Cheikh Oumar Diagne est amer. L’ancien allié du pouvoir et leader du Rassemblement pour la vérité/And Ci Dégg persiste et signe : selon lui, le chef du gouvernement porte une responsabilité morale dans la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. Face à la presse hier, il a dressé un réquisitoire sévère contre l’action du régime, qu’il accuse d’avoir renié ses promesses de souveraineté et de bonne gouvernance.
Cheikh Oumar Diagne a animé une conférence de presse hier pour revenir sur cette affaire qui décrit comme une honte pour le régime en place. Face aux journalistes, l’ancien directeur des Moyens généraux à la présidence de la République a commencé par régler ses comptes avec les membres de Pastef qui l’ont accusé d’avoir pris la fuite après sa convocation. «J’étais là pour faire face à Macky Sall au plus fort de la confrontation contre l’ancien régime. J’étais à faire des interventions publiques quand la plupart des gens de Pastef qui veulent me salir aujourd’hui avait choisi, à défaut de quitter le pays, d’entrer dans une silence totale par peur de la prison. J’étais là quand certains parmi eux pleuraient en garde à vue et j’étais là à les consoler. J’étais là quand certains d’entre eux ont choisi le bracelet électronique alors que moi j’ai préféré aller en prison que de porter un bracelet électronique», a-t-il d’abord martelé.
Poursuivant, Cheikh Oumar Diagne réitère ses propos sans la moindre ambiguïté. «Ousmane Sonko est responsable de la mort d’Abdoulaye Ba», a-t-il lancé. Pour lui, cette responsabilité relève du climat politique et des discours qui, selon lui, ont contribué à alimenter les tensions ayant précédé la mort de l’étudiant.
Devant une telle situation, l’ancien allié du Pastef a également tenu à clarifier sa rupture avec le parti au pouvoir, une rupture qu’il qualifie désormais de «totale». «Je ne regrette pas d’avoir soutenu le Pastef, car je l’ai fait pour mes principes», a-t-il déclaré, avant d’ajouter que ses principes sont précisément ce qui l’oblige aujourd’hui à prendre ses distances avec le pouvoir.
Mais s’il en est ainsi, c’est que, dit-il, Pastef s’est progressivement éloigné de l’idéal souverainiste qui avait suscité l’adhésion de nombreux militants et sympathisants. C’est dans ce contexte qu’il a dénoncé avec virulence ce qu’il qualifie de dérive vers un «Parti-État». «Parler de Parti-État, c’est trahir son serment et le peuple sénégalais», a-t-il affirmé, dénonçant un écart croissant entre les discours de l’opposition d’hier et la pratique du pouvoir aujourd’hui.
«Des émissaires sont envoyés aux dignitaires de l’ancien régime en prison pour leur dire…»
Sur son séjour en prison, Cheikh Oumar Diagne révèle : «Durant mon séjour carcéral, j’ai j’ai pu constater que des émissaires ont été envoyés aux responsables politiques de l’ancien régime qui sont écroués depuis des mois. Ces émissaires étaient venus dire aux responsables de l’Apr que leur arrestation a été commanditée par un tel et pas par un autre. Cette situation renseigne sur la dualité extraordinaire qu’il y a au sommet», a encore déclaré Cheikh Oumar Diagne, laissant ainsi entendre que les émissaires faisaient bien référence aux deux hommes forts du régime à savoir le président de la République Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko.
Diagne s’est également livré à un réquisitoire particulièrement sévère contre la politique économique du régime : «ce régime ne fera rien d’important dans ce pays».
Selon lui, plusieurs secteurs stratégiques de l’économie sénégalaise continuent d’être dominés par des opérateurs étrangers, notamment turcs, chinois ou encore des consortiums d’entreprises françaises. Cette situation, affirme-t-il, est en contradiction avec les promesses faites aux Sénégalais lors des années d’opposition.
Pendant ce temps, des champions économiques ont déjà déposé le bilan.
Sidy Djimby NDAO