C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue l’organisation des prochains Jeux olympiques de la Jeunesse (Joj Dakar 2026). Saisie d’un recours par l’agence internationale Leap Creative Studio, l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) a prononcé l’annulation totale de l’attribution du marché des cérémonies d’ouverture et de clôture. Entre notation opaque des candidats, critères d'évaluation tenus secrets et tentative inédite de fusionner un appel d'offres public avec des négociations de gré à gré, le gendarme des marchés publics sanctionne tout et renvoie le Comité d'organisation (Cojoj) à sa copie à seulement quelques mois de l'événement.
Le fleuron événementiel des Jeux olympiques de la Jeunesse (Joj Dakar 2026) vient d'essuyer un sérieux revers administratif. Par sa décision n°056/2026/Arcop/Crd/Def du 6 mai 2026, le Comité de règlement des différends (Crd) de l'Arcop a prononcé l'annulation pure et simple de la procédure de sélection du prestataire pour les cérémonies d’ouverture, de clôture et des vainqueurs. Une plongée dans le texte officiel révèle un cumul d’irrégularités inédit, poussant le gendarme de la commande publique à qualifier la méthode du Comité d'organisation (Cojoj) d'incompatible avec toute la réglementation en vigueur.
L'affaire, qui couvait depuis plusieurs mois dans les couloirs du sport et de la haute finance publique, a éclaté au grand jour après le recours de la société Leap Creative Studio. Écartée des lots stratégiques 1 et 2 au profit de groupements concurrents (notamment Dimensions/PNL/Auditoire et Novelty), l'entreprise a contesté le rejet de son offre, notifié par email le 6 mars 2026.
Après une décision de suspension d’urgence prononcée le 1er avril 2026, le Crd a statué au fond le 6 mai. Le verdict est sans appel : le Cojoj s'est affranchi des règles élémentaires de transparence et d'équité en bâtissant un «monstre juridique», à mi-chemin entre l'appel d'offres ouvert et l'entente directe.
Une notation occulte et des critères « invisibles »
Le premier pilier sur lequel s'effondre la procédure du Cojoj réside dans l'absence totale de critères d’évaluation précis, chiffrés et mesurables au sein de la Demande de Propositions (DP).
Pour un marché d'une telle envergure, le Code des marchés publics impose que chaque candidat sache exactement comment sa note technique est calculée. Or, l'Arcop a découvert que le Cojoj s'est contenté d'attribuer des notes globales et discrétionnaires (par exemple, un écart abyssal entre la note de 74,18 pour le premier et de 25,06 pour Leap Creative Studio sur le lot 2) sans que la grille d'évaluation sous-jacente n'ait été portée à la connaissance des soumissionnaires.
Le manque de transparence des critères d'évaluation empêche tout contrôle objectif et viole le principe fondamental d'égalité de traitement des candidats. En l'absence de barème explicite, l'évaluation bascule dans l'arbitraire le plus total selon le rappel à l’ordre de l'Arcop.
Une procédure ‘’inconforme’’ à aucun des modes de passation
C’est le grief le plus lourd formulé par les juges du Crd. En effet le Cojoj a tenté d'inventer sa propre méthode de passation de marché, en fusionnant frauduleusement deux mécanismes qui s'excluent mutuellement.
D'un côté, l'instance s'est appuyée sur une mise en concurrence réglementée issue de l'Appel public à manifestation d'intérêt du 3 décembre 2025 dans le quotidien Le Soleil. De l'autre côté, elle a greffé une procédure de négociation directe.
Dans ses observations, le Cojoj a tenté de se justifier en plaidant le caractère «artistique et hautement complexe» des cérémonies olympiques pour s'octroyer le droit de mener des négociations de gré à gré en cours de route. L’Arcop a balayé l'argument d'un revers de main en rappelant qu'on ne peut pas lancer une consultation publique et s'octroyer en même temps le droit de négocier à sa guise les offres avec les candidats de son choix, hors de tout cadre légal. Le CRD a formellement tranché en déclarant que la procédure contestée n'est conforme à aucun des modes de passation prévus par la réglementation de la commande publique.
Des violations flagrantes de la chronologie légale
L’analyse minutieuse du dossier met également en lumière des failles dans le respect des droits de recours des soumissionnaires.
Le Cojoj a d'abord procédé aux notifications de rejet par de simples courriers électroniques non sécurisés, restreignant la visibilité des entreprises sur les motifs réels de leur éviction. Ensuite, en refusant d'apporter des réponses claires au recours gracieux introduit par le plaignant le 9 mars 2026, l'autorité contractante a tenté de forcer le passage, obligeant l'ARCOP à prononcer une suspension conservatoire des procédures le 1er avril pour bloquer toute signature prématurée du contrat.
Samba THIAM