Le député de l’Alliance pour la République (Apr), Abdou Mbow, dénonce la multiplication des commissions d’enquête parlementaire annoncées par le président Ousmane Sonko. Dans une déclaration publiée le 13 octobre, il conteste notamment la légalité d’une enquête sur le dossier de l’Aser et critique le périmètre temporel retenu pour celle portant sur les fonds spéciaux.
Le ton est particulièrement virulent. Abdou Mbow accuse Ousmane Sonko de transformer l’Assemblée nationale en instrument de combat politique. Dans une déclaration datée du 13 octobre, le député de l’Alliance pour la République (Apr) fustige «l’entêtement de Ousmane Sonko dans l’entreprise de clochardisation de notre institution parlementaire».
Selon lui, la multiplication des commissions d’enquête parlementaire, accompagnées de mises en cause publiques, contribue à détourner le contrôle parlementaire de sa vocation. «Le contrôle parlementaire est malheureusement devenu un instrument pour tenter de détruire ses adversaires politiques», déplore-t-il.
L’Aser au cœur de la controverse
Abdou Mbow conteste notamment l’annonce d’une commission d’enquête sur le dossier de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (Aser), portant sur un montant de 37 milliards de francs Cfa. Il estime qu’une telle initiative se heurte aux limites imposées par les procédures judiciaires en cours. «On ne crée pas une commission d’enquête parlementaire sur un dossier qui est déjà devant la justice», affirme-t-il, en invoquant l’article 54 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale et le principe de séparation des pouvoirs.
Les fonds spéciaux, autre point de friction
Le député critique également le périmètre temporel annoncé pour l’enquête parlementaire sur les fonds spéciaux des institutions. Il relève que la période initialement évoquée, de 2012 à 2021 exclut les années correspondant à l’exercice du pouvoir par les autorités actuelles.
Abdou Mbow rejette l’explication d’un «lapsus de discours» avancée dans un communiqué. «Ce n’est ni un lapsus, ni un oubli», soutient-il, y voyant une volonté d’épargner le camp au pouvoir. «Vous voulez fouiller les poches de vos prédécesseurs, mais vous refusez qu’on regarde dans les vôtres de 2024 à aujourd’hui», lance-t-il à l’endroit d’Ousmane Sonko, avant de dénoncer un possible « deux poids, deux mesures».
Le rôle de l’Assemblée nationale en question
Au-delà de ces deux dossiers, Abdou Mbow met en cause la conduite des travaux parlementaires. Il reproche aux députés de la majorité un manque de préparation et une confusion entre contrôle parlementaire, procédures judiciaires et règlement de comptes politiques.
Le parlementaire rappelle que l’Assemblée nationale a pour missions de voter la loi, de contrôler l’action du gouvernement, de représenter le peuple et d’évaluer les politiques publiques.
Il conteste, dans ce cadre, la légitimité de l’institution à conduire des audits portant sur d’autres institutions de la République, citant le Conseil économique, social et environnemental (Cese) et le Haut Conseil des collectivités territoriales (Hcct). «L’Assemblée nationale n’est ni une annexe de Pastef, ni un tribunal personnel, ni une arme mise à la disposition de sa majorité», insiste-t-il.
Dans sa déclaration, Abdou Mbow appelle enfin à mettre un terme à ce qu’il considère comme une dérive institutionnelle. Il accuse Ousmane Sonko de vouloir instrumentaliser le Parlement à des fins politiques et conclut que «la République ne peut devenir le théâtre de votre volonté de règlements de comptes».
Sidy Djimby NDAO