Dans une déclaration particulièrement virulente publiée sur sa page Facebook, le ministre-conseiller à la présidence de la République Aldiouma Sow s’en prend frontalement à Ousmane Sonko et à sa lecture de la crise qui a conduit à la rupture avec le Président Bassirou Diomaye Faye. Le responsable de Pastef rejette l’existence de tout accord conclu entre les deux hommes à la prison du Cap Manuel, dénonce une «dérive messianique» au sein du parti et appelle les cadres encore hésitants à rallier le chef de l’État.
Le fossé qui sépare désormais Diomaye Faye et Ousmane Sonko continue de se creuser au grand jour. Alors que les deux hommes, longtemps présentés comme les figures indissociables du Projet porté par Pastef, se livrent désormais une bataille politique pour le contrôle de l’appareil partisan et de son héritage idéologique, les proches du président de la République sortent progressivement du silence.
Dernier en date, Aldiouma Sow, ministre-conseiller à la présidence de la République, coordonnateur du Pôle politique, société civile et syndicats et membre du Bureau politique national de Pastef, a publié une longue déclaration dans laquelle il prend clairement position dans le bras de fer opposant les deux anciens compagnons de lutte. Dès les premières lignes, le responsable politique affirme que «les choses ont désormais le mérite d’être parfaitement claires», avant de défendre l’attitude du chef de l’État et de s’attaquer sans détour à Ousmane Sonko, qu’il désigne à plusieurs reprises sous le terme de «messie».
«Les véritables pactes et complots…»
Sow a aussi démonté le ‘’pacte’’ supposé ou réel du Cap Manuel. «Le candidat Bassirou Diomaye Faye n’a jamais conclu de pacte secret à la prison du Cap Manuel. Il n’a souscrit à aucune initiative de braquage du droit souverain du peuple sénégalais d’élire le candidat de son choix. Il n’a pris aucun engagement politique ou électoral, qu’il soit bilatéral ou partisan, ni durant sa détention ni à sa sortie de prison», affirme-t-il.
Mais c’est surtout lorsqu’il aborde ce qu’il appelle les «véritables pactes» que le texte prend une tournure particulièrement accusatrice. Selon Aldiouma Sow, des engagements auraient effectivement été pris au Cap Manuel, mais ils ne concerneraient pas Bassirou Diomaye Faye. «Les véritables pactes et complots se sont tramés dans les coulisses de cette fameuse suite carcérale du Cap Manuel», écrit-il.
Le responsable de Pastef de déballer : «c’est là que l’on a fait jurer, la main sur le Coran, à des candidats n’appartenant pas à Pastef ou ayant rejoint le combat patriotique sur le tard, de remettre le pouvoir au “messie” au lendemain de leur prestation de serment», soutient-il. Sans jamais citer nommément Ousmane Sonko ou Habib Sy, les allusions sont transparentes.
Le Projet dévoyé depuis 2022… lors des Locales et les Législatives
Sow remonte notamment aux élections législatives et locales de 2022 pour dénoncer des choix qui auraient marginalisé les militants historiques du parti au profit d’alliés de circonstance. Selon lui, c’est à cette période que le «Projet» a commencé à être détourné de son objectif initial. «Dans ce huis clos carcéral, il avait été décidé d’enterrer le Projet après l’avoir violemment dévoyé en 2022 lors des élections législatives, où toute notre base s’est retrouvée investie sur la liste des suppléants au profit d’alliés de la dernière heure», affirme-t-il.
Il reproche également aux dirigeants de l’époque d’avoir reproduit cette logique lors des élections locales en privilégiant des partenaires politiques extérieurs au détriment des cadres, des jeunes et des femmes de Pastef. Ces critiques constituent l’une des premières remises en cause publiques aussi directes de la stratégie électorale mise en œuvre par Ousmane Sonko avant l’accession au pouvoir du parti.
Chantage politique…
Aldiouma Sow accuse également l’ancien Premier ministre d’avoir engagé, à partir de 2025, une entreprise de déstabilisation du régime. Selon lui, les tensions observées ces derniers mois ne relèvent pas de divergences idéologiques mais d’une volonté de préserver des ambitions personnelles. Il évoque ainsi «une entreprise inefficace et égoïste de chantage politique pour sauver sa propre candidature aux prochaines échéances électorales».
Le ministre-conseiller estime par ailleurs que Bassirou Diomaye Faye a tenté à plusieurs reprises d’alerter les instances du parti face à ce qu’il décrit comme une menace pour l’avenir de Pastef. «Le président de la République n’a cessé de mettre en garde contre une dérive messianique et antirépublicaine qui menace de perdre le parti si l’on n’y prend pas garde», écrit-il.
Selon lui, ces avertissements ont été adressés aussi bien au Bureau politique national qu’aux ministres, directeurs généraux, députés, maires et responsables de base du mouvement. La dernière partie de la déclaration prend des allures d’appel politique adressé aux responsables encore proches d’Ousmane Sonko.
Aldiouma Sow félicite d’abord les ministres et cadres ayant choisi de répondre à l’invitation du président de la République à rejoindre le nouveau gouvernement. « Soyez fiers de votre décision», leur lance-t-il. Il leur assure qu’ils demeurent fidèles aux idéaux fondateurs de Pastef et au manifeste «L’Appel aux patriotes». Puis il s’adresse directement aux responsables qui n’ont pas encore choisi leur camp. «Aux autres frères et sœurs, cadres, députés qui seraient encore tentés par le messianisme destructeur et incertain qui menace la survie institutionnelle de notre parti, vous ne perdez encore rien en changeant d’avis !»
Sidy Djimby NDAO