Dans un mémorandum solennel adressé aux plus hautes autorités de l’État, 27 anciens directeurs généraux et hauts responsables de la Radiotélévision sénégalaise (Rts) prennent leur bâton de pèlerins pour tenter de freiner la dégradation du climat social au sein de l’entreprise publique. Alors que des syndicalistes sont traduits en justice à l’initiative du Directeur général Pape Alé Niang, ces figures historiques de la maison appellent à décrisper la tension et à sauver le pilier du service public audiovisuel.
La crise qui secoue actuellement la Radiotélévision sénégalaise franchit un nouveau palier. Dans un document intitulé «Pour la sauvegarde et la modernisation de la Rts», 27 anciens directeurs et hauts responsables de l’entreprise publique audiovisuelle ont décidé de briser le silence. Adressé aux plus hautes autorités de la République du Sénégal, ce mémorandum se veut à la fois un cri d’alerte et un appel à la responsabilité. Les signataires y rappellent le rôle historique de la Rts, forte de ses 70 ans de radio et 54 ans de télévision, dans l’accompagnement des grandes étapes de la construction nationale. De la période coloniale aux mutations contemporaines, soulignent-ils, l’institution a contribué à forger la mémoire collective et à porter la voix du Sénégal sur la scène internationale.
Une institution «à un tournant décisif»
Les anciens responsables dressent un constat sans concession, la Rts se trouve aujourd’hui « à un tournant décisif de son histoire ». Selon eux, la crise actuelle dépasse largement un simple différend interne. « La Rts n’est pas seulement un média. Elle est un patrimoine national, un dépositaire de la mémoire collective du Sénégal », insistent-ils, mettant en garde contre les risques que fait peser la situation actuelle sur la souveraineté informationnelle du pays, la crédibilité du service public audiovisuel et l’image du Sénégal à l’international.
Au cœur de leur inquiétude, les signataires pointent un climat social « délétère » installé au sein de l’entreprise. Le mouvement social en cours, expliquent-ils, empêche le personnel de déployer pleinement ses capacités professionnelles, affectant directement la production et la qualité des contenus. Les conséquences, préviennent-ils, pourraient être lourdes et durables, «avec la dégradation continue des productions, affaiblissement du rendu antenne, perte d’attractivité auprès du public et fragilisation face à la concurrence des médias privés et internationaux». Une dynamique qui, à terme, risque d’éroder le rôle stratégique que la Rts a longtemps joué dans la couverture des grands événements politiques, culturels et sportifs, au Sénégal comme dans la sous-région.
L’escalade judiciaire, facteur d’inquiétude
Cette prise de parole intervient dans un contexte particulièrement tendu. Ce jeudi, des syndicalistes de la Rts comparaissent devant la justice, à la suite d’une procédure engagée par le Directeur général Pape Alé Niang. Une judiciarisation du conflit qui suscite l’inquiétude des anciens dirigeants. Sans s’immiscer directement dans la procédure, ils appellent clairement à une décrispation et à un retour au dialogue, estimant que l’escalade actuelle est de nature à aggraver la crise. Face à ce qu’ils considèrent comme une situation critique, les 27 signataires formulent une série de recommandations urgentes. Ils plaident pour « l’ouverture d’un cadre de dialogue constructif entre la direction et les travailleurs, la restauration d’un climat social apaisé, la préservation des acquis sociaux, la modernisation des infrastructures techniques, le renforcement de la gouvernance et de la performance, la sauvegarde et la valorisation du patrimoine audiovisuel national » plaident les anciens responsables qui veulent voir leur maison continuer à rayonner.
«Un pilier de la démocratie à préserver»
En conséquence, les anciens responsables rappellent que la Radiotélévision sénégalaise dépasse son statut d’entreprise publique. «Elle est un pilier de la démocratie, de la culture et de la cohésion nationale», martèlent-ils, appelant les autorités à prendre la pleine mesure de la situation. Dans un contexte de mutation rapide du paysage médiatique, préserver, moderniser et renforcer la Rts apparaît, selon eux, comme une nécessité stratégique. Un impératif qui, au-delà des tensions actuelles, engage l’avenir de la souveraineté médiatique du Sénégal.
Fatou DIOP