En attendant l’Assemblée générale de cet après-midi qui sera précédée d’une audience avec le ministre de l’Énergie, les travailleurs de Senelec ont porté hier des brassards rouges pour protester contre la remise en cause d’un acquis social. Non sans avertir la tutelle que toute tentative de régression sociale trouvera une riposte syndicale proportionnelle. En effet, les travailleurs qui ont créé la richesse refusent d’être des victimes expiatoires qui supportent les conséquences de difficultés financières dont ils ne sont nullement à l’origine.
Les syndicats du secteur de l’énergie (Sutelec, Sudeten, Syntes et Sycas), regroupés au sein de la Convergence syndicale des travailleurs de Senelec (Csts), ont arboré, hier, des brassards rouges pour protester contre la remise en cause du paiement de la Prime sur le résultat annuel bénéficiaire (Prab). Dans le cadre de ce mouvement d’humeur, la Csts a aussi fait face à la presse. Cependant, le plan d’actions attendu ce jour n’a pas été dévoilé. En effet, selon le secrétaire général du Sutelec, Habib Aïdara, le ministre de l’Energie a convié la Csts à une rencontre aujourd’hui à midi. Il annonce également que le Directeur général de la Senelec a appelé les syndicalistes au dialogue. Étant donné que la Csts a toujours privilégié le dialogue, fait remarquer M. Aïdara, elle a décidé, dit-il, de suspendre provisoirement le déroulement de son plan d’actions en attendant de rencontrer la tutelle. Et, c’est au sortir de cette audience que la base sera avisée au cours de l’assemblée générale de cet après-midi de la suite à donner à cette action de protestation.
Un État ne doit pas s’investir dans la remise en cause d'un acquis social
Le secrétaire général du Syndicat des cadres de la Senelec (Sycas), membre de la Csts, Serge Louis Déthié Cissé, s’est également inscrit dans cette dynamique de dialogue. « Nous privilégions le dialogue, la concertation et la recherche de solutions. Mais, ces trois concepts interrelationnels n'ont de sens que lorsqu'ils conduisent au respect des engagements réciproques et à l'application de la justice sociale », précise M. Cissé, dans sa déclaration liminaire, avant d’ajouter : « un État de droit ne devrait, aucunement, s'investir dans la remise en cause d'un acquis social. A défaut, il remettra manifestement en cause l'humanisme qui consolide l'humain dans sa capacité à progresser. Tout acquis social obtenu par les travailleurs de Senelec est protégé par les textes légaux et règlementaires, légitimé par les performances enregistrées et consacré par l'orthodoxie voire par les bonnes pratiques », explique le patron du Sycas qui annonce, dans la foulée, le déroulement d’un plan d’actions progressif, responsable et unitaire avec, dit-il, toute la détermination qu'impose la situation. Il n’a pas non plus manqué d’avertir la tutelle : « toute tentative de régression sociale trouvera face à elle une riposte syndicale proportionnelle à la gravité des attaques portées contre nos nobles acquis. Toute réforme dans le sous-secteur ne peut prospérer sans l'implication des travailleurs », martèle M. Cissé à l'endroit des autorités.
Ceux qui ont créé la richesse, invités à supporter les conséquences de difficultés financières …
Auparavant, le secrétaire général du Sycas est revenu sur le rôle important que jouent les travailleurs de Senelec dans la résolution vitale de la question de l'énergie électrique sur tout le territoire national. « Depuis plusieurs années, les travailleurs de Senelec accomplissent, souvent, dans des conditions extrêmement difficiles, une mission de service public stratégique qui porte le développement de toute la nation sénégalaise. Jour et nuit, dans les centrales de production électriques, dans les réseaux de transport et de distribution, dans les sous-stations, les agences commerciales et dans les directions supports, ils assurent, avec d'énormes sacrifices, la continuité de la fourniture de l'électricité à la population », note le syndicaliste membre de la Csts. A l’en croire, grâce à l’engagement des travailleurs, à leur attachement et leur sens élevé du devoir, à leur résilience face aux contraintes inhérentes à toute activité d'entreprise, Senelec a enregistré, ces dernières années, des performances historiques reconnues. « Ces résultats ne sont ni le fruit du hasard, ni d'un miracle. Ils sont avant tout l'œuvre de femmes et d'hommes qui, chaque jour, portent Senelec à bout de bras. Mais paradoxalement, au moment même où ces performances devraient se traduire par le respect des engagements pris envers les travailleurs, nous assistons à une tentative inacceptable de remise en cause de droits sociaux légalement et légitimement acquis. Ceux qui ont créé la richesse aux actionnaires de l'entreprise sont, aujourd'hui, malheureusement invités à supporter les conséquences de difficultés financières dont ils ne sont ni les auteurs, ni les responsables », se désole de constater le syndicaliste.
Les travailleurs refusent d’être des victimes expiatoires
Ainsi, la Csts, persuadée que les travailleurs se sont correctement acquittés de leurs obligations, n'acceptera, jamais et au plus grand jamais, qu'ils soient les victimes expiatoires de créances non recouvrées, d'engagements financiers non honorés ou de décisions relevant d'autres acteurs. La Csts est, par ailleurs, revenue sur les performances de Senelec. Il s’agit, entre autres, d’un rendement qui est passé de 81,9% en 2024 à 83,1% en 2025 ; d’une réduction de la compensation tarifaire de 21,6% en 2025 équivalant à 46 milliards de francs Cfa ; d'une réduction de charges de 5% en 2025 ; d’un accroissement du bénéfice annuel qui passe de 34 milliards en 2024 à 36 milliards de francs Cfa en 2025 soit une progression de 4% ; etc. Ce qui fait dire au patron du Sycas que Senelec fait partie des quatre meilleures sociétés d'électricité de l'Afrique de l'Ouest. En tout état de cause, la Csts estime que l’heure est à l’unité, à la détermination et à la mobilisation. « Nous devons faire bloc pour défendre, préserver et consolider notre dignité, notre avenir et nos acquis sociaux », tranche M. Cissé.
M. CISS