La colère monte dans le secteur culturel sénégalais. Une coalition d’artistes lance une pétition nationale contre la Sodav, dénonçant une gouvernance opaque et réclamant des réformes profondes, voire une refonte totale du système.
La Coalition des artistes et professionnels de la culture du Sénégal (Caproc) a annoncé, mercredi 8 avril, le lancement d’une pétition nationale visant à dénoncer « le fonctionnement déplorable et décrié» de la Société sénégalaise du droit d’auteur et des droits voisins (Sodav). À travers cette initiative, les signataires entendent interpeller les autorités publiques et mobiliser l’ensemble des acteurs culturels autour d’une réforme en profondeur de l’institution chargée de la gestion des droits d’auteur au Sénégal.
Dans une déclaration rendue publique hier, la Caproc exige l’audit sans complaisance de la Sodav et la reddition des comptes. La coalition annonce également son intention de saisir la justice afin d’obtenir « la clarification de sa gestion et la révision des textes obsolètes », signe d’une montée en tension entre une partie du monde artistique et l’organe de gestion collective.
Au cœur des griefs, la gouvernance de la Sodav est vivement critiquée. La coalition réclame « la convocation d’une Assemblée générale extraordinaire pour la révision des statuts anti-démocratiques», estimant que ces derniers «piétinent les intérêts de l’ensemble des artistes et acteurs de la culture ». Dans le viseur, notamment, le mécanisme de désignation du Conseil d’administration, jugé déséquilibré. «Avec le statut taillé sur mesure, la présidente du Conseil d’administration désigne le tiers sortant, devenant de fait Pca à vie», dénoncent les signataires, qui exigent la suppression de ce dispositif.
Au-delà des questions institutionnelles, la Caproc insiste sur les enjeux financiers, pointant une répartition jugée inéquitable des ressources. «Nous exigeons la répartition juste et équitable des redevances aux ayants droit, ainsi que du Fonds social et du Fonds d’action culturelle», précise le document. Cette revendication traduit un malaise persistant chez de nombreux artistes qui dénoncent, depuis plusieurs années, un manque de transparence dans la redistribution des revenus issus de leurs œuvres.
La coalition se penche également sur la question de la copie privée, mécanisme pourtant salué pour son potentiel de soutien à la création. «Nous saluons vivement la copie privée pour l’intérêt généralisé des artistes», reconnaît la Caproc, tout en soulignant que « le mandat de la Commission copie privée est arrivé à expiration depuis 2021 ». Elle appelle ainsi à la mise en place « d’une nouvelle commission rigoureuse » capable de garantir une gestion conforme aux attentes de la communauté culturelle.
Autre exigence majeure : la publication des rapports de contrôle. La coalition réclame la mise à disposition des rapports couvrant les années 2022 à 2025 de la Commission permanente de contrôle, composée notamment de magistrats et de représentants des institutions financières publiques. Une demande qui renvoie à une exigence plus large de transparence dans la gestion des sociétés de droits d’auteur.
Dans la même logique, la Caproc plaide pour « un appel à candidature pour la désignation du Directeur-Gérant », dénonçant implicitement des pratiques jugées opaques dans la nomination des dirigeants.
Mais au-delà des réformes, la coalition va plus loin en posant la question de l’avenir même de la Sodav. « Nous vous invitons à signer la pétition pour dissoudre la Sodav au terme d’une Assemblée générale extraordinaire et opter pour une Sodav modernisée et de rupture », lancent les initiateurs de la démarche. Une position radicale qui traduit la profondeur de la crise de confiance entre une partie des artistes et leur société de gestion collective.
Sidy Djimby NDAO