Jusqu’à 1,6 million F Cfa pour 15 m² sans équipement et près de 1 million de spectateurs cumulés promis : entre spéculation sur les prix des concessions et diktat commercial de Coca-Cola, le cahier des charges du Comité d’organisation suscite l'indignation générale.
À quelques semaines du coup d'envoi des Jeux olympiques de la jeunesse (Dakar 2026), prévu du 31 octobre au 13 novembre 2026, l’enthousiasme populaire risque d'être douché par une vive polémique financière. Le document officiel du cahier des charges pour l'exploitation des concessions de restauration, dont notre rédaction a obtenu copie, révèle des exigences financières exorbitantes imposées aux acteurs locaux du secteur de la restauration et des boissons. Pour pouvoir installer une simple baraque ou un stand éphémère sur l'un des huit sites de compétition à Dakar, Diamniadio ou Saly, les repreneurs devront débourser des sommes astronomiques. C'est une véritable douche froide pour les petites entreprises et restaurateurs locaux qui espéraient tirer profit de la première grand-messe olympique sur le sol africain.
Le cumul de la folie : près d'un million de spectateurs promis
En additionnant méthodiquement les prévisions de fréquentation quotidiennes communiquées par le Comité d'organisation (Cojoj) sur les différents sites, les chiffres révèlent une affluence journalière globale comprise entre 51.445 et 81.903 spectateurs. Sur l'ensemble de la période des épreuves, qui varie de 3 jours au CED à 14 jours sur des sites majeurs comme le COR ou Saly, le cumul global théorique atteint une fourchette impressionnante de 559.790 à 948086 spectateurs. C'est ce pactole humain de près d'un million de clients potentiels que le Cojoj fait miroiter aux concessionnaires pour justifier ses tarifs.
Des tarifs au mètre carré qui battent tous les records
Les coûts de mise à disposition des espaces de vente frôlent la démesure. Au Centre d'Exposition de Diamniadio (DEX), une modeste concession Fast-Food bis de seulement 15 m² est facturée au tarif vertigineux de 1.625.000 F Cfa pour 12 jours d'exploitation, soit plus de 108.000 F Cfa le mètre carré. Sur d'autres sites comme le Centre Olympique de Mermoz/Rif (COR), un espace Fast Food de 30 m² s’échange à 1.330.000 F Cfa pour 14 jours. À Saly (SBW), le moindre kiosque Fast Food de 60 m² est arrêté à 1.330.000 F Cfa, tandis qu'un snack de 15 m² y est facturé 910.000 F Cfa. Au total, sur la trentaine de concessions régulières mises en adjudication, ce sont 29.000.000 de F Cfa de redevances directes qui sont exigées des vendeurs, sans compter la cérémonie d'ouverture à Diamniadio où 18 concessions Fast Food supplémentaires sont monnayées à 100.000 F Cfa la journée.
Zéro équipement, diktat de Coca-Cola et contraintes draconiennes
La pilule est d'autant plus amère que le cahier des charges stipule clairement dans son chapitre V que les concessions seront fournies sans équipements énergétiques. Chaque prestataire devra ainsi transporter, installer et garantir sous sa propre responsabilité la totalité de ses équipements de cuisson, de réfrigération et de caisse dématérialisée, tout en soumettant ses employés à des filtres de sécurité. Pire encore pour la souveraineté économique et la diversité locale, une interdiction absolue de vendre toute boisson autre que celles de la gamme Coca-Cola, sponsor officiel, est décrétée. Les jus locaux faits maison par les Pme sénégalaises se voient tout simplement bannis ou strictement régulés au profit du géant mondial d'Atlanta.
Un risque reporté sur le consommateur final
Face à ces exigences financières et logistiques, les restaurateurs préviennent déjà que pour rentabiliser des droits d'emplacement aussi prohibitifs et rembourser le réapprovisionnement nocturne obligatoire, les prix du sandwich et de la canette sur les sites olympiques risquent de s'envoler. Le citoyen lambda, venu acclamer la jeunesse sportive mondiale, devra-t-il payer son repas au prix fort pour combler les exigences financières du Cojoj ?
Samba THIAM