CRISE SOCIALE A LA BANQUE AGRICOLE : Le personnel, en brassards rouges, pour exiger une refonte de la gestion




 
Entre frustrations salariales et manque de perspectives, le collège syndical de La Banque Agricole (Lba) durcit le ton et réclame l'ouverture immédiate de négociations pour apaiser un climat social délétère.
 
 
Le siège de La Banque Agricole (Lba) à Dakar a pris une teinte inhabituelle ce lundi 2 février. Réunis en assemblée générale, le 30 janvier dernier, les employés de l'institution financière ont décidé de porter massivement le brassard rouge. Cette action symbolique marque le début d’un mouvement d’humeur visant à dénoncer ce qu’ils qualifient de gestion «attentiste et minimaliste» de la part de la Direction générale. Derrière cette protestation, se cache une liste exhaustive de revendications allant de l'harmonisation des salaires à la suppression de postes jugés budgétivores.
 
Un climat de frustration généralisé
 
Le collège syndical pointe du doigt une absence totale de visibilité sur les plans de carrière et une stagnation professionnelle qui pèse sur le moral des troupes. Selon les délégués, la répétition des évaluations annuelles ne produit aucune incidence concrète sur l’avancement des agents, créant ainsi un «climat de frustration et de démotivation» profond.
S’appuyant sur les articles L.6 à L.10 du Code du travail sénégalais garantissant la liberté syndicale, le personnel entend défendre ses intérêts professionnels face à une direction qu'il juge sourde à ses préoccupations depuis plusieurs mois.
 
Une plateforme revendicative musclée
 
Le document transmis à la Direction générale détaille sept points de rupture majeurs. En tête de liste figure l’harmonisation interne des salaires. Le syndicat constate des disparités notoires entre des agents de mêmes classes. Plus globalement, ils réclament un alignement des salaires sur les standards de la place financière dakaroise (Bnde, Bsic, Bhs, Sgbs, Ecobank).
Les revendications financières incluent également : une revalorisation de la prime de logement (200.000 F Cfa pour les mariés, 150.000 F Cfa pour les célibataires), une prime de repas fixée à 5000 F Cfa net par jour travaillé, l'exécution immédiate du «Car Plan» pour tous les cadres.
 
Vers une restructuration institutionnelle ?
 
Au-delà de l'aspect pécuniaire, le mouvement d'humeur prend une tournure plus politique. Le personnel exige la suppression du poste de secrétaire général, qualifié de «poste budgétivore». Le syndicat propose que les fonds alloués à cette fonction soient directement réinjectés dans le budget destiné au personnel.
Par ailleurs, le processus de recrutement des directeurs est vivement contesté. Jugé «biaisé» depuis son lancement, le syndicat demande sa suspension immédiate et l'arbitrage d'un cabinet externe indépendant pour garantir la transparence et l'équité des futures nominations.
 
L’appel au dialogue
 
Malgré la tension, le collège syndical réaffirme son attachement à l’institution et sa volonté de privilégier un «dialogue social sincère et constructif». Cependant, la balle est désormais dans le camp de la Direction générale. Les travailleurs exigent l’ouverture immédiate de négociations sur la base du protocole soumis depuis le 1er décembre 2025.
Si le port du brassard rouge n'est pour l'instant qu'une action symbolique et pacifique, il témoigne d'une rupture de confiance qui pourrait, à défaut de réponse rapide, paralyser l'un des piliers du financement agricole au Sénégal.
Samba THIAM
 
 
 
 
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