Auditionné devant l’Assemblée générale des Nations-Unies dans le cadre du processus de désignation du prochain secrétaire général, Macky Sall a présenté une feuille de route axée sur la restauration de la confiance, la réforme de l’Organisation et le financement du développement. Face aux États membres, il a officiellement défendu sa candidature à la succession de António Guterres à la tête de l’Organisation des Nations-Unies. Dans un contexte international marqué par des crises multiples mais aussi par de nouvelles opportunités technologiques, l’ancien président sénégalais a tenté d’imprimer d’emblée sa marque. «Je serai un Secrétaire général qui rassemble ; un secrétaire général bâtisseur de ponts entre les nations, entre les cultures et les civilisations, entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud», a-t-il déclaré.
D’entrée, le candidat a replacé les enjeux globaux dans une double dynamique, entre périls persistants et transformations accélérées du monde contemporain. «En même temps, des perspectives inédites s’offrent au monde, avec l’avancée fulgurante des technologies, particulièrement l’intelligence artificielle. Gouvernée avec sagesse, la révolution technologique est un formidable accélérateur de progrès au service de l’humanité. Devant l’urgence des défis et la promesse des opportunités, le multilatéralisme demeure le cadre indispensable de nos ambitions communes : sauvegarder la paix et la sécurité internationales, protéger les droits humains, promouvoir le développement et favoriser la coopération entre les peuples», a déclaré Macky Sall.
Le parcours comme atout majeur
Dans la foulée, il a justifié sa candidature par un parcours qu’il présente comme une garantie d’expérience et de capacité d’arbitrage au sommet de l’État. «Ce que je souhaite apporter à l’Organisation, c’est une expérience de près de 40 ans de responsabilités publiques, du bas de l’échelle au sommet de l’État, comme fonctionnaire junior, Directeur national, maire, ministre, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale et chef de l’État pendant douze ans. Ce que je souhaite apporter à l’Organisation, c’est une tradition d’échanges de plusieurs années avec la plupart des dirigeants ici représentés, en Afrique, au G7, au G20 et dans d’autres cadres bilatéraux et multilatéraux», a-t-il ajouté.
«J’ai appris à dialoguer écouter, consulter, conduire des réformes, arbitrer et prendre des décisions parfois difficiles»
Fort de cette trajectoire, le candidat sénégalais a insisté sur sa capacité à gérer les équilibres complexes propres à la diplomatie internationale. «De ce parcours, j’ai appris à dialoguer, écouter et consulter. J’ai appris à conduire des réformes, arbitrer entre des priorités et prendre des décisions parfois difficiles. Je crois, en toute humilité, qu’en ces temps difficiles pour l’Organisation, l’épreuve du pouvoir m’a préparé à comprendre les attentes des États membres et à agir pour y répondre efficacement», a poursuivi l’ancien chef d’État.
«Je serai un secrétaire général impartial, qui parle à tous et qui écoute tous»
Poursuivant son speech, le quatrième président du Sénégal érige en priorité absolue la restauration de la confiance entre les nations et le rôle d’un secrétaire général rassembleur, cœur de son projet. «Si j’ai l’honneur de servir comme secrétaire général, ma première priorité sera de contribuer à restaurer la confiance, apaiser les tensions, réduire les fractures et redonner espoir dans notre action collective. Comme le veut la Charte des Nations-Unies, je serai un secrétaire général impartial, qui parle à tous, et qui écoute tous. Je serai un secrétaire général qui rassemble ; un Secrétaire général bâtisseur de ponts entre les nations, entre les cultures et les civilisations, entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud», a-t-il assuré.
Sur le plan opérationnel, Macky Sall a esquissé les grandes lignes d’une diplomatie plus proactive, notamment en matière de prévention des conflits et de maintien de la paix. «Je lancerai sans délai une diplomatie préventive plus active dans l’alerte précoce, la médiation et la coopération entre les Nations-Unies et les organisations régionales. J’engagerai avec les États membres une réflexion approfondie sur l’efficacité des opérations de maintien de la paix. Je travaillerai également à maintenir les droits humains au cœur de l’agenda des Nations-Unies. Les droits humains sont universels. Ils sont inséparables les uns des autres», a-t-il affirmé.
Abordant les enjeux de développement, il a dressé un constat critique sur les limites actuelles des financements publics et plaidé pour un changement de paradigme. «Le poids de la dette est devenu insoutenable pour de nombreux pays. Les inégalités se creusent, frappant d’abord les plus vulnérables, notamment les jeunes et les femmes. Certes, la coopération pour le développement garde toute son utilité. Mais mon expérience à la tête d’un pays en développement m’a appris que les financements publics restent insuffisants et difficiles à mobiliser, notamment pour les infrastructures de développement. Or, sans les investissements structurants, il ne peut y avoir de transformation économique et de création massive d’emplois», a expliqué Macky Sall.
«Rationaliser, simplifier, optimiser»
Dans cette optique, il a proposé une nouvelle approche du financement du développement, articulée autour du partenariat et de l’investissement. «C’est pourquoi je propose que le financement du développement soit davantage porté par le partenariat, l’investissement et le commerce appuyés par un meilleur accès au crédit, afin de soutenir une croissance et une prospérité partagées. Le Forum sur le financement du développement, qui réunit chaque année à New York les Nations-Unies, les institutions de Bretton Woods, l’Omc, la Cnuced et le secteur privé pourrait en être le catalyseur», a-t-il soutenu.
Enfin, Macky Sall a insisté sur la nécessité de réformer en profondeur le fonctionnement interne de l’Organisation, en mettant en avant une gestion plus rigoureuse et une meilleure efficacité institutionnelle. «S’agissant de l’Organisation, je suis convaincu qu’elle peut et doit changer. Si je suis élu, je continuerai les efforts de réforme par une gestion transparente et rigoureuse. Trois impératifs guideront mon action : rationaliser, simplifier, optimiser. Je veillerai à une meilleure coordination entre agences, fonds et programmes, pour éviter les duplications et rendre l’action de l’Organisation mieux adaptée aux réalités du terrain », a-t-il conclu.
«Le moment est venu d’un leadership courageux, consensuel et résolument tourné vers l’action»
En tout état de cause, Macky Sall croit que dans un monde en mutation accélérée, traversé par des crises multiples, des tensions croissantes et des recompositions géopolitiques profondes, «le leadership international n’est pas une option mais une nécessité». «Ma candidature repose sur une conviction simple : le moment est venu d’un leadership courageux, consensuel et résolument tourné vers l’action», a assuré l’ancien numéro 1 sénégalais.
Sidy Djimby NDAO