CONCERTATION ENTRE LE MINISTRE DE L’INTERIEUR ET LES PARTIS POLITIQUES : Salve de contestations contre la modification du Code électoral, la neutralité de Bamba Cissé en question




 
Installé en septembre dernier en remplacement de Ousmane Diagne, Mouhamadou Bamba Cissé a invité, pour la première fois, la classe politique à un dialogue sur le processus électoral. Malheureusement, une bonne partie, dont le Fdr, Nouvelles Responsabilités de Amadou Ba etc., a simplement refusé de prendre part à la rencontre. Ce boycott des ténors de la scène politique n’a pas empêché le ministre de l’Intérieur de tenir ses concertations avec d’autres leaders tels que l’ancien ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, Serigne Mbacké Ndiaye, des représentants du Pds, l’ancien maire des Parcelles Assainies, Moussa Sy etc. Les différentes prises de position lors des débats ont fini d’éclairer davantage sur l’ampleur du fossé entre le gouvernement et une classe politique très méfiante. Les mésententes au sein de la mouvance présidentielle, notamment entre la coalition Diomaye Président du chef de l’Etat et la Coalition Apte du Premier ministre, ont eux aussi eu leurs effets.
 
Conscient de la posture de plusieurs participants qui lui reprochent son amitié avec le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur a essayé d’être le plus rassurant possible dès l’ouverture des travaux. « 
J’ai souhaité instaurer ce cadre d’échange pour réaffirmer ma disponibilité, mon ouverture et mon attachement à une démarche fondée sur le dialogue, le consensus et la concertation », assure Bamba Cissé, qui insiste sur sa ferme volonté de conduire un processus inclusif
Le ministre de l’Intérieur reconnaît que les divergences existent, elles doivent exister parce qu’elles sont naturelles en démocratie, mais elles ne doivent jamais les éloigner de l’essentiel : l’intérêt supérieur de la nation. « Ce qui nous rassemble doit être plus fort que ce qui nous oppose. La démocratie demeure un édifice fragile que nous avons le devoir de construire ensemble et de protéger. La démocratie exige rigueur, retenue et le sens élevé de l’Etat, de la République et de la citoyenneté », dit-il avant d’ajouter : « j’ai écouté avec attention les inquiétudes exprimées avant même cette rencontre, notamment celle relative à l’insuffisance de concertation sur le processus électoral en cours. Je tiens à vous assurer que notre objectif demeure l’organisation d’élections libres, transparentes et inclusives, dans le strict respect de nos lois et règlements », promet Me Bamba Cissé. Selon lui, les réformes électorales engagées ne visent aucunement à favoriser un camp. Elles ont pour objet de moderniser le système électoral, de sécuriser le vote de chaque citoyen, de renforcer le caractère inclusif, d’assainir les compétitions et d’améliorer la fiabilité de des fichiers.
 
«À ceux qui n’ont pas répondu à mon invitation, mes portes leur resteront ouvertes»
 
A ceux qui n’ont pas répondu à son invitation, le ministre de l’Intérieur dit respecter leur position et assure que ses portes leur resteront ouvertes. Me Bamba Cissé a quand même tenu à partager certaines informations relatives à l’organisation des prochaines élections avec son assistance. Notamment sur la fixation de la date du scrutin pour laquelle il a tenu à rappeler qu’aucune disposition du Code électoral n’assujettit le président de la République à un délai précis, à une prise du décret y afférent. « La loi prévoit plutôt une période au cours de laquelle ces élections doivent être organisés. A ce jour, l’autorité compétente demeure dans les marges prévues par la loi pour fixer la date des prochaines élections territoriales », indique-t-il.
Me Bamba Cissé promet aussi qu’une révision exceptionnelle sera organisée, conformément aux dispositions de l’article L37 du Code électoral, pour une durée raisonnable et acceptable : « cette période ne saurait être inférieure à celle retenue en 2021, soit 45 jours ».
Par rapport aux cartes d’électeur issus de la révision ordinaire des listes électorales 2025, le ministre de l’Intérieur informe que la production de ces cartes a repris depuis le 12 avril 2026, après une suspension consécutive à la cyberattaque enregistrée à la Daf.
Concernant la publication de la liste électorale définitive, le ministre de l’Intérieur assure qu’elle interviendra dans les prochains jours sur le site de la Direction générale des Elections. Sur la disponibilité et l’accès au fichier électoral, la Daf a déjà procédé à la consolidation du fichier avec l’intégration des mouvements issues de la révision ordinaire des listes électorales de 2025.
À l’ouverture des débats, plusieurs participants ont dénoncé une démarche qui met, selon eux, la charrue avant les bœufs. Selon eux, engager des concertations sur des réformes électorales sans avoir au préalable réuni les conditions d’un dialogue apaisé relèverait d’une précipitation contre-productive.  Certains ont par ailleurs rappelé que le Sénégal a su maintenir son statut de pays démocratique grâce aux traditionnelles dialogues qui ont marqué chaque régime.
  
