Au sein de la bande de cambrioleurs présumés jugée hier, mardi 14 avril 2026, se trouve Mouhamed Gassama, un policier qui devait être de la 46e promotion de l'Ecole nationale de police en 2020. Il risque 10 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs, vol, entre autres chefs d'inculpation ; tandis que le reste du groupe encourt 6 ans, sauf un dont le sort est suspendu au verdict final du tribunal.
En prison depuis 2020, l'ancien agent de police qui devait être de la 46e promotion de l'Ecole nationale de police à l'époque, Mouhamed Gassama, et trois autres de ses coinculpés ont fait face au juge de la chambre criminelle de Daka hier, mardi 14 avril 2026, pour répondre des incriminations d'association de malfaiteurs, vol commis la nuit avec violences et port d'armes, blanchiment de capitaux et usurpation de fonction. Excepté Alioune Diagne, (né en 1990, agent immobilier domicilié à l'unité 9 des Parcelles Assainies, décédé des suites d'une maladie au cours de l'instruction), le lot qui a comparu à la barre est composé de l’ex-flic Gassama, (Mamadou Bakhaw Thiam, né en 1987, journaliste et responsable de Production en service dans I‘entreprise audiovisuelle dénommée Vision Parallèle domicilié à Ouest Foire), (Abdou Wade alias Abou né en 1989 à Dakar, tailleur domicilié à Niary Tally), (Cheikh Tall né en 1987, menuisier domicilié à Castors, marié à une épouse et père d'un enfant).
Il résulte ainsi du document d'accusation que ces accusés, avec d'autres personnes non encore identifiées, avaient ourdi un plan, courant 2020, pour cambrioler le magasin de la Chinoise Al Minghui dite Amy, sis aux Allées du centenaire. Au préalable, ce sont les services de Mamadou Bakhaw Thiam qui ont été requis comme chauffeur par Alioune Diagne et qui devait les transporter au lieu sus-indiqué. Après que ce dernier a fait un crochet à l'Ecole nationale de police où il a récupéré Mouhamed Gassama, le reste de la bande a suivi. Et une fois sur place, Bakhaw, qui se trouvait au volant, attendait les autres au dehors. En ce moment, Mouhamed Gassama est entré dans la boutique de la dame, après avoir toqué à la porte puis brandi sa carte professionnelle. Il s'est présenté comme un policier avant que la porte ne soit ouverte. Une fois à l'intérieur, Abdou Wade aurait brandi un pistolet pour tenir en respect la victime et les gens qui se trouvaient sur place.
Après avoir exercé des violences (coups de poing et de pied) sur les personnes présentes, ils se sont emparés d'une valise contenant la somme de 70 millions et qui appartenait à la propriétaire de la boutique. Ils avaient aussi subtilisé un téléphone portable de marque IPhone X Max appartenant au sieur Zhang Kai, d'autres téléphones portables dont la marque est ignorée appartenant au sieur Gao Yu et un Power Bank. Après cette épisode, les éléments de la Division des investigations criminelles (Dic) avaient ouvert une enquête, le 3 août 2021, par suite de la large diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux, montrant cette scène de cambriolage perpétré par 4 individus dont l'un, à visage découvert. Ainsi, les investigations menées permettaient d'interpeller en premier les nommés Mouhamed Gassama avant que le reste de la bande ne tombe un à un. Tous placés sous mandat de dépôt, ils ont été renvoyés en jugement devant la chambre criminelle où chacun a essayé de se tirer d'affaire comme il le pouvait. Face au juge, Mamadou Bakhaw Thiam a expliqué avoir juste été contacté par son ami, le défunt Alioune Diagne.
Pour ce qui est de Gassama, il a confié avoir été contacté avant la conduire aux Allées du centenaire, où il y avait une intervention. Il dit avoir eu connaissance de ces faits de cambriolage lorsqu'il a vu la vidéo largement publiée sur les réseaux sociaux. "C'est juste un service de transport que je lui ai rendu. Il m'a été demandé de conduire des gens à une destination et je n'avais aucune intention délictuelle. Les 150.000 F que Diagne m'a remis sont un remboursement d'un prêt qu'il avait contracté auprès de moi", a-t-il déclaré. Cependant, excepté Gassama qui dit ne l'avoir rencontré que deux fois, tous les autres ont soutenu qu'ils ne le connaissaient pas.
