Au cœur du bassin arachidier, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré un message sans ambiguïté. Face à des producteurs inquiets, confrontés à des lenteurs d’écoulement et à des pratiques jugées abusives, le chef du gouvernement a pris des engagements chiffrés et lancé un avertissement clair aux opérateurs privés accusés de spéculation.
D’emblée, Ousmane Sonko a voulu rassurer. La Sonacos achètera massivement et l’État garantira les financements nécessaires. Des assurances fermes sont données aux producteurs pour éviter que les récoltes ne restent dans les champs ou dans les concessions. «Nous avons besoin de 106 milliards pour que la Sonacos puisse acheter 250.000 tonnes. J’ai instruit la Sonacos d’acheter 450.000 tonnes au lieu des 250.000 tonnes», a annoncé le Premier ministre, provoquant une onde de soulagement dans l’assistance. «Malgré la situation que nous avons trouvée ici, nous mobiliserons entre 50 et 75 milliards de francs Cfa pour les investir dans la Sonacos afin qu’elle puisse acheter la production et les semences», a précisé Ousmane Sonko.
Conscient de cette réalité, le Premier ministre a tenté de calmer les esprits sans minimiser les difficultés. «Tout ne peut pas être réglé en un jour», a-t-il reconnu, avant d’ajouter : «certaines choses découlent de défaillances dans nos services et je vous promets que tout sera corrigé comme l’exige le Jub Jubal Jubbanti.»
Face à ces agriculteurs aux abois, il assume les manquements de l’administration et promet des corrections rapides. L’objectif affiché est clair : «restaurer la confiance entre l’État et les paysans, en donnant des garanties concrètes. Dans les prochains jours, vous verrez les mesures que nous avons prises pour que la production d’arachide soit achetée le plus rapidement possible», a-t-il assuré.
Le coup de gueule contre la spéculation
Mais c’est surtout sur la question des pratiques privées que le Premier ministre a élevé la voix. Devant les producteurs, il a dénoncé ce qu’il considère comme une injustice flagrante. «C’est anormal, illégal, voire du vol d’acheter ici le kilo à 250 francs et vouloir le vendre à la Sonacos à 305 francs», a-t-il martelé. Pour Ousmane Sonko, ces marges réalisées sur le dos des paysans sont inacceptables. Le chef du gouvernement a exigé une réaction immédiate de l’administration. «J’exige du ministre du Commerce de prendre ses responsabilités pour corriger cette injustice», a-t-il lancé à Serigne Guèye Diop sous les applaudissements des agriculteurs.
Sur la question sensible des prix, le Premier ministre a voulu couper court aux rumeurs. «Vu la situation du cours mondial du prix de l’arachide, j’ai pris mes responsabilités pour que le prix du kilogramme ne dépasse pas 305 francs. Le prix du kilogramme ne peut pas valoir 500 francs. Celui qui vous le dit ne fait que de la politique», a-t-il tranché.
La Sonacos, pivot d’une nouvelle stratégie
Sonko a reconnu les difficultés héritées du passé. «J’ai dit au ministre des Finances que le stock d’arachide doit être acheté par la Sonacos qui contracte des prêts auprès des banques. Malheureusement, sa gestion était tellement désastreuse que les banques exigeaient des conditions coercitives», a-t-il expliqué. Pour le Premier ministre, il s’agit désormais de redresser l’outil industriel, de restaurer sa crédibilité financière et d’en faire un véritable bras armé de l’État dans la régulation du marché arachidier.
Baye Modou SARR