La candidature du général Birame Diop à la présidence de la Commission de la Cedeao continue de susciter des réactions. Le député sénégalais et député au Parlement de la Cedeao, Guy Marius Sagna, a livré une analyse nuancée de cette désignation. S’il reconnaît les efforts accomplis par l’actuel ministre des Forces armées, l’élu rappelle certaines réserves qu’il nourrit à son égard tout en recentrant le débat sur ce qu’il considère comme l’enjeu essentiel, l’avenir politique et idéologique de la Cedeao.
La candidature du général Birame Diop à la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), annoncée par le Sénégal en vue du sommet des chefs d’État prévu en juillet 2026, ne laisse pas indifférent Guy Marius Sagna. Le député sénégalais et député au Parlement de la Cedeao a réagi publiquement à cette désignation en partageant ses interrogations, mais également sa vision de l’avenir de l’organisation sous-régionale.
Dans une publication diffusée ce dimanche, l’élu a d’abord tenu à rappeler les réserves qui avaient marqué son appréciation de la nomination du général Birame Diop au gouvernement sénégalais en avril 2024. « J'avoue que la nomination du général Birame Diop au gouvernement du Sénégal en avril 2024 m'a posé problème », a déclaré Guy Marius Sagna.
Selon lui, cette position était liée au dossier foncier de Terme Sud, une affaire dans laquelle il s’est engagé depuis plusieurs années aux côtés des populations concernées. « Pourquoi ? Son lien réel ou supposé avec le problème foncier de Terme Sud. La répression des habitants de Terme Sud aux côtés desquels je suis depuis des années, je ne peux l'oublier », a-t-il expliqué.
Le dossier Didier Badji toujours en travers de la gorge
Le parlementaire a également évoqué une autre affaire qui continue, selon lui, de susciter des interrogations, celle des enfants du gendarme disparu Didier Badji. Guy Marius Sagna estime que les réponses apportées par le ministère des Forces armées et la gendarmerie n’ont pas été à la hauteur des attentes. « Je n'ai pas aimé aussi le traitement par le ministère des Forces armées et de la gendarmerie de la situation des enfants du gendarme disparu Didier Badji », a-t-il affirmé. L’élu estime avoir dû intervenir à plusieurs reprises pour attirer l’attention des autorités sur cette question. « Il a fallu que j'en parle plusieurs fois pour que cela bouge un tout petit peu », a-t-il soutenu.
Tout en reconnaissant certaines avancées, le député au Parlement de la Cedeao affirme demeurer insatisfait de la gestion de ce dossier. « Je ne suis pas satisfait de la gestion que le ministère des Forces armées a faite des affaires des enfants de Didier Badji », a-t-il insisté.
« Il a fait de son mieux, mais il peut faire plus »
Malgré ces critiques, Guy Marius Sagna se garde de tout jugement définitif sur le bilan du ministre des Forces armées. Le député reconnaît les efforts déployés par Birame Diop depuis son arrivée à la tête du département. « Le général Birame Diop a fait de son mieux », a-t-il déclaré.
Une appréciation qu’il nuance aussitôt en soulignant que davantage pouvait être accompli. « Mais il peut faire plus », a-t-il ajouté. Cette position traduit une approche mesurée de l’élu, qui distingue son appréciation de l’homme de sa réflexion sur les enjeux plus larges liés à la Cedeao.
Au-delà de l’homme, la question de l’orientation de la Cedeao
Pour Guy Marius Sagna, le débat principal ne porte pas uniquement sur la personnalité appelée à diriger la Commission de l’organisation sous-régionale. Le député considère que la question essentielle concerne le rôle et l’orientation politique de la Cedeao dans un contexte de profondes mutations géopolitiques en Afrique de l’Ouest. « Si la Cedeao doit continuer à servir à nous mettre sous tutelle impérialiste, général Birame Diop ou tout autre choix n’y changera rien », a-t-il affirmé.
Plaidoyer pour une transition ouest-africaine
Guy Marius Sagna appelle ainsi à une transformation profonde de l’espace communautaire ouest-africain. Selon lui, les États de la région doivent engager une véritable transition politique et stratégique afin de reprendre pleinement en main leur destin collectif. « L'Afrique doit refuser son asservissement et cela doit être et demeurer sa ligne stratégique », a-t-il soutenu.
Pour le député au Parlement de la Cedeao, l’heure est venue d’opérer un changement de paradigme dans les relations entre les pays ouest-africains et leurs partenaires internationaux. « Il est temps d'effectuer une transition ouest-africaine. Passer d'une Afrique de l'Ouest vassalisée à une Afrique de l'Ouest souverainiste », a-t-il déclaré.
Fatou DIOP