La modification des articles L.29 et L.30, un passage en force législatif décrié
 
 Parmi les nombreux griefs des acteurs politiques, le vote de la modification de l’article L29 et l’abrogation de l’article L30, mardi dernier à l’Assemblée nationale, a cristallisé les tensions. Ce passage en force législatif, intervenu la veille même des concertations, a été unanimement décrié comme une incohérence. Beaucoup d’acteurs n’ont pas compris comment le ministre de l’Intérieur peut prétendre consulter la classe politique lorsque des dispositions fondamentales viennent d’être adoptées sans elle.
  
La neutralité de Bamba Cissé en question
  
Le fait que Bamba Cissé organise les élections insupporte certains d’entre eux.  Sa proximité avec le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il assume au vu et au su de tout le monde, nourrit les doutes sur son impartialité dans la conduite du processus électoral.
 Des participants comme Macoumba Ndiaye de la Coalition Diomaye Président ont plaidé pour la désignation d’une personnalité neutre à la tête de l’organisation des prochains scrutins. « Compte tenu de votre proximité avec Ousmane Sonko, je ne pense pas que vous puissiez organiser des élections transparentes », dit-il, tout en assurant n’avoir aucune dent contre Ousmane Sonko. Néanmoins, M. Ndiaye a déploré toute l’énergie déployée par les députés de Pastef pour changer des dispositions du Code électoral qui n’arrangent que Sonko.
Une attaque que Bamba Cissé n’a pas laissé passer : « j’ai publiquement assumé cette amitié, mais j’ai précisé que cette amitié n’enlèvera en rien ma détermination à être le ministre de l’Intérieur de tous les Sénégalais ».
 
Bamba Cissé contraint de suspendre les travaux pour 15 minutes
 
Les déclarations de Macoumba Ndiaye sur la modification du Code électoral a fait sortir Mame Diarra Fam de ses gonds. L’ancienne députée s’est violemment attaquée à M. Ndiaye, entraînant une dispute entre les deux. Le ministre de l’Intérieur a dû interrompre les travaux pour une quinzaine de minutes afin que les esprits se calment.
Assane Dia, de la coalition Diomaye Président, estime qu’en maintenant les associations et les mouvements citoyens dans leurs droits tout en fragilisant les formations partisanes, l’État afficherait une hostilité de fait envers les partis politiques. Il a appelé à une approche résolument inclusive, plaidant pour le financement de l’ensemble des entités participant à la vie démocratique. La faisabilité financière du couplage de plusieurs scrutins, présentée comme une piste de rationalisation, a également suscité des interrogations sans réponse claire.
 
Bamba Cissé joue la carte de l’apaisement
 
 Des tirs groupés auxquels le ministre de l’Intérieur a choisi de répondre avec calme et sérénité. Saluant la forte mobilisation des acteurs politiques comme une illustration vivante de la tradition sénégalaise du dialogue, Bamba Cissé a rappelé que cette première rencontre n’avait pas vocation à trancher, mais à informer et à mettre tout le monde au même niveau, en soulignant la présence symbolique d’anciens ministres comme Aly Ngouille Ndiaye et salue son esprit républicain. 
 Le ministre de l’Intérieur a pris l’engagement de perpétuer ce dialogue. A l’en croire, cette rencontre ne sera pas la dernière. Il a en effet promis de revenir régulièrement vers les acteurs politiques pour recueillir leurs préoccupations, suggestions et critiques.
Nd. Kh. D. F
  
 
 
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