CRISE SANITAIRE LATENTE : La F2S hausse le ton et accuse l’État de conduire le système de santé «vers l’effondrement»




 
 
 
Le climat social se durcit dans le secteur de la santé. Dans une déclaration au vitriol, le bureau exécutif de la Fédération des syndicats de la santé (F2S) sort de son silence et dresse un réquisitoire sévère contre les autorités, accusées d’inaction, de «gouvernance chaotique» et de mépris des engagements pris envers les travailleurs.
 
«Le mutisme des autorités face aux difficultés du secteur nous conduit vers des situations extrêmement difficiles et potentiellement dévastatrices pour le système de santé», alerte la Fédération des syndicats de la santé (F2S) dans une déclaration rendue publique.
 
 
 
Un système fragilisé, des risques sanitaires en hausse
 
La F2S met en garde contre des conséquences immédiates sur la prise en charge des patients. Manque de moyens, désorganisation des services, insuffisance de personnel, autant de facteurs qui, selon elle, exposent le pays à des risques accrus d’épidémies et de défaillances dans le traitement des malades. Les syndicalistes évoquent « la résurgence de maladies que l’on croyait maîtrisées, comme la lèpre, mais aussi la progression inquiétante de certaines zoonoses, à l’image du Mpox ou de la fièvre de la vallée du Rift ». Une situation jugée d’autant plus préoccupante qu’elle intervient dans un contexte de réduction budgétaire. Selon la F2S, « le budget alloué à la santé dans la loi de finances 2026 ne représente que 2,9% du budget global, avec une baisse estimée à près de 50 milliards de francs Cfa. Malgré cette faiblesse, la part contributive de l’État n’est que de 21%. C’est extrêmement grave », dénonce le Bureau exécutif, qui pointe un décalage flagrant entre les ambitions affichées dans l’Agenda Sénégal 2050 et les actes posés.
 
 
 
Gouvernance décriée et nominations contestées
 
Au-delà des questions budgétaires, la F2S s’attaque frontalement à la gestion des ressources humaines dans le secteur. Elle dénonce « une série de décisions jugées arbitraires, la révocation de l’ancien Directeur général de la Santé et la mutation d’un cadre vers la région de Kaffrine », qu’elle attribue à des considérations politiques. « La nomination de responsables sans profil requis, sur la base de logiques de favoritisme, illustre la dégradation du management », affirme le syndicat, qui évoque un système marqué par le népotisme. Si la désignation d’un nouveau Directeur général de la Santé est perçue comme une possible tentative de correction, la F2S appelle à la cohérence. « Si c’est pour corriger une erreur de casting, nous saluons. Mais si ces décisions relèvent de règlements de comptes politiques, nous les dénonçons avec la plus grande énergie », prévient-elle. L’organisation s’interroge également sur la composition de l’entourage du ministre de la Santé, pointant la présence d’administrateurs civils à des postes clés au détriment de profils techniques issus du secteur. « Pendant ce temps, des conseillers techniques compétents sont relégués à des rôles secondaires », regrette-t-elle.
Autre sujet de crispation, l’organisation répétée de séminaires et d’ateliers dans des hôtels en régions. La F2S dénonce une utilisation peu transparente des ressources financières et s’interroge sur l’impact réel de ces rencontres. « À qui profite cette manne financière ? Quel est son impact sur la prise en charge des malades ? », questionne le syndicat, qui appelle à une réorientation des priorités vers les besoins essentiels du système de santé.
 
 
 
Accords non respectés et engagements en suspens
 
La plateforme revendicative de la F2S s’appuie largement sur ce qu’elle considère comme un non-respect des engagements de l’État. Elle cite notamment les accords signés le 10 mai 2022 et le 29 décembre 2023, dont plusieurs points restent, selon elle, lettre morte. Parmi les revendications, « la généralisation de l’indemnité de logement, la finalisation du reclassement des personnels infirmiers et techniques, la gestion des carrières, le recrutement dans la fonction publique, ainsi que la régularisation des agents contractuels et communautaires ». La F2S réclame également « la mise en extinction du corps des assistants infirmiers d’Etat, le reversement des aides sociaux dans des corps appropriés, l’amélioration des plans de carrière et l’augmentation des subventions aux structures de santé » lit-on dans la note.
À cela s’ajoutent des exigences réglementaires, comme « l’application de décrets existants, la révision de textes jugés obsolètes et la signature de nouveaux cadres organisationnels, notamment pour l’École nationale de développement sanitaire et social (Endss) ».
 
 
 
Le ministère de la Fonction publique dans le viseur
 
Dans sa déclaration, la F2S ne ménage pas non plus le ministère de la Fonction publique. Elle critique l’attitude de son responsable, accusé de «privilégier les interventions médiatiques au détriment de négociations sérieuses». Le syndicat dénonce également la création de nouveaux corps administratifs qu’il considère comme une tentative de marginalisation des professionnels de santé régis par des statuts spécifiques. «Certains cherchent à bloquer les diplômés d’État», accuse-t-il.
 
 
 
Vers une escalade du mouvement
 
Face à ce qu’elle décrit comme une absence de réponse du gouvernement, la F2S annonce un durcissement de son mouvement. « Une grève générale de 72 heures est prévue les mercredi 22, jeudi 23 et vendredi 24 avril 2026 sur l’ensemble du territoire national, sans service minimum». Le mot d’ordre s’accompagne «du maintien de la rétention d’informations et du boycott des activités de supervision ». Le syndicat va plus loin, brandissant la menace de fermer les structures sanitaires et de suspendre les activités de vaccination. «Nous appelons le gouvernement à trouver des solutions rapides afin d’éviter une situation de non-retour dont il sera le seul responsable», avertit le Bureau exécutif.
 
Fatou DIOP
 
 
LES ECHOS

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