Le Conseil de sécurité des Nations-Unies a procédé, hier, à son cinquième vote indicatif pour la succession d’António Guterres. Ce dernier scrutin apporte un nouvel éclairage sur les critères qui pourraient guider le choix du prochain secrétaire général de l’Onu, notamment la question du genre et celle de la rotation régionale. Deux candidats en lice ont nécessairement reçu au moins un vote défavorable d’un membre permanent disposant du droit de veto.
La succession de António Guterres à la tête de l’Onu est loin de connaître son épilogue. Hier mercredi, les membres du Conseil de sécurité ont davantage brouillé les pistes concernant le profil du prochain secrétaire général. Certains critères, fortement mis en avant depuis le début du processus, semblent désormais perdre de leur importance.
Une femme à la tête de l’Onu est-elle toujours d’actualité ?
Dans une lettre conjointe signée le 25 novembre 2025, Annalena Baerbock et Michael Imran Kanu, respectivement présidente de l’Assemblée générale et président du Conseil de sécurité à l’époque, avaient expressément encouragé les États membres à présenter des candidatures féminines, regrettant qu’aucune femme n’ait jamais occupé le poste de secrétaire général des Nations-Unies.
Une recommandation largement suivie. Par la suite, la question du genre a longtemps été perçue comme un élément déterminant dans le choix du successeur de Guterres. Lors des quatre premiers sondages, les femmes ont occupé au moins les deux premières places. Toutefois, ce cinquième vote indicatif vient sérieusement mettre cette préférence à l’épreuve.
L’Argentin Rafael Grossi se retrouve désormais devant plusieurs candidates féminines, notamment la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett, dont la candidature a subi un net revers. Cette dernière perd trois encouragements et enregistre trois découragements supplémentaires, passant de huit à cinq votes favorables et de six à neuf votes défavorables.
Une nouvelle configuration se dessine ainsi dans cette élection, avec une tendance vers un duel au sommet entre Grossi et la Costaricienne Rebeca Grynspan, toujours en tête avec neuf encouragements et six découragements. Grossi, de son côté, recueille six encouragements contre sept découragements.
La position de Rafael Grossi et le recul de Carolyn Rodrigues-Birkett montrent, dans une certaine mesure, que le critère du genre n’est pas nécessairement déterminant. Si cette tendance se confirme, elle pourrait constituer une évolution favorable à Macky Sall, l’un des trois hommes encore en lice. L’ancien président sénégalais (2012-2024) reste toutefois confronté à un autre critère de sélection, notamment celui de la rotation régionale.
La rotation régionale, l’autre critère déterminant
La question du genre n’est pas le seul critère susceptible de peser dans cette élection. Il y a également le principe de la rotation régionale, une pratique non inscrite dans la Charte des Nations-Unies, selon laquelle la direction de l’organisation devrait revenir successivement aux différentes régions du monde.
C’est dans cette logique que les candidats d’Amérique latine et des Caraïbes (LAC) continuent d’occuper le devant de la scène. D’ailleurs, ce cinquième vote a donné des résultats particulièrement défavorables aux deux candidats africains, l’ancien président sénégalais Macky Sall et l’Ougandais Olara Otunnu.
Ce dernier a vu sa candidature se dégrader considérablement. Alors qu’il avait réussi à rejoindre Macky Sall avec cinq encouragements lors des précédents scrutins, l’ancien diplomate ougandais tombe désormais à trois encouragements contre douze découragements. Un résultat qui permet d’affirmer qu’au moins deux de ses votes défavorables proviennent nécessairement des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
La rotation régionale semble donc continuer de peser sur la compétition. Grynspan, Grossi et Rodrigues-Birkett sont tous issus de la région Amérique latine et Caraïbes, à laquelle plusieurs États estiment que devrait revenir le poste après António Guterres, originaire d’Europe.
Mais Macky Sall résiste encore à cette logique. L’ancien président du Sénégal conserve ses cinq encouragements, même si ses découragements passent de neuf à dix, sans aucun « sans opinion ». Sa situation est d’autant plus particulière que l’autre candidat africain, Olara Otunnu, a fortement perdu du terrain.
Macky Sall se retrouve ainsi devant son concurrent ougandais, avec un socle de cinq encouragements maintenu depuis les trois derniers scrutins. Seulement, le candidat sénégalais atteint désormais un seuil particulièrement délicat. Avec dix découragements, il se trouve à la limite au-delà de laquelle la présence d’au moins un vote défavorable d’un membre permanent devient mathématiquement certaine.
Ahmadou KANE
(Correspondant permanent à New York)