À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée ce lundi 9 mars à la Primature, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré un plaidoyer appuyé en faveur de la place des femmes dans la gouvernance publique. S’appuyant sur des statistiques pénitentiaires et sur une anecdote tirée du dernier Conseil des ministres, il a affirmé que les femmes sont plus respectueuses des règles et plus loyales que les hommes, estimant qu’elles « ne trahiront jamais ». Une déclaration qui intervient dans un contexte politique marqué par des tensions au sommet de l’État.
Le Premier ministre a profité de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes pour délivrer un message à la fois politique et symbolique en faveur des femmes. Devant un parterre d’invitées et de responsables de l’administration réunis à la Primature, le chef du gouvernement a mis en avant le rôle des femmes dans la société sénégalaise, tout en se livrant à une critique à peine voilée de la classe politique masculine.
Dès l’entame de son intervention, Ousmane Sonko a évoqué des données statistiques relatives au milieu carcéral pour illustrer son propos. Selon lui, les chiffres montrent que les femmes représentent seulement 3,4% de la population carcérale au Sénégal. Une proportion qu’il interprète comme un indicateur du respect des règles par les femmes. «Les statistiques révèlent qu’il y a 3,4% de femmes dans les prisons. Cela veut dire que les femmes respectent beaucoup plus la loi et les règles de la société que les hommes», a déclaré le Premier ministre, sous les applaudissements de l’assistance.
Mais, c’est surtout une anecdote racontée par le chef du gouvernement qui a retenu l’attention. Revenant sur le dernier Conseil des ministres, il a expliqué avoir observé la composition de la salle avant de tirer une conclusion personnelle sur la question de la confiance. «Avant-hier, mercredi passé, en Conseil des ministres, je faisais le tour de la salle de réunion. Je regardais les ministres et je les comptais. Et je me disais, bizarrement, si on me demandait à qui j’ai le plus confiance dans cette salle, je dirais que ce sont les quatre femmes. Parce que je sais qu’elles ne trahiront jamais», a-t-il lancé, sur un ton mêlant humour et ironie.
Cette déclaration intervient dans un contexte politique particulier au sommet de l’État sénégalais. Depuis plusieurs semaines, une partie de la base militante du parti au pouvoir, Pastef, exprime ouvertement ses critiques à l’endroit du président Bassirou Diomaye Faye, certains militants l’accusant de «trahison». Une situation que certains observateurs qualifient de « cohabitation douce » entre le chef de l’État et son Premier ministre.
Sans évoquer directement ces tensions, Ousmane Sonko a néanmoins semblé adresser un message politique, en opposant implicitement la loyauté supposée des femmes à l’instabilité ou aux rivalités qui caractérisent parfois les relations entre hommes politiques.
Le chef du gouvernement a également plaidé pour un rôle accru des femmes dans la gestion des affaires publiques, notamment dans les domaines sensibles liés aux finances et à la lutte contre la corruption. «Dans la lutte contre la corruption, j’aimerais que toutes les responsabilités liées à l’argent soient confiées aux femmes», a-t-il affirmé, estimant que leur sens de la rigueur et de la responsabilité pourrait constituer un atout pour la gouvernance publique.
Plus largement, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité de renforcer la participation des femmes au développement du pays. Selon lui, aucune politique de progrès ne peut être durable si elle ne s’appuie pas pleinement sur la contribution féminine. «Le pays qui avance sans ses femmes est le pays qui n’avance justement pas», a-t-il déclaré, avant d’annoncer plusieurs pistes de réformes destinées à améliorer l’accès des femmes aux ressources et aux responsabilités.
Parmi ces mesures, le Premier ministre a notamment évoqué la future réforme foncière. Celle-ci devrait, selon lui, permettre de corriger certaines inégalités persistantes, notamment en milieu rural, où l’accès des femmes à la terre reste souvent limité par des pratiques sociales et des règles coutumières. «Nous allons continuer à travailler et à poser des mesures concrètes. Parmi ces mesures, il y a la réforme foncière, surtout en zone rurale, qui devra permettre aux femmes d’accéder davantage à la terre», a-t-il annoncé.
Au-delà de la question foncière, Ousmane Sonko a également insisté sur l’importance d’une présence féminine accrue dans les postes de décision, estimant que l’équilibre dans la gouvernance constitue un facteur essentiel de stabilité et d’efficacité pour l’action publique.
Sidy Djimby NDAO