CONSEIL CONSITUTTIONNEL, DETTE, UCAD, LOI SUR L’HOMOSEXUALITÉ… Ce que les Sénégalais n’ont pas entendu dans l’interview de Sonko à RFI et France 24




 
 
 
Alors que l’entretien accordé par Ousmane Sonko à RFI et France 24 a déjà suscité de nombreuses réactions au Sénégal, plusieurs déclarations importantes du président de l’Assemblée nationale sont passées inaperçues. Contrairement à France 24, qui n’a diffusé qu’une partie de l’entretien, RFI a publié l’intégralité des échanges. Sur la dette publique, la "décision" attendue du Conseil constitutionnel sur son retour à l’Assemblée nationale, la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’Université Cheikh Anta Diop, la loi sur l’homosexualité ou encore la situation au Sahel, l’ancien Premier ministre (2024-2026) a livré des positions parfois inédites et souvent sans ambiguïté.
 
 
Les débats suscités par l’entretien d’Ousmane Sonko à RFI et France 24 se sont principalement concentrés sur ses relations avec le Président Bassirou Diomaye Faye, la crise au sommet de l’État ou encore ses perspectives politiques à l’horizon 2029. Pourtant, la version intégrale publiée par RFI contient plusieurs développements qui ont été peu repris dans le débat public sénégalais.
Parmi les sujets abordés figure notamment la décision attendue du Conseil constitutionnel concernant la légalité de sa réintégration à l’Assemblée nationale après son départ de la Primature, question dont dépend également la validité de son élection à la présidence de l’institution parlementaire.
 
Décision du Conseil constitutionnel : «que ferais-je d’autre, si ce n’est de me soumettre ?»
 
 
Interrogé sur les recours déposés devant le Conseil constitutionnel, Ousmane Sonko s’est montré serein et a affirmé qu’il respecterait sans réserve la décision qui sera rendue. «Bien sûr, que ferais-je d’autre, si ce n’est de me soumettre ? Nous attendrons cette décision et je n’ai pas de commentaire à faire sur cette question», a-t-il déclaré.
Le président de l’Assemblée nationale a toutefois rappelé que la haute juridiction s’était déjà prononcée sur sa qualité de député lors de la proclamation définitive des résultats des élections législatives de novembre 2024. «Le Conseil constitutionnel lui-même, le 27 novembre 2024, a proclamé les résultats définitifs et a considéré que Monsieur Ousmane Sonko, tête de liste du Pastef, est député à l’Assemblée nationale. Il n’ignorait pas à ce moment-là que j’étais Premier ministre du Sénégal», a-t-il souligné. Selon lui, la jurisprudence du Conseil constitutionnel a toujours considéré que les questions liées à l’organisation interne de l’Assemblée nationale relevaient de la compétence de cette dernière.
L’autre séquence marquante de l’entretien concerne la dette publique. Alors que le gouvernement poursuit ses discussions avec les partenaires financiers internationaux dans un contexte de fortes tensions budgétaires, Ousmane Sonko a relancé le débat sur la notion de «dette odieuse».
 
 
«L’annulation de la dette a été proposée mais elle n’a pas été retenue»
 
 
 
Relancé sur les raisons pour lesquelles une demande d’annulation de la dette n’avait pas été retenue lorsqu’il était à la tête du gouvernement, il a répondu laconiquement : «Ça a été proposé», avant de confirmer que cette proposition n’avait finalement pas été retenue.
 
 
 
Bavure à l’Ucad : «Je n'en suis pas responsable parce que ce n'est pas moi qui interviens»
 
 
L’entretien a également permis à Ousmane Sonko de revenir sur l’un des épisodes les plus controversés de son passage à la Primature : la crise universitaire survenue à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et qui avait conduit à la mort de l’étudiant Abdoulaye Bah le 9 février 2026.
Tout en reconnaissant des excès, l’ancien Premier ministre a rejeté toute responsabilité directe dans la conduite des opérations. «Je n'en suis pas responsable parce que ce n'est pas moi qui interviens. Moi, ce que je peux faire, c'est de veiller à ce que l'ordre public soit sauf et demander à ce que les édifices publics - et c'était d'ailleurs l'instruction - que les édifices publics, les restaurants, le rectorat, etc., ne soient pas incendiés. C'était ça l'instruction. Ça ne va pas au-delà de ça. Après, la conduite des opérations sur le terrain, vous conviendrez avec moi que ce n'est pas le Premier ministre qui va sur le terrain pour dire à tel agent : « Fais ceci ou ne fais pas cela», a-t-il expliqué.
 
 
Homosexualité : «je ne suis pas parquetier, je ne suis pas juge d’instruction…»
 
 
Sur le dossier de l’homosexualité, autre sujet particulièrement sensible au Sénégal, Ousmane Sonko a été interrogé sur les inquiétudes exprimées par plusieurs avocats concernant les droits des personnes poursuivies dans le cadre de la nouvelle législation.
Il a d’abord rappelé que la justice demeurait indépendante. «Moi, je ne suis pas parquetier, je ne suis pas juge d’instruction», a-t-il déclaré. Le président de l’Assemblée nationale a toutefois pris ses distances avec certaines pratiques observées dans l’espace public. «Nous n’avons pas le droit de livrer à la vindicte des familles entières. Il y a des enfants qui ont du mal aujourd’hui à aller à l’école. Il y a des épouses qui sont cassées. Nous n’avons pas le droit de faire cela», a-t-il affirmé.
S’il dit constater comme tout le monde les nombreuses fuites dans la presse concernant les procédures judiciaires, il estime néanmoins que ces questions ne remettent pas en cause le soutien dont bénéficie la loi dans l’opinion sénégalaise. «Nous constatons tous cela, mais ça ne remet pas en cause, aux yeux de 99 ou 100% des Sénégalais, la pertinence de cette loi», a-t-il soutenu.
Enfin, interrogé sur la situation politique et sécuritaire au Sahel ainsi que sur les relations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et les pays de l’Alliance des États du Sahel, Ousmane Sonko a privilégié un discours axé sur la souveraineté des États et l’intégration régionale.
À ceux qui lui demandaient s’il condamnait les juntes militaires arrivées au pouvoir par des coups d’État, il a répondu : «je respecte la souveraineté de chaque pays. Je n’ai pas à être là pour condamner X ou Y.» Le président du Pastef a expliqué que les questions relatives au fonctionnement des États devaient être d’abord réglées par les citoyens concernés. Concernant la rupture entre les pays de l’AES et la Cedeao, il a réaffirmé son attachement à l’intégration régionale ouest-africaine. «Nous avons tous intérêt à être très proches les uns des autres, à nous donner la main et à poursuivre ce processus d’intégration en Afrique de l’Ouest», a-t-il déclaré.
Évoquant le Mali et le Burkina Faso, il a plaidé pour une réconciliation entre les différentes composantes de l’espace ouest-africain. «Mon souhait, c’est que toute cette famille se retrouve», a-t-il insisté. Pour Ousmane Sonko, l’Afrique de l’Ouest dispose déjà des fondements d’un ensemble puissant grâce à son poids démographique, économique et géographique. À ses yeux, «l’éclatement» et «l’émiettement» ne profitent à aucun État de la région.
 
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
 
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