Les travailleurs de la Rts annoncent 72 heures de grève à partir du 31 octobre, en pleine ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse. Ils dénoncent trois années de suspension de l’accord d’entreprise, une « précarité extrême » et l’inaction des autorités malgré deux rencontres avec le nouveau ministre de la Communication. Une mobilisation qui pourrait perturber fortement la couverture médiatique de Dakar 2026.
Le compte à rebours est lancé. Les travailleurs de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (Rts) annoncent une grève de 72 heures à compter du 31 octobre, soit à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, prévue le 31 octobre, le 1er et le 2 novembre. Une première dans l’histoire de la chaîne publique, selon les organisations syndicales. Au cœur du bras de fer, « la levée de la suspension de l’accord d’entreprise ». Le préavis de grève, déposé par les syndicats, est arrivé à expiration le 1er octobre. Depuis, aucune avancée concrète n’aurait été enregistrée, malgré les démarches entreprises auprès des autorités. Les travailleurs disent avoir épuisé toutes les voies de recours et considèrent désormais la grève comme leur ultime moyen de pression.
« La solution est claire et nette »
Membre du Synpap de la Rts, El Hadji Thierno Dramé déplore « l’absence d’évolution dans le dossier ». Il rappelle que « le nouveau ministre de la Communication a reçu les représentants syndicaux à deux reprises, une première fois avec son staff, puis une seconde fois en présence du ministre du Travail. Mais ces rencontres n’auraient débouché sur aucune décision concrète. Jusque-là, on n’a pas d’avancée par rapport à notre revendication qui est la levée de la suspension de l’accord d’entreprise », déplore-t-il.
Selon le syndicaliste, les travailleurs ont surtout entendu des promesses de règlement du problème. « Il est vrai que le nouveau ministre de la Communication nous a reçus à deux reprises. (…) Malheureusement, rien n’a avancé à part des propos du genre, nous allons trouver une solution. Pour nous, la solution est claire et nette, que le DG lève la suspension. »
Pour El Hadji Thierno Dramé, le mouvement annoncé est avant tout l’expression d’un profond ras-le-bol. « Cette grève, c’est pour montrer notre mécontentement car nous sommes à bout. Les agents de la Rts sont fatigués, ils sont dans la précarité extrême, nous avons perdu notre dignité ». Le représentant syndical regrette surtout l’absence de réaction des autorités face à la situation sociale des travailleurs de la chaîne publique. « Il est fort regrettable de voir que les autorités ne réagissent pas. C’est la raison pour laquelle nous avons choisi cette démarche par dépit et de guerre de cœur. »
Il assure toutefois que les syndicats auraient préféré éviter une telle confrontation.
« Nous n’avons jamais souhaité une telle situation »
La coïncidence entre la grève et l’organisation des JOJ Dakar 2026 est particulièrement sensible pour les syndicats. Le Sénégal s’apprête à accueillir un événement sportif international majeur, avec une forte exposition médiatique. Or, les agents de la RTS pourraient être en grève durant les premières journées de la compétition. El Hadji Thierno Dramé dit mesurer pleinement la portée de cette situation. « Nous n’avions jamais souhaité qu’une telle situation ait lieu à la RTS. Nous n’avons jamais souhaité qu’au moment où le Sénégal accueille le monde, nous soyons dans cette situation. »
Mais, poursuit-il, la responsabilité ne leur incomberait pas.« Pour nous, c’est le seul moyen pour mettre fin à cette situation et remettre à la raison notre directeur général ». Le message adressé aux autorités est donc sans ambiguïté, les syndicats veulent une décision sur l’accord d’entreprise avant le déclenchement du mouvement.
« Une première dans l’histoire de la Rts »
Du côté du Synpics, le constat est tout aussi alarmant. Alioune Badara Kane, chargé des revendications du syndicat à la RTS, insiste sur le caractère inédit de la situation. « C’est une première dans son histoire de voir les agents de la Rts partir en grève. Et surtout à la veille d’un événement aussi important que les Jeux olympiques de la jeunesse, Dakar 2026 ». Pour lui, cette crise sociale ne date pas d’hier. Les travailleurs de la RTS seraient engagés depuis trois ans dans un bras de fer pour obtenir la levée de la suspension de leur accord d’entreprise.
« Nous avons épuisé toutes les voies de recours »
Les syndicats assurent avoir multiplié les démarches avant d’en arriver à la décision de grève. « On a épuisé toutes les voies de recours et personne n’aura l’excuse de dire, je n’étais pas au courant », affirme Aboubacry Kane. Une manière de mettre directement les autorités devant leurs responsabilités. Pour les représentants syndicaux, l’alerte a été donnée à plusieurs reprises et les différentes rencontres n'ont pas permis de débloquer le dossier.
Dakar 2026 au cœur du bras de fer
La date choisie donne une dimension particulière au conflit. La grève doit démarrer le 31 octobre, alors que les cérémonies d’ouverture des JOJ Dakar 2026 sont prévues les 1er et 2 novembre. Une mobilisation de 72 heures qui pourrait donc toucher un moment particulièrement stratégique pour la communication et la couverture médiatique de l’événement.
Alioune Badara Kane ne minimise pas les conséquences possibles pour l’image du pays. « Ça sera une très mauvaise publicité pour le Sénégal puisque ça coïncide avec l’ouverture des JOJ ». Mais le syndicaliste estime que les travailleurs n’ont plus d’autre choix. « On n’a pas le choix, Pape Alé Niang ne nous laisse pas le choix et les autorités ne font pas grand-chose alors que les agents vivent le calvaire. »
Fatou DIOP