Face à la presse, le ministre des Finances et du Budget a révélé que le recours aux TRS s'est fait dans la légalité, la transparence et la parfaite maîtrise des risques. Ce qui lui fait dire que cette démarche ne rime ni avec opacité ni avec dissimilation, ni avec des financements secrets. Cheikh Diba a aussi rassuré qu'aucun bien de l'Etat n'a été donné en gage dans le cadre de la mobilisation de ces financements.
A la suite de la publication par Financial Times d’un article en début de semaine relatif au recours par l’Etat du Sénégal à des instruments de type Total Return Swaps, appelés (TRS), le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, ne s’est pas contenté d’un communiqué publié la veille. Hier, il a fait face à la presse a la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, pour disséquer la bonne graine de l’ivraie, dans ce financement de 650 millions d’euros. « Le Financial Times est un journal de référence, mais il n'est pas infaillible. Sa crédibilité est réelle, construite sur une forte réputation dans la presse économique et financière, sur un code éditorial éprouvé. Mais cette crédibilité ne signifie pas tout ce qu'il publie est automatiquement vrai, exhaustif ou au-dessus de toute critique », fait d’emblée remarquer Cheikh Diba, avant d’ajouter : « le débat politique opère un déplacement discursif en transformant une analyse financière prudente en accusation de dette cachée. La discussion rigoureuse doit donc porter non sur l'aura du média, mais sur la robustesse empirique des faits, la nature de l'opération financière et les mécanismes budgétaires réels. C'est à ce niveau que se distingue une analyse savante d'une polémique politique », précise le ministre des Finances et du Budget. Poursuivant, il rappelle que le recours à ces opérations de TRS reflète la volonté du Sénégal de contribuer à l'approfondissement du marché régional et ces émissions, dit-il, ont servi à financer les besoins de l'Etat pour « éviter un défaut ».
Des conditions d'emprunt plus favorables
Selon Cheikh Diba, le recours à ces instruments a permis à l'État de se financer à des conditions nettement plus favorables que celles des marchés internationaux, tout en maîtrisant les risques et optimisant le service de la dette. « En effet, si le Sénégal avait choisi de se financer sur le marché des Eurobonds, il aurait payé un taux entre 11% et 12% en moyenne sur l'année 2025, contre un taux d'environ 7% sur les financements levés dans le cadre des opérations TRS, ce qui représente une économie de 5% sur le taux, soit environ 36 milliards francs Cfa de gains sur le service de la dette par an. Les conditions d'emprunt sont donc plus favorables qu'un emprunt sur les marchés internationaux, comme précisé dans le communiqué diffusé », explique Cheikh Diba.
« Il n'y a aucun transfert de propriété légale des titres qui serait différent d'une émission classique… »
Le ministre des Finances et du Budget a aussi précisé que les opérations de TRS ne présentent aucune condition contraignante et il n'y a pas de passif caché. « Les investisseurs internationaux ont souscrit à des adjudications de l'État du Sénégal. A l'issue de ces adjudications, le financement est obtenu par le Trésor, comme pour toute autre émission sur ce marché. Le financement levé par l'Etat est donc en franc Cfa et l'ensemble du montant pouvant être payé dans le cadre de ces opérations est inscrit dans les statistiques du marché des titres publics. Aucun bien de l'Etat du Sénégal n'a été donné en gage dans le cadre de la mobilisation de ces financements. Il n'y a aucun transfert de propriété légale des titres qui serait différent d'une émission classique sur le marché des titres publics », martèle Cheikh Diba.
Les TRS ne sont pas opaques et les risques sont maitrisés
En outre, Cheikh Diba a rappelé que ces instruments dont le Sénégal a fait recours ne sont pas opaques. « Le Sénégal, à l'instar d'autres pays, fait recours à différents types de swap depuis de nombreuses années, notamment en 2011, 2015 ou encore 2018, permettant par exemple à l'État de se protéger contre les risques de fluctuation des devises. La possibilité de recourir en cas de besoin aux produits dérivés a été prévue dans la Loi de Finances afin de se doter des moyens de se couvrir face à certains risques. Les risques associés à la structuration qui a été faite à partir de ces instruments sont maîtrisés avec un niveau de sécurisation très confortable pour l'Etat : en effet, la volatilité des titres émis sur le marché domestique des titres publics est très faible, ce qui limite significativement les risques pour l'État du Sénégal et distingue ces instruments de ceux émis par d'autres États sur les marchés internationaux », note le ministre.
Le recours aux TRS s'est fait dans la légalité et la transparence
Par ailleurs, les opérations TRS, selon Cheikh Diba, ont été exécutées dans le cadre du plan de financement de l'année 2025, conformément aux lois de finances. Ce qui lui fait dire que les fonds ont été utilisés pour financer les dépenses budgétaires de l'État, notamment le service de la dette contractée au cours des gestions antérieures, les investissements publics et les dépenses courantes qui favorisent le fonctionnement des secteurs vitaux du pays. A l’en croire, le Sénégal a communiqué sur ces opérations de TRS auprès des représentants du peuple sénégalais, mais également de ses partenaires financiers. En effet, il révèle que les opérations de TRS ont été faites à travers 7 adjudications sur le marché financier régional 2025 allant du mois d’avril au mois de novembre pour un montant de 721 milliards de francs Cfa. Et toutes ces opérations ont bénéficié de l’autorisation parlementaire donnée par l’Assemblée à travers les différentes lois de finances votées au courant de l’année 2025. Mais aussi dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances de l'année 2026. Les informations relatives aux TRS ont par ailleurs été communiquées, dit-il, au Fmi dans le cadre des échanges réguliers réalisés pendant l'année 2025 sur l'exécution du plan de financement de notre pays. Ce qui lui fait dire que le recours aux TRS s'est fait dans la légalité, la transparence, la parfaite maîtrise des risques et une communication responsable avec la représentation nationale et nos différents partenaires. Une telle démarche ne saurait être assimilée à de l'opacité, de la dissimilation et de financements secrets.
M. CISS