Abou Wade, suite à ses contestations, a révélé n'avoir reçu que la somme de 5 millions des mains de Alioune Diagne comme sa part du butin. Néanmoins, il a lui aussi indiqué qu'il croyait que Gassama était dans le cadre d'une intervention et que c'est ce qui l'a poussé à les accompagner dans cette boutique. Il a d'ailleurs précisé qu'il ne tenait pas de pistolet, mais un briquet qui avait la même forme. Cheikh Tall, en s'expliquant, a soutenu que Alioune Diagne lui avait confié que Gassama devait faire une opération puisque des Chinois vendaient de la drogue et qu'il fallait qu'il leur donne un coup de main. Il précisait même avoir lui aussi reçu 6 millions après le partage, tout en précisant qu'il ignorait le caractère illicite des fonds. Mouhamed Gassama, de son côté, a attesté avoir été contacté par son ami Mouhamed Cissokho. Ce dernier, ajoute-t-il, l'a sollicité pour aller recouvrer une créance auprès de sa patronne, la victime Al Minghui. "La Chinoise en question l'avait logé à Gibraltar, mais pendant la période du Covid, il m'avait confié que son employeur, la Chinoise, ne pouvait plus s'acquitter de sa location et en plus de ça, il lui devait de l'argent qu'elle refusait de lui payer. Je lui ai même demandé de saisir l'inspection du travail pour recouvrer son argent. Puisqu'il m'a demandé de lui donner un coup de main pour recouvrer sa créance, j'y suis allé sans cagoule et c'est moi-même qui ai toqué à la porte avant de me présenter comme un policier que je suis d'ailleurs. Je n'ai pas volé la valise de la plaignante comme l'ont dit mes coaccusés. Le seul sac que j'avais par devers-moi ne contenait que mes affaires personnelles y compris ma tenue. S'ils ont volé cet argent, c'est de leur propre gré mais pas moi. J'étais juste là-bas pour convaincre la dame de payer à mon ami son argent", a-t-il détaillé. Et pourtant, selon le juge, il avait reconnu les faits à l'enquête et devant le juge d'instruction. Interrogé sur l'argent qui a été saisi sur lui, il dit avoir contracté un prêt de 3 millions à la Cbao en 2019 pour investir dans une activité. Pour ce qui est du véhicule Ford qui a été retrouvé avec lui, il dit qu'il lui appartenait, avant de préciser l'avoir acquis en 2016. Ce n'est pas ce que dira la présidente de la chambre qui lui a fait savoir qu'il l'a acquis avec sa part du butin. À propos de l'usurpation de fonction qu'on lui impute, qu'il s'était présenté comme un policier alors qu'il ne l'était plus au moment des faits, Mouhamed Gassama a confirmé avoir gardé son statut en ce moment-là. Hélas, la magistrate lui a confié que c'est le 20 juillet 2020 qu'il a été radié de la police, c'est-à-dire la veille des faits. Hormis ces incriminations qui pèsent sur lui, il est apparu des débats d'audience que l'ancien policier, d'après le juge, pour des faits de vol de chèques, a été une fois déféré au commissariat de Grand-Yoff puis placé sous mandat de dépôt 3 mois avant ces faits de cambriolage avant d'être transféré à la prison du Cap Manuel. C'est du moins ce que révèle les archives de la police et qui ont été lues à l'audience par le procureur.
Avocat de la partie civile, Me Alioune Weber a demandé au tribunal de déclarer les accusés coupables et les condamner solidairement au paiement de 100.000.000 frs en guise de dédommagement. Le procureur a requis la peine de réclusion criminelle de 10 ans contre Mouhamed Gassama et 6 ans pour les autres avant de se rapporter à la sagesse du tribunal pour le sort de Bakhaw Thiam. La défense constituée par Mes Emmanuel Diatta, Ousseynou Gaye et autres a demandé la clémence. Le délibéré sera rendu le 12 mai prochain.
Fatou D. DIONE