CONVOQUÉE À LA SECTION DE RECHERCHES DE COLOBANE : Aïssatou Diop Fall accuse Ousmane Sonko d’être à l’origine de ses ennuis judiciaires




 
 
 
La fondatrice du média Publicsn, Aïssatou Diop Fall, est convoquée par les enquêteurs de la Section de recherches de Colobane ce mardi 10 mars 2026. La journaliste et cheffe d’entreprise affirme qu’elle répondra à cette convocation, mais accuse directement le Premier ministre Ousmane Sonko d’être à l’origine de ce qu’elle considère comme une tentative de pression visant à la faire taire.
 
 
Aïssatou Diop Fall annonce qu’elle déférera à la convocation qui lui a été adressée par les enquêteurs de la Section de recherches de Colobane. La fondatrice du média en ligne Publicsn affirme qu’elle se présentera devant les autorités, accompagnée de son avocate, Me Ndèye Anta Mbaye, pour répondre aux questions des enquêteurs. Se présentant comme un «leader d’opinion», elle dit assumer pleinement sa responsabilité face aux institutions judiciaires. Mais, derrière cette procédure, elle affirme voir la main du Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, «que je désigne explicitement comme mon principal adversaire politique». Selon elle, «cette convocation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre le pouvoir et certaines voix critiques du paysage médiatique. Le régime cherche à clouer le bec à tout opposant qui ose dire non et qui s’inscrit dans une posture de dénonciation publique».
 
 
 
Le dossier de la Bnde au cœur de l’affaire
 
Au centre du dossier figure un contentieux financier avec la Banque nationale pour le développement économique (Bnde), lié à un prêt contracté pour soutenir ses activités professionnelles. «J’ai bénéficié d’un prêt bancaire de 100 millions de francs Cfa pour soutenir mes activités, avec une garantie du Fonds de garantie des investissements prioritaires (Fongip) couvrant 50% du financement». Elle affirme avoir apporté une contribution personnelle importante, notamment plus de 30% de la somme sous forme de liquidités et de garantie immobilière. Durant plusieurs années, Aïssatou Diop Fall indique : «j’ai respecté mes engagements financiers, remboursant mensuellement environ 1,7 million de francs Cfa». Mais ses difficultés ont commencé avec l’arrivée au pouvoir du nouveau régime, qu’elle accuse d’avoir «bloqué» certaines de ses activités économiques, notamment dans le secteur du BTP, qui constituaient la principale source de revenus permettant de soutenir son média.
 
 
 
Une tentative de restructuration de la dette
 
Face aux difficultés rencontrées, la patronne de Publicsn affirme avoir elle-même pris l’initiative de contacter la Bnde afin de proposer une restructuration de sa dette. Son objectif était «d’allonger la durée de remboursement du prêt à dix ans afin de réduire la mensualité à moins d’un million de francs Cfa. Après discussions, la banque a finalement accepté une mensualité de 1,2 million de francs Cfa, tout en refusant l’extension de la durée de remboursement que j’ai souhaitée». Elle affirme que les pressions de l’établissement bancaire se sont intensifiées ces derniers mois «parce que la Cour suprême m’a donné définitivement raison devant l’Etat sur notre contentieux. C’est ce qui agace Ousmane Sonko et son régime qui veulent me sacrifier. C’est pourquoi ils ont actionné la Bnde pour me faire tomber. Ces gens-là sont allergiques à la critique et à la défaite», plaide la journaliste.
Selon son récit, la banque lui a adressé des relances régulières, allant jusqu’à exiger «le paiement de 49 millions de francs Cfa avant la fin du mois de janvier 2026», faute de quoi une plainte pourrait être déposée auprès du procureur pour détournement de prêt consenti avec la garantie de l’État.
 
Des accusations directes contre le Premier ministre
 
Pour Aïssatou Diop Fall, cette procédure ne serait pas uniquement financière. Elle accuse directement le Premier ministre Ousmane Sonko d’être à l’origine de cette situation. Elle affirme que le chef du gouvernement utiliserait l’un de ses «derniers leviers» pour l’atteindre personnellement et tenter de l’écarter du paysage médiatique. La journaliste estime que «le pouvoir aurait choisi la voie bancaire, faute de pouvoir la poursuivre pour délit d’opinion». Elle met également en cause le Directeur général de la Bnde, Mamadou Faye, qu’elle accuse d’agir sous influence politique pour accentuer les pressions financières à son encontre.
 
 
 
Une convocation assumée, mais dénoncée
 
Malgré ces accusations, Aïssatou Diop Fall affirme qu’elle répondra sereinement à la convocation des enquêteurs. Elle indique qu’elle se présentera avec «une valise remplie de documents» afin d’exposer sa version des faits et de «justifier l’utilisation du prêt bancaire». Dans ce dossier précis, elle affirme toutefois refuser de se présenter comme une victime, tout en dénonçant ce qu’elle considère comme une stratégie de pression visant à réduire au silence certains médias critiques.
 
 
 
Fatou DIOP
 
 
LES ECHOS

Dans la même rubrique :