BOURSES IMPAYEES ET PRIORITES BUDGETAIRES : Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil alertent sur le sort des étudiants




 
Alors que l’État sénégalais mobilise des milliards de francs Cfa pour des dépenses institutionnelles et symboliques, des milliers d’étudiants attendent toujours le paiement de leurs bourses. Dans une prise de position publique, Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil mettent en garde contre les conséquences politiques, économiques et sociales de cette situation.
 
 
Au Sénégal, les annonces budgétaires récentes ont mis en lumière des montants colossaux mobilisés pour récompenser des performances sportives, financer des indemnités administratives, acquérir des véhicules de fonction pour les nouveaux députés ou encore renforcer les fonds spéciaux des institutions. Mais, pendant que ces chiffres occupent l’espace public, «une autre réalité demeure largement silencieuse» : celle des étudiants toujours privés du rappel de leurs bourses.
Pour Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil, cette situation dépasse largement une simple question de gestion administrative. «Elle révèle une contradiction profonde dans les priorités de l’action publique». Dans les campus, expliquent-ils, l’attente des bourses se traduit concrètement par des choix impossibles : payer le transport ou acheter un livre, manger correctement ou poursuivre ses études, rester à l’université ou renoncer.
Les deux anciens parlementaires rappellent que «cette attente n’est pas abstraite». Elle affecte directement les conditions de vie, la dignité et l’avenir de milliers de jeunes. Plus encore, elle envoie «un signal politique préoccupant à toute une génération», à un moment où le discours officiel met en avant la souveraineté et la transformation nationale.
Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil estiment également que les étudiants paient le prix d’«une communication publique jugée hasardeuse autour d’une supposée “dette cachée”».
Dans ce contexte, les retards ou suppressions de rappels de bourses ne seraient pas de simples ajustements techniques, mais «un choix politique lourd de conséquences». Fragiliser le parcours universitaire revient, selon eux, à «affaiblir durablement le capital humain du pays» et à nourrir frustration, découragement et tentation de l’exil.
Ils rappellent enfin que la jeunesse sénégalaise ne peut être considérée comme «une variable d’ajustement budgétaire», mais comme « le socle même de l’avenir national». La réponse sécuritaire apportée aux tensions universitaires est également critiquée : «réprimer une jeunesse en détresse ne remplace ni une politique éducative cohérente ni une gouvernance responsable». Avant de conclure : «un État qui blesse sa jeunesse affaiblit son propre avenir».
 
 
Khadidjatou D. GAYE
 
LES ECHOS

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