Au moment où le Sénégal s'apprête à faire vibrer le continent africain au rythme des Jeux Olympiques de la Jeunesse, la communauté sportive et économique se retrouve à l'Université Cheikh Anta Diop pour tracer les contours de l'après-JOJ. Entre l'urgence de former une nouvelle génération de cadres et le risque d'un essoufflement post-événementiel, la troisième édition du Dakar Sport Summit pose une question cruciale : que restera-t-il une fois la flamme éteinte ?
À quatre jours du coup d'envoi historique des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026, les premiers organisés sur le sol africain, l'Université Cheikh Anta Diop accueille la troisième édition du Dakar Sport Summit. Cet événement majeur réunit décideurs, experts et figures du monde sportif pour penser le sport non pas sous l'angle de la simple performance athlétique, mais comme une véritable filière économique et durable. Après avoir exploré le cadre juridique en 2023 puis le financement en 2024, le sommet consacre ses travaux au capital humain, en plaçant la formation et l'éducation au centre de l'héritage de Dakar 2026.
L'Avertissement de Malick Diouf : Transformer l'euphorie en changement durable
Prenant la parole devant l'assemblée réunie à l'Amphithéâtre Ucad 2, l'initiateur et organisateur du sommet, Malick Diouf, a salué les réformes impulsées par le Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, notamment l'adoption du nouveau Code du sport en juillet 2025 pour moderniser la gouvernance du secteur. Il a également souligné l'engagement du chef de l'État dans le suivi rigoureux des chantiers olympiques de Diamniadio, du village olympique et du stade Iba Mar Diop.
Toutefois, le fondateur du sommet a tenu à lancer un appel lucide sur le sens profond de la notion d'héritage. Dans son discours d'ouverture, Malick Diouf a insisté sur le fait que l'héritage ne doit pas rester un simple mot ni un acquis théorique : « L'héritage dépasse les médailles et les records. Il se mesure à la capacité d'un pays à transformer un événement de quelques jours en moteur de changement durable. Chez nous, l'héritage est devenu l'élément de langage principal. On en parle comme d'un acquis. Il ne l'est pas. Sans investissements dans la durée, sans vision partagée par tous les échelons de l'État, l'héritage reste un mot. Les Jeux vont susciter une vague d'enthousiasme. L'image internationale du Sénégal en sortira renforcée. Mais après toute euphorie collective, la réalité rattrape vite les discours. »
Poursuivant son intervention, il a alerté sur le risque d'un retour à la réalité brutal pour la jeunesse des territoires éloignés comme Diakhao, pour les fédérations sans moyens et pour les champions locaux. Mettant en avant la nécessité d'investir dans les hommes et les femmes plutôt que dans le seul béton, Malick Diouf a rappelé qu'il faut bien plus de temps pour former un entraîneur, un arbitre ou un gestionnaire d'équipement que pour bâtir une enceinte sportive. Il a conclu sa tribune par un plaidoyer fort en faveur du monde universitaire, réclamant la construction d'un gymnase de haut niveau au sein de l'UCAD pour servir durablement à l'INSEPS et aux fédérations.
Deux journées de débats stratégiques et de master-class d'exception
Le programme de cette édition 2026 traduit concrètement les orientations portées par ce discours. La première journée s'ouvre par la cérémonie officielle suivie d'un exposé introductif du Recteur de l'Ucad sur le capital humain. Les premiers panels de la matinée et de l'après-midi abordent le développement de l'économie sportive, les réformes fiscales, l'apport des technologies de la data ainsi que l'accessibilité du sport pour tous. Cette journée initiale est également marquée par la master-class de Charlotte Vauzelle sur la valorisation économique de la ferveur des supporters, et par la rencontre au sommet entre le vice-champion olympique Amadou Dia Ba et le grand espoir du triple saut Saly Sarr.
La deuxième journée du sommet s'attaque aux leviers d'avenir en interrogeant le rôle des médias, du marketing et des startups dans l'économie sportive africaine. Les intervenants analysent ensuite les moyens de pérenniser le legs de Dakar 2026, la gouvernance du secteur et les modèles de partenariat public-privé pour des infrastructures durables et zéro déchet. Après une session consacrée à la mobilité sur le site de Diamniadio présentée par Mame Gueye Ndow et un panel sur le sport-santé, l'événement se conclut par une master-class d'exception animée par les figures du football Alassane Ndour et Kalidou Koulibaly, avant la clôture officielle et la remise du mémorandum aux autorités.