CRISE UCAD : LE RECTORAT OPTE POUR LA MANIÈRE FORTE : La suspension des amicales pour «restaurer la sérénité»




 
 
Dans une volonté de reprendre le contrôle d’un campus en ébullition, les autorités de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) ont pris des mesures radicales. Entre suspension des structures estudiantines et renforcement de la sécurité, le Rectorat mise sur la fermeté administrative pour imposer un retour à l’ordre académique.
 
 
 
 
La décision est tombée comme un couperet. Pour le Rectorat, l’heure n’est plus aux négociations sans fin alors que le calendrier universitaire accuse des retards abyssaux. En suspendant provisoirement les amicales d’étudiants, les autorités académiques affirment vouloir assainir le climat social et empêcher que l’espace pédagogique ne soit pris en otage par des revendications syndicales. Selon l'administration, cette mesure exceptionnelle est nécessaire pour garantir la sécurité des personnes et des biens, après les récents épisodes de tension qui ont secoué l'institution.
 
Un calendrier pédagogique à protéger coûte que coûte
 
Le message du Rectorat est limpide : l’année universitaire doit se poursuivre. Pour ce faire, les autorités ont annoncé une sécurisation accrue des accès aux facultés. La présentation systématique de la carte d’étudiant devient le sésame indispensable pour pénétrer dans les amphis. Le Rectorat martèle que la mission première de l’Ucad est l’enseignement et que tout obstacle à cette mission sera désormais traité avec la plus grande rigueur administrative. Il s'agit, selon les officiels, de protéger le droit à l'éducation de la majorité silencieuse des étudiants.
 
La sécurité interne comme priorité absolue
 
Face aux actes de vandalisme déplorés ces derniers mois, le Rectorat a donné des instructions fermes aux services de sécurité. Les rassemblements non autorisés sont désormais proscrits et toute tentative de perturbation des cours fera l’objet de sanctions disciplinaires immédiates. En durcissant ainsi le ton, les autorités espèrent briser le cycle des violences et imposer une « normalité » qui semble de plus en plus difficile à maintenir dans le temple du savoir.
 
Samba THIAM
 
 
+++++++++++++++++++++++++++++++++
 
RÉPONSE DES ÉTUDIANTS
Le collectif entre en résistance
 
 
La réplique du Collectif des amicales de l’Ucad ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué cinglant publié, la structure suprême de défense des étudiants dénonce une dérive autoritaire et appelle au boycott total des activités pédagogiques. Pour les représentants des étudiants, la dignité syndicale ne se suspend pas par décret.
 
 
Une suspension jugée «irresponsable et autoritaire»
 
Pour le Collectif, la décision du Rectorat de suspendre les amicales est une manœuvre politique visant à étouffer la voix des étudiants. Selon les leaders syndicaux, les autorités profitent de la crise pour faire passer des réformes impopulaires qui sapent les acquis de la communauté. Ils fustigent l’utilisation de la « force institutionnelle » au détriment du dialogue et affirment que cette mesure est un aveu de faiblesse de la part d'une administration incapable de répondre aux attentes légitimes des pensionnaires de l'Ucad.
 
Pas de cours sans accès au campus social
 
Le point de rupture est clairement identifié : la situation des étudiants n'habitant pas Dakar. Le Collectif rappelle une réalité sociale évidente : la majorité des étudiants ne peut pas suivre de cours sans avoir accès au logement et à la restauration. « 2023 est un miroir », prévient le communiqué, soulignant qu’il est impossible de poursuivre les activités pédagogiques tant que le campus social reste fermé. Pour le mouvement étudiant, exiger le retour en classe sans ouvrir les pavillons est une preuve de déconnexion totale des réalités vécues par les fils de paysans et des familles démunies venus des régions.
 
L’affaire Abdoulaye Ba et la traque des délégués
 
Au-delà des questions logistiques, la colère des étudiants est nourrie par un sentiment d'injustice profonde. Le Collectif exige toute la lumière sur le décès de l’étudiant Abdoulaye Ba et réclame que l’autopsie soit remise à sa famille sous la signature du procureur. Ils dénoncent également les « actes de torture » qu'auraient perpétrés les forces de défense et de sécurité. À cette tension s’ajoute le sort des représentants étudiants : trois membres du Collectif sont actuellement en détention et d’autres sont recherchés. Face à ce qu'ils appellent une « militarisation », les étudiants ont reçu l'ordre de rester chez eux et de ne céder à aucune pression, affirmant que leur voix restera audible malgré la répression.
Samba THIAM
 
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :