties concernées : la Fédération, le ministère et Pape Thiaw. Le sélectionneur n’était pas d’accord avec la proposition du ministère, qui voulait aligner son salaire sur celui d’Aliou Cissé. C’est cette négociation qui a pris du temps. Avec Aliou Cissé aussi, il y avait eu des difficultés, mais nous avions trouvé un consensus et les avions surmontées». Concernant la menace de ne pas embarquer sans contrat signé, il minimise, «au cours des discussions, il n’a jamais été question de boycotter le vol, sauf à la veille du match contre la Norvège où cette éventualité a été évoquée.»
«On ne juge pas une fédération sur une seule compétition»
Abdoulaye Saydou Sow se veut clair sur la responsabilité de l’équipe fédérale: «on ne peut pas juger une Fédération à l’aune d’un seul match ou d’une seule participation à une Coupe du monde. Cette Fédération est en place depuis neuf mois et, durant cette période, elle a remporté trois Can : les U15, les U17 et les Seniors», fait-il valoir comme preuve de performance de l’équipe dirigeante conduite par Abdoulaye Fall. Il ajoute : «le moment venu, nous situerons les responsabilités de chaque entité : le ministère, la Fédération et la Fifa, qui organisent cette campagne. En ce qui concerne la Fédération, les responsabilités individuelles ont déjà été situées au sein du Comex.»
«Personne n’a pu prouver une faute qui me soit imputable»
Alors que certains membres du Comité exécutif réclament son départ, le secrétaire général répond sans détour : «personne n’a pu prouver, au sein du Comité exécutif, une seule faute imputable au secrétaire général de la Fsf. Pendant cette campagne du Mondial, j’étais l’administrateur de l’équipe. Aucune faute, ni vis-à-vis de la Fifa, ni de l’État, ni des joueurs, ne m’est imputable. Je n’ai rien à me reprocher. J’ai reçu les félicitations de plusieurs membres du Comex. Si j’avais eu la moindre responsabilité, j’en aurais tiré toutes les conséquences. Je considère avoir accompli ma mission. Je ne suis ni ordonnateur des dépenses ni décideur. Le seul ordonnateur, le seul qui décide au sein de la Fédération, c’est le président.»
«Il y a eu un acte assimilable à du harcèlement sexuel»
Sur les accusations visant le cuisinier de la sélection, il déclare : «il faut plutôt féliciter le président Abdoulaye Fall et moi-même pour avoir sauvé l’honneur et la dignité du Sénégal. Nous ne voulions pas exposer sur la place publique tout ce qui s’est passé. Il y a eu un acte assimilable à du harcèlement sexuel. Lorsque nous en avons été informés par des faits précis..., la première mesure à prendre était de rapatrier le cuisinier, en concertation avec les autorités de l’État». Il dément également qu’une femme aurait été engagée pour déstabiliser l’équipe. «En réalité, la Fsf avait recruté une agence afin d’anticiper tous les besoins. À aucun moment il n’y a eu de problème d’approvisionnement. Il est faux de dire que les joueurs étaient obligés de commander leurs repas à l’extérieur. C’est une invention destinée à déstabiliser l’équipe.»
«Certains de vos confrères ont raconté n’importe quoi»
Le secrétaire général s’en prend ensuite à une partie de la presse : «certains de vos confrères ont raconté n’importe quoi sur le camp de base. Ceux qui parlaient de "bordel" racontent des absurdités. Il n’y avait pas de bamboula. Il y avait simplement un événement organisé dans l’hôtel choisi par le coach. L’établissement accueillait d’autres clients, mais seuls les deuxième et troisième étages étaient entièrement réservés aux Lions, sous la surveillance de la police américaine, de la sécurité de la Fédération et de trois agents de la Bip sous l’autorité du commissaire Camara. Personne ne peut sérieusement soutenir ces accusations.»
Enfin, il revient sur le cas de Pape Gueye, qui aurait perdu son calme après l’élimination. «Les gens ont voulu créer une affaire. Il a simplement exprimé son dépit de manière impulsive. L’essentiel est de reconstruire rapidement les bases de l’équipe nationale. Cette prétendue altercation avec moi est une pure invention. Un fait banal, survenu lors d’une réunion, a été exploité à d’autres fins. Les journalistes présents peuvent témoigner de ce qui s’est réellement passé. Une sanction contre Pape Gueye n’est pas envisagée. Ce sont des affabulations.»
Concernant la présence des familles des joueurs dans la tanière, Abdoulaye Saydou Sow rappelle que cette question a toujours fait l’objet de discussions. «Il y a toujours eu des débats internes. En 2019, nous avions eu une réunion houleuse avec les cadres. En 2022 également, des réunions très difficiles se sont tenues. À la veille du match contre l’Angleterre, une autre réunion extrêmement tendue avait eu lieu. Les joueurs ne se plaignaient même pas des primes. Ce débat ne s’est jamais posé. Ils avaient plutôt évoqué la situation du staff médical, dont certains membres n’avaient pas perçu leur prime de Coupe d’Afrique», conclut-il.
Fatou DIOP