La journée d’hier a été on ne peut plus particulière pour Farba Ngom et Tahirou Sarr. Les deux, liés intrinsèquement par une procédure pendante devant le Pool judiciaire financier, ont vécu différemment cette journée. En effet, après que le juge d’instruction a rendu deux ordonnances de mainlevée du mandat et de placement sous contrôle judiciaire, pour les deux, le ministère public, curieusement, a fait appel de l’ordonnance concernant le maire de Agnam laissant Tahirou Sarr sortir de prison. Il nous revient que le recours pour retenir Farba Ngom en prison s’est effectué au forceps. Et l’autre bizarrerie concerne le retard de la Cour suprême à rendre sa décision. Une décision de rejet.
Le ministère public s’est-il embrouillé, dans la gestion de la procédure concernant Farba Ngom et Tahirou Sarr ? Liés intrinsèquement par cette affaire des 125 milliards de francs qui leur a valu un mandat de dépôt à tous les deux, le maire de Agnam et l’homme d’affaires semblaient avoir un destin commun. Il était ainsi quasiment sûr que la mise en liberté provisoire de l’un entrainerait logiquement celle de l’autre, sauf si c’est pour des raisons médicales ; Tahirou Sarr étant presque plus chargé que Farba Ngom, il était quasiment inimaginable qu’il pourrait humer l’air de la liberté laissant en cellule celui avec qui il a un dossier ou un destin commun. C’est pourtant ce qui est arrivé. Curieusement. La journée d’hier, faut-il le souligner, a été, en fait plein de rebondissements. Dans sa gestion de la procédure, le ministère public a adopté un traitement qui suscite l’étonnement. Le doute quant à une volonté de rendre justice au peuple sénégalais.
En effet, au pool judiciaire financier, le juge Idrissa Diarra a notifié aux avocats de la défense, dans la journée d’hier, deux ordonnances dans lesquelles il ordonne la mainlevée du mandat de dépôt pour Farba Ngom et Tahirou Sarr avec placement sous contrôle judiciaire. Pendant, ce temps, les avocats du maire de Agnam se battaient à la Cour suprême, pour obtenir la cassation de l’arrêt de la Chambre d’accusation et que la Cour ordonne la mainlevée du mandat de dépôt pour leur client. L’espoir était grandissant dans le camp du député maire de Agnam qui entrevoyait le bout du tunnel, surtout avec l’ordonnance du juge Idrissa Diarra.
Au terme des débats à la Cour suprême, la Chambre pénale décide de mettre en délibéré à 17 heures. Curieusement, dans l’après-midi, le ministère décide de faire appel, non pas contre les deux, mais seulement, contre Farba Ngom, décidant ainsi, de laisser Tahirou Sarr sortir seul de prison.
Farba Ngom ‘’bloqué’’
Il nous revient, cependant, que cette décision a été prise dans la douleur. Peu importe, elle tombe comme un lampadaire, dans le camp du maire de Agnam qui confirme ses soupçons annoncés depuis le début et selon lesquels, le dossier était éminemment politique. Pire, pour le responsable de l’Alliance pour la République (Apr) à Agnam, à 17 heures, la Chambre pénale de la Cour Suprême rend sa décision et rejette le pourvoi de ses avocats, le maintenant ainsi en prison. En conséquence, Tahirou Sarr hume l’air de la liberté ; Farba Ngom poursuit sa pénitence.
L’affaire des 125 milliards, rappelons-le, a été scindée en deux procédures en instruction. Dans la première procédure portant sur 91 milliards de francs, Farba Ngom est le complice présumé de Tahirou Sarr ; et dans la seconde, le député maire de Agnam est le présumé auteur principal ; il est poursuivi pour 31 milliards. Des transactions suspectes ont été relevées, par la cellule nationale de traitement des informations financières (Centif) entre des sociétés de l’homme d’affaires et celles du maire de Agnam. Lors de son audition au fond, Tahirou Sarr a nié les accusations et présenté au juge des documents attestant qu’il n’y a rien d’irrégulière dans les transactions et l’argent qu’il a reçu du Trésor public.
Alassane DRAME