CRISE AU SOMMET DE L’ÉTAT ET RENFORCEMENT DE CES INSTANCES : L’Apr charge Pastef et lance sa remobilisation nationale




 
 
Dans un communiqué rendu public, le Secrétariat exécutif national (Sen) de l’Alliance pour la République (Apr) s’est alarmé de la situation politique née des récents bouleversements intervenus au sommet de l’État. Le parti de l’ancien président Macky Sall estime que les tensions au sein du pouvoir révèlent l’échec du projet politique de Pastef. Tout en dénonçant une gouvernance qu’il juge inefficace et marquée par les rivalités internes, l’Apr annonce une série de nominations dans ses instances et appelle ses militants à une vaste remobilisation sur l’ensemble du territoire national.
 
 
L’Alliance pour la République est sortie de sa réserve pour commenter l’actualité politique marquée par le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, sa nomination à la présidence de l’Assemblée nationale et la mise en place d’un nouveau gouvernement dirigé par Al Aminou Lo.
 
L’Apr voit dans la crise actuelle le symptôme d’un échec politique
 
Dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion de son Secrétariat exécutif national, le parti estime que les événements récents traduisent une profonde crise au sein du régime au pouvoir. Selon l’Apr, à peine deux ans après son accession aux responsabilités, Pastef expose au grand jour des divisions internes, des conflits d’influence et des contradictions qui fragiliseraient l’action de l’État. Le parti considère que les ambitions personnelles ont progressivement pris le dessus sur les priorités nationales et sur les attentes des populations. Pour les responsables de l’Apr, les Sénégalais assistent aujourd’hui à une lutte de positionnement entre les principales figures du régime alors que le pays fait face à des difficultés économiques et sociales importantes.
 
 
Une gouvernance sévèrement critiquée
 
Le communiqué dresse un réquisitoire particulièrement sévère contre la gestion du pouvoir par Pastef. L’Apr reproche notamment au régime une gouvernance qu’elle qualifie d’improvisée, un pilotage à vue de l’économie nationale ainsi qu’une incapacité à mettre en œuvre les réformes structurelles promises lors de la campagne présidentielle.
Le parti dénonce une communication politique reposant davantage sur les slogans que sur des résultats tangibles. À cela s’ajouteraient, selon lui, une instrumentalisation des institutions à des fins partisanes ainsi qu’une tendance à gouverner dans la confrontation permanente. L’ancienne majorité estime que les difficultés du quotidien des Sénégalais contrastent fortement avec les promesses formulées lors de l’alternance de 2024. Elle évoque notamment l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, les difficultés rencontrées par les entreprises, le chômage des jeunes et les inquiétudes persistantes autour des finances publiques. Pour le SEN, ces préoccupations devraient constituer la priorité absolue du gouvernement plutôt que les rivalités internes qui occupent actuellement le devant de la scène politique.
 
 
Le nouveau gouvernement ne convainc pas l’opposition
 
L’Apr considère que la récente recomposition gouvernementale ne répond pas aux attentes des citoyens. Selon le parti, le gouvernement conduit par Al Aminou Lo apparaît davantage comme une tentative de gestion d’une crise politique interne que comme une réponse aux problèmes économiques et sociaux du pays.
Les dirigeants de l’Apr estiment que les changements opérés au sein de l’exécutif ne modifient en rien les causes profondes des difficultés actuelles. Ils évoquent notamment les rivalités personnelles, les divergences idéologiques et l’absence d’une vision cohérente pour le développement national. À leurs yeux, les mêmes facteurs risquent de produire les mêmes conséquences, malgré la nouvelle configuration institutionnelle issue du départ d’Ousmane Sonko de la Primature.
 
Soutien au recours devant le Conseil constitutionnel
 
Dans ce contexte, l’Apr annonce son soutien total au recours introduit par les députés de l’opposition devant le Conseil constitutionnel. Le parti considère que les événements récents soulèvent des questions importantes relatives au respect de la légalité républicaine et au fonctionnement des institutions.
Selon le Sen, la Constitution et les lois de la République ne peuvent être adaptées aux intérêts politiques du moment ni dépendre des arrangements internes d’une majorité confrontée à ses propres difficultés. L’Apr affirme ainsi sa volonté de poursuivre son combat politique dans le cadre des institutions démocratiques afin de préserver l’État de droit, les libertés publiques et la stabilité républicaine.
 
 
Un appel à la mobilisation de toutes les forces vives
 
Au-delà de ses critiques à l’endroit du pouvoir, le parti lance également un appel à l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux du pays. Le SEN invite les partis politiques, les organisations de la société civile, les syndicats, les mouvements de jeunes et de femmes ainsi que les acteurs économiques à se mobiliser pour préserver la crédibilité des institutions, la sécurité juridique et économique ainsi que l’image internationale du Sénégal.
Pour l’Apr, le pays mérite une gouvernance davantage tournée vers les résultats, la stabilité et l’intérêt général que vers les affrontements politiques et les calculs liés à l’élection présidentielle de 2029. Le parti estime qu’un « sursaut républicain » est nécessaire afin de garantir la défense des intérêts supérieurs de la Nation et la construction d’une alternative politique crédible.
 
 
L’Apr accélère sa restructuration
 
Le communiqué est également marqué par plusieurs décisions relatives à la réorganisation interne du parti. Le Secrétariat exécutif national a lancé un appel à l’ensemble des responsables, élus, cadres et militants afin qu’ils reprennent sans délai les activités politiques à la base.
L’objectif affiché est de finaliser, avant la mi-juillet 2026, la restructuration et la redynamisation des Secrétariats exécutifs locaux. Une opération que la direction du parti considère comme essentielle pour renforcer son implantation territoriale et préparer les futures échéances politiques. Le Sen encourage ses militants à soutenir activement les initiatives du Front pour la défense de la République (Fdr), plateforme de l’opposition qui cherche à fédérer les forces politiques et citoyennes autour d’un projet alternatif.
 
 
De nouvelles nominations stratégiques
 
Dans le cadre de cette réorganisation, plusieurs personnalités ont été promues à des postes stratégiques. Le capitaine Dièye est nommé secrétaire national chargé des questions de défense. Le commissaire Cheikhna Keïta devient secrétaire national chargé de la sécurité et de la sûreté nationales. L’universitaire Cheikh Ahmet Tidiane Ly est désigné coordonnateur de la Cellule Suivi-Évaluation-Qualité du parti, un organe appelé à renforcer les mécanismes internes de pilotage et d’évaluation.
Le Sen a procédé à des nominations au sein du Réseau des universitaires républicains (Rur). La professeure Ndèye Ngom, enseignante à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, est nommée coordinatrice adjointe de la structure. Aboubacry Sokomo, enseignant-chercheur à l’Université Iba Der Thiam de Thiès, devient pour sa part coordonnatrice adjoint du Rur.
 
 
Fatou DIOP
 
 